À Leconte de L'Isle

_C'est à vous, cher et illustre ami, que j'aurais dédié ces

Trophées, si le respect d'une mémoire sacrée qui, je le sais, vous

est chère aussi, ne m'eût interdit d'inscrire un nom, si glorieux

soit-il, au frontispice de ce livre._

_Un à un, vous les avez vus naître, ces poèmes. Ils sont comme

des chaînons qui nous rattachent au temps déjà lointain où vous

enseigniez aux jeunes poètes, avec les règles et les subtils

secrets de notre art, l'amour de la poésie pure et du pur langage

français. Je vous suis plus redevable que tout autre: vous m'avez

jugé digne de l'honneur de votre amitié. J'ai pu, au cours d'une

longue intimité, comprendre mieux l'excellence de vos préceptes et

de vos conseils, toute la beauté de votre exemple. Et mon titre le

plus sûr à quelque gloire sera d'avoir été votre élève bien

aimé._

_C'est pour vous complaire que je recueille mes vers épars. Vous

m'avez assuré que ce livre, bien qu'en partie inachevé, garderait

néanmoins aux yeux du lecteur indulgent quelque chose de la noble

ordonnance que j'avais rêvée. Tel qu'il est, je vous l'offre, non

sans regret de n'avoir pu mieux faire, mais avec la conscience

d'avoir fait de mon mieux._

_Recevez-le, cher et illustre ami, en témoignage de mon

affectueuse gratitude, et comme il serait malséant de clore sans

le voeu traditionnel une épître liminaire, quelque brève qu'elle

soit, permettez que je vous souhaite, à vous et à tous ceux qui

feuilletteront ces pages, de prendre à lire mes poèmes autant de

plaisir que j'eus à les composer._

Les trophées · 第 6 / 151 题