[1] Je suis heureux de pouvoir citer, à l'appui de ce que j'avance ici,
l'opinion exprimée par M. de Bourrienne, à propos d'un triste événement
dont je rendrai compte en son lieu.
«C'est dans la nuit qui précéda le retour du maréchal Macdonald à
Fontainebleau que l'on assure que Napoléon tenta de s'empoisonner; mais
comme je n'ai aucun détail certain sur cette tentative d'empoisonnement,
et que je ne veux parler que de ce dont je suis bien sûr, je
m'abstiendrai de donner, comme quelques personnes l'ont fait, des
conjectures toujours hasardées sur un fait de cette gravité que Napoléon
a rejeté bien loin dans les conversations de Sainte-Hélène. Le seule
personne qui puisse lever les doutes qui existent à cet égard, est
Constant, qui, m'assura-t-on, n'avait pas quitté Napoléon de la nuit.»
(_Mémoires de M. de Bourrienne_, page 161, tome X.)
[2] Depuis j'ai été assez heureux pour lui faire obtenir de l'empereur,
une place qu'il désirait pour retraite, ayant perdu l'usage de son bras
droit.
[3] Madame de Crigny fut depuis madame Denon.
[4] Michau, de la comédie française, était le professeur de la troupe;
quand il arrivait qu'un des acteurs manquait de chaleur, Michau criait:
«Chaud! chaud! chaud!»
[5] Deux monumens ont été élevés dans Paris au brave Desaix; une statue
sur la place des Victoires, et un buste sur la place Dauphine. La statue
affectait une pose théâtrale qui ne s'accordait guère avec les manières
sérieuses et le naturel parfait de celui dont elle était censée
reproduire l'image. D'ailleurs une nudité complète, mal voilée dans ce
qu'elle aurait eu de plus _antique_ par le ceinturon d'une épée,
choquait tous les regards, et excitait la verve des mauvais plaisans. Le
grand vainqueur de Waterloo s'est fait représenter, de son vivant, dans
Hyde-Park, en _Achille_ colossal, et sa grâce (du moins la statue de sa
grâce) est exécutée de manière à ce que les curieux ne perdent pas une
seule ligne, un seul muscle de son héroïque personne. Pour que rien ne
manque à cette parodie, ce sont les _ladies_ anglaises, si susceptibles
sur l'article de la décence et de la dignité, qui ont élevé ce monument
à la gloire de Mylord-Duc.
Pour en revenir à Desaix (c'est revenir de loin), la statue qui lui
avait été élevée sur la place des Victoires, a été enlevée sous
l'empire, par ordre du gouvernement. Quant au buste que l'on voit encore
aujourd'hui sur la place Dauphine, il serait difficile d'imaginer
quelque chose de plus mesquin, de plus enfumé et de plus négligé; c'est
ainsi qu'est traitée l'image de Desaix; en revanche, Pichegru a des
statues de bronze.
[6] Le préfet de police adressa aux consuls un rapport dans lequel,
après avoir raconté les détails de cet événement affreux, il donnait la
liste des morts et celle des blessés. La première était de huit
individus; la seconde de vingt-huit.
«Quarante-six maisons, ajoute le rapport, sont extrêmement endommagées.
Le dégât des immeubles est estimé à la somme de 40,845 francs.
Celui des meubles à celle de 123,645 francs.
Les maisons nationales ne sont point comprises dans cette estimation.
Le cheval, les débris de la voiture et quelques parties des tonneaux ont
été apportés à la préfecture.
Ces débris ont été scrupuleusement recueillis. L'on a pris avec le plus
grand soin le signalement du cheval.»
M. Dubois avait cru devoir terminer son rapport par un compliment au
premier consul, dans lequel il y a pourtant quelque chose de vrai: c'est
que l'attentat du 3 nivôse avait redoublé l'attachement des Français
pour le chef de l'état. Voici l'avant-dernière phrase du rapport:
«Dès les premiers momens de l'explosion, on a fait une enquête sur les
lieux mêmes. Des déclarations furent reçues; et au milieu des cris que
la douleur arrachait aux malheureuses victimes du plus atroce des
attentats, le cœur put encore éprouver une sensation agréable: ces
infortunés s'oubliaient pour ne penser qu'au premier consul: c'était
pour lui qu'ils demandaient vengeance.»
[7] Mademoiselle Adèle Auguié, sœur de madame la maréchale Ney, avait
épousé le général de Brocq, grand maréchal de la cour de Hollande. Sa
majesté la reine Hortense étant aux eaux d'Aix en Savoie, en 1812, se
plaisait à faire, avec son amie, des excursions sur les montagnes les
plus escarpées. Dans une de ces courses un torrent se trouva sur leur
passage, et il n'y avait pour le franchir qu'une planche fragile. La
reine, conduite par son écuyer, passa la première, et elle se retournait
pour encourager madame de Brocq, lorsqu'elle la vit glisser et tomber à
pic dans le précipice. À cette horrible vue, la reine poussa des cris
perçans. Son désespoir ne la priva point pourtant de sa présence
d'esprit. Elle donna des ordres, multiplia les prières et les promesses.
Mais tout secours était inutile. Le corps de la jeune femme avait été
fracassé dans sa chute, et un certain temps s'écoula avant qu'on ne pût
retirer de l'eau le cadavre froid et mutilé. Ces tristes restes furent
rapportés à Saint-Leu, dont tous les habitans furent plongés dans la
plus profonde douleur. Madame de Brocq était chargée de distribuer les
nombreux bienfaits de la reine. Elle méritait les larmes que sa mort fit
répandre.
[8] L'auteur du _Mémorial_ cite de l'Empereur à Sainte-Hélène un trait
pareil à celui que je rapporte ici. Sa Majesté professait la plus haute
estime pour les cultivateurs et se plaisait à les consulter même sur des
matières étrangères à leurs occupations, mais sur lesquelles leur bon
sens et leur expérience pouvaient ouvrir un avis salutaire. Il avait
coutume de dire _qu'il exposait aux paysans les difficultés de son
Conseil d'État, et rapportait au Conseil d'État les observations des
paysans_.
[9] M. Bousquet, célèbre dentiste, fut appelé à Neuilly (résidence de la
princesse Pauline), afin de visiter la bouche et de nettoyer les dents
de Son Altesse Impériale. Introduit près d'elle, il se prépare à
commencer son opération. «Monsieur, dit un charmant jeune homme en robe
de chambre, négligemment couché sur un canapé, prenez bien garde, je
vous prie, à ce que vous allez faire. Je tiens extrêmement aux dents de
ma Paulette, et je vous rends responsable de tout accident.--Soyez
tranquille, mon prince; je puis assurer votre altesse impériale qu'il
n'y aura aucun danger.» Pendant tout le temps que M. Bousquet fut occupé
à arranger cette jolie bouche, les recommandations continuèrent; enfin,
ayant terminé ce qu'il avait à faire, il passa par le salon de service,
où se trouvaient réunies les dames du palais, les chambellans, etc., qui
attendaient le moment d'entrer chez la princesse. On s'empressa de
demander des nouvelles à M. Bousquet. «Son Altesse impériale est
très-bien, et doit être heureuse du tendre attachement que lui porte son
auguste époux, et qu'il vient de lui témoigner devant moi, d'une manière
si touchante. Son inquiétude était extrême, je ne réussissais que
difficilement à le rassurrer sur les suites de la chose du monde la plus
simple. Je dirai partout ce dont je viens d'être témoin. Il est doux
d'avoir de tels exemples de tendresse conjugale à citer dans un rang si
élevé. J'en suis vraiment pénétré.» On ne cherchait point à arrêter
l'honnête M. Bousquet dans les expressions de son enthousiasme; l'envie
de rire empêchait de prononcer une parole; et il partit convaincu que
nulle part il n'existait un meilleur ménage que celui de la princesse et
du prince Borghèse.... Ce dernier était en Italie, et le beau jeune
homme était M. de Canouville.
J'emprunte cette curieuse anecdote aux _Mémoires de Joséphine_, dont
l'auteur, qui a vu et observé la cour de Navarre et de Malmaison, avec
tant de vérité et un si bon jugement, est, m'a-t-on dit, une femme, et
ne peut être, en effet, qu'une femme fort spirituelle, et qui s'est
trouvée mieux placée que personne pour connaître l'intérieur de S. M.
l'impératrice.
[10] Il fut tué par le boulet d'une pièce française, que l'on
déchargeait après une action, dans laquelle il avait montré le plus
brillant courage.
[11] Père de M. Victor Hugo, qui est lui-même filleul de madame Delélée.
[12] L'illustre général Foy.
[13] Nous arrivâmes à Tentoura le 20 mai: il faisait ce jour-là une
chaleur étouffante, qui produisait un découragement général. Nous
n'avions pour nous reposer que des sables arides et brûlans; à notre
droite une mer ennemie et déserte. Nos pertes en blessés et en malades
étaient déjà considérables, depuis que nous avions quitté Acre. L'avenir
n'avait rien de riant. Cet état véritablement affligeant, dans lequel se
trouvaient les débris du corps d'armée que l'on a appelé _triomphant_,
fit sur le général en chef une impression qu'il était impossible qu'il
ne produisît pas. À peine arrivé à Tentoura, il fit dresser sa tente; il
m'appela, et me dicta avec préoccupation un ordre pour que tout le monde
allât à pied, et que l'on donnât tous les chevaux, mulets et chameaux
aux blessés, aux malades et aux pestiférés qui avaient été emmenés, et
qui manifestaient encore quelques signes de vie. _Portez cela à
Berthier_. L'ordre fut expédié sur-le-champ. À peine fus-je de retour
dans la tente, que Vigogne père, écuyer du général en chef, y entra, et,
portant la main à son chapeau: _Général, quel cheval vous
réservez-vous?_ Dans le premier mouvement de colère qu'excita cette
question, le général en chef appliqua un violent coup de cravache sur la
figure de l'écuyer, et puis, il ajouta d'une voix terrible: Que tout le
monde aille à pied f...! et moi le premier: ne connaissez-vous pas
l'ordre? Sortez.
(_Mémoires de M. de Bourrienne_, tom. 2, chap. 16, pag. 252.)
[14] On sut depuis qu'il y avait vingt brûlots destinés à détruire la
flotille.
[15] La croisière anglaise était commandée par lord Melvil et lord
Keith.
[16] _Ce coup de pied_ ressemble beaucoup aux prétendus mauvais
traitemens que l'on a reproché à l'empereur d'exercer contre ses gens.
M. Constant a répondu ailleurs à cette ridicule accusation.
(_Note de l'éditeur_.)
[17] La décision de l'empereur fut qu'il fallait réprimander le
journaliste; et, de ce moment, on leur défendit de jamais imprimer
aucune réponse de l'empereur ou de l'impératrice, avant de l'avoir vue
dans le Moniteur. (Note de l'éditeur.)
[18] À cette époque, l'empereur était encore amoureux de Joséphine.
(_Note de madame----._)
[19] La suite a prouvé qu'elle s'abusait.
(_Note de madame---._)
[20] Si Napoléon recherche dans le passé les causes de sa chute, il est
difficile, s'il a conservé cette faiblesse superstitieuse, qu'il ne
remarque pas que, depuis son divorce, les événemens qu'il avait
maîtrisés si long-temps ont tous tourné contre lui.
(_Note de madame---._)
[21] C'est un crime d'une nouvelle espèce, que de n'avoir pas _toutes
les grâces de l'état_ d'arlequin. Les manières de l'empereur étaient
simples et naturelles, mais sans gaucherie. Sans doute elles
contrastaient avec les formes obséquieuses et courtisanesques des
_grands seigneurs_ qui l'entouraient; car il se tenait seul droit et
debout, tandis que ces messieurs se courbaient jusqu'à terre.
(_Note de l'Éditeur._)
[22] Quelque temps après cette époque, le comte de Narbonne fut nommé à
l'ambassade de Vienne, et devint l'un des hommes les mieux traités par
Bonaparte. Que lui importait l'attachement, le dévouement des personnes
qu'il employait? Il savait qu'il ne les obtiendrait jamais; mais il
aimait la flatterie des anciens courtisans, parce qu'elle était plus
adroite que celle des nouveaux.
(_Note de madame---._)
[23] Il y a là, pour le moins, une grande _erreur_. L'empereur savait se
faire aimer, et il était aimé en effet de toutes les personnes de son
service. Je crois en avoir fourni plus d'une preuve dans mes _Mémoires_.
De tous ses anciens serviteurs j'ose affirmer qu'il n'en est pas un seul
qui voulût me donner un démenti sur ce point. Que l'empereur n'ait pas
été aimé de ses courtisans, cela est possible. Avec une puissance comme
la sienne, on fait encore plus d'ingrats que d'heureux; et la
reconnaissance des gens de cour est proverbiale. Mais fallait-il en
faire un sujet de reproche contre Sa Majesté?
(_Note de Constant._)
[24] _Comment ne pas s'étonner_ qu'il paraisse _étonnant_ à Madame***
que l'empereur aimât assez son honneur et sa femme pour être jaloux de
l'un et de l'autre? la _république_ et _l'amour du pouvoir_ n'avaient
rien à faire là-dedans.
(_Note de Constant._)
[25] Qu'importe que l'empereur se mît au courant de ce qui regardait les
pays qu'il avait à parcourir _une heure_ ou un an avant son audience?
Toujours est-il qu'il s'y mettait. Et s'il apprenait cela _par cœur_,
comment pouvait-il l'avoir oublié au bout d'une heure? Il l'oubliait si
peu qu'il marquait généreusement son passage par des bienfaits et des
améliorations qui attestaient sa parfaite connaissance des localités.
(_Note de Constant_)
[26] Il n'était pas plus d'usage dans l'ancienne cour que dans la
nouvelle qu'on _osât_ adresser la parole au souverain, sans en être
interrogé.
(_Note de l'éditeur._)
[27] Les lettres écrites d'Italie, par le général Bonaparte à sa femme,
et publiées pour la première fois dans les _Mémoires d'une
Contemporaine_, l'admirable nouvelle intitulée _Giulio_, dans les
Mémoires de M. de Bourrienne montrent assez si l'empereur savait, ou
non, parler d'amour.
(_Note de l'éditeur._)
[28] Quiconque a approché de l'empereur, et a pu entendre ses entretiens
étincelans d'esprit et d'originalité avec les hommes les plus distingués
de sa cour, particulièrement avec M. de Fontanes, s'étonnera justement
de voir dans le journal de madame*** que Napoléon n'avait pas du tout
d'esprit.
(_Note de l'éditeur._)
[29] Ces mots furent entendus par le duc de Bassano, qui était appuyé
sur la cheminée, près de laquelle causaient MM. de Talleyrand et
Sémonville; il n'y a nul doute qu'ils furent répétés par lui à Napoléon.
(_Note de madame---._)
[30] M. de Talleyrand était trop fin courtisan pour tenir un pareil
propos, devant de tels témoins; mais s'il l'eût tenu en effet, M. le duc
de Bassano n'eût point été capable de le redire à l'empereur.
(_Note de l'éditeur._)
[31] M. de Sémonville perdit son ambassade, et fut honorablement
_annulé_ au sénat. En se rappelant ces faits, d'une vérité exacte, on
doit s'étonner que M. de Montholon, l'un des deux beaux-fils de M. de
Sémonville, se soit attaché dans la suite au sort de Napoléon. Quand on
cherche l'explication de cette étrange conduite, on peut la trouver dans
le mariage de M. de Montholon, qui ne fut point approuvé par sa famille,
ce qui le brouilla avec elle.
[32] Depuis, duchesse de Montebello.
[33] Encore les manières de L'empereur! Mais ce jour-là _il s'était
déchaîné contre les femmes_, ce qui explique l'humeur de Madame***
contre lui. Nous n'avons pas besoin de dire qu'il y a plus que de
l'exagération à appeler _de l'insolence_ la brusquerie que l'on, a pu
quelquefois reprocher à l'empereur comme à Frédéric II et à d'autres
grands hommes, et à ne voir dans ses momens d'affabilité _que la gaîté
la plus vulgaire_. (Note de l'éditeur.)
[34] Depuis, princesse de Neufchâtel et de Wagram.
[35] Je ne vois pas que l'empereur doive perdre sa _brillante auréole_,
pour s'être couché quelquefois de bonne heure, et avoir fait un usage
modéré de café.
(_Note de Constant_.)
[36] L'empereur était économe et prêchait sans cesse l'économie. (_Note
de Constant._)
[37] Jamais l'empereur n'a été sujet à des attaques d'épilepsie. C'est
encore là une de ces histoires dont on a tant débité sur son compte. On
verra, dans le portrait que j'ai tracé de l'empereur, ce qui a pu donner
lieu à celle-ci.
(_Note de Constant._)
[38] Il est de notoriété publique aujourd'hui que M. le duc de Vicence,
si indignement calomnié pendant tant d'années par des ennemis habiles à
profiter du silence que lui imposait sa position auprès de l'empereur,
n'a pris, ni même pu prendre, aucune part à la catastrophe du duc
d'Enghien. Il est prouvé qu'au moment même où le général Ordener, chargé
_seul_ de l'arrestation du malheureux prince, s'acquittait de cette
fatale mission, M. de Caulaincourt était à trente lieues d'Ettenheim,
chargé, de son côté, d'arrêter la baronne de Reich et quelques émigrés
qui entretenaient une correspondance contre le chef du gouvernement
français, et que M. de Caulaincourt relâcha, avant d'avoir repassé la
frontière avec eux. Il est prouvé que M. de Caulaincourt n'eut
connaissance de la mission confiée au général Ordener, qu'en même temps
que tout le monde, et après cette mission remplie; enfin il est prouvé
que M. de Caulaincourt était à Lunéville le jour et à l'heure de la
sanglante exécution du duc d'Enghien. M. de Bourrienne a déjà relevé
dans ses mémoires l'erreur dont M. le duc de Vicence a été trop
long-temps victime. Nous nous faisons également un devoir de protester
ici contre tout passage du journal de Madame*** qui pourrait être
trouvé injurieux à la mémoire d'un des hommes les plus honorables de
l'empire.
(_Note de l'éditeur._)
[39] J'ai été quinze ans valet de chambre de l'empereur, et je nesuis
point de l'avis de l'auteur du journal.
(_Note de Constant_.)
[40] Depuis, grand duc de Francfort.
[41] Faisant allusion aux sœurs de Bonaparte auxquelles on n'avait pas
pensé dans le premier moment qu'on créa l'empire, et qui vinrent
tourmenter leur frère le lendemain pour les titres qu'elles voulaient
avoir, ce qui donna lieu à beaucoup de plaisanteries dans le public.
[42] On voit par cette scène ridicule, combien Bonaparte était esclave
de l'étiquette et de minuties misérables, puisque, dans cette
circonstance, il se laissa emporter par la colère, jusqu'à dire des
choses très-dures à Joséphine, pour elle et pour son fils.
Cependant il aimait le prince Eugène autant qu'il était susceptible
d'aimer, et peu de temps après il leur en donna la preuve, comme chacun
sait.
[43] Voir ci-dessus la note de l'éditeur sur M. le duc de Vicence.
[44] Aujourd'hui grand duc de Bade.
[45] Nous avons démontré plus haut que les princes de Bade n'avaient
rien à _témoigner extérieurement_ à M. de Caulaincourt, et que
_l'aisance_ de celui-ci ne pouvait étonner qu'une personne prévenue
d'avance contre lui, par trop de confiance dans une imputation
matériellement fausse.
(_Note de l'éditeur._)
[46] Chacun son métier; c'était dans les camps que M. de Caulaincourt
avait fait son apprentissage de courtisan; il pouvait donc bien ne pas y
être tout-à-fait aussi rompu que l'avaient été ses parens _qui étaient à
l'ancienne cour_. Au reste, nous avons souvent ouï parler, dans un tout
autre sens, et nous avons pu juger nous-même des manières de M. le duc
de Vicence.
(_Note de l'éditeur._)
[47] À cette époque où s'est formée la confédération du Rhin, Francfort
n'en faisait pas encore partie, et Bonaparte était très-indisposé contre
cette ville, qui était l'entrepôt général des marchandises anglaises.
[48] On sait que la peine du général de Lajolais fut commuée en quatre
années de détention, dans une prison d'état; que ses biens furent
confisqués et vendus, et qu'il mourut au château d'If, bien au delà du
terme marqué pour l'expiration de sa captivité.
(_Note de l'éditeur_.)
[49] Outre le prince Louis, les Prussiens perdirent en peu de jours deux
de leurs meilleurs officiers généraux. Le général Schmettau, mort à
Weimar de ses blessures, et au convoi duquel l'empereur assista; et le
vieux duc de Brunswick, déjà plus que septuagénaire et couvert
d'infirmités, lorsqu'il reçut à Auerstaedt une mort glorieuse.
«Le duc de Brunswick, grièvement blessé à la bataille d'Auerstaedt,
arriva le 29 octobre à Altona. Son entrée dans cette ville fut un nouvel
et frappant exemple des vicissitudes de la fortune. On vit un prince
souverain, jouissant, à tort ou à raison, d'une grande réputation
militaire, naguère puissant et tranquille dans sa capitale, maintenant
battu et blessé à mort, faisant son entrée dans Altona, sur un misérable
brancard porté par dix hommes, sans officiers, sans domestiques, escorté
par une foule d'enfans et de vagabonds qui le pressaient par curiosité,
déposé dans une mauvaise auberge, et tellement abattu par la fatigue et
la douleur de ses yeux, que le lendemain de son arrivée le bruit de sa
mort était général. Le malheureux duc fit appeler sur-le-champ le
docteur Unzer pour apaiser les violentes douleurs que lui causait sa
blessure. Dans le peu de jours que le duc de Brunswick y survécut, il ne
vit que sa femme qui arriva auprès de lui le 1er novembre. Il refusa
constamment toutes visites et mourut le 10 novembre.»
(_Mémoires de M. de Bourrienne_, tome VII, page 150.)
[50] Depuis madame Sébastiani, morte à Constantinople dans la brillante
ambassade de son mari
[51] M. Sigismond de Berckeim fut dans la suite aide-de-camp du général
Caulaincourt. Ce fut lui qui remit à l'électeur de Bade la lettre du
premier consul, relative à l'arrestation du duc d'Enghien. Il n'apprit
l'issue de cette déplorable mission qu'à son retour à Paris, où il
arriva le même jour que le malheureux prince. Ce jeune et brave officier
en apprenant le lendemain l'exécution de Vincennes, perdit entièrement
la tête et resta long-temps dans ce cruel état.
[52] Ce jeune homme fut tué à Stockholm, dans un duel, à l'âge de vingt
ans.
[53] On trouve dans les œuvres complètes de madame de Staël une pièce
lyrique intitulée _Agar_, qui pourrait être celle que jouent ici les
hôtes de Clichy-la-Garenne.
[54] Aujourd'hui comtesse de Montholon.
[55] Qui fut si long-temps le favori de Catherine.
[56] Le marquis de Luchésini s'était élevé d'un poste obscur dans un
ministère, jusqu'aux fonctions d'ambassadeur. On avait beaucoup vanté
ses talens avant son arrivée en France. Quelques personnes prétendent
qu'il fallut un peu en rabattre.
[57] On sait que ce fut à cette bataille livrée le 22 mai 1809, que
Lannes fut blessé à mort.
[58] Je fus quatorze ans sans entendre parler de lui, sans en recevoir
aucune nouvelle. Enfin après mille recherches je découvris, en 1818,
qu'il était alors en Angleterre. J'y allai; j'eus beaucoup de peine à
l'y trouver. Il y végétait par les résultats d'un commerce très-peu
considérable sur les marchandises prohibées. J'en tirai quelques billets
pour une faible somme de 10,000; mais ces billets dans la suite ne
furent pas payés. Je fus obligée de retourner à Londres. Enfin après
plusieurs voyages, beaucoup de peines et de fatigues, je fus obligée,
pour ne pas perdre le tout, de recevoir des marchandises pour six mille
francs environ.
Depuis j'ai appris qu'il était mort à peu près insolvable.
[59] Ces paroles bienveillantes ne prouvaient que la bonté de Joséphine,
et nullement mon mérite.
[60] On sent bien (sans qu'il soit besoin de l'expliquer) que cette
indifférence, ce laissez-aller ne s'étend qu'aux détails de la vie
intérieure qui ne lui paraissaient pas valoir la peine qu'il s'en
occupât.
[61] Il lui était défendu pour sa santé.
[62] Ce tableau flamand, qui représentait la boutique d'un savetier dont
la femme raccommodait une chemise à côté de son mari, était dans la
chambre à coucher occupée par Joséphine.
[63] Ce mot est attribué à Bernadotte.
[64] Ce manuscrit est entre les mains de M. Ladvocat.
[65] Les fraises produisaient le même effet sur le roi de Rome; mais,
plus surveillé ou plus docile, il cessa d'en manger, quand madame de
Montesquiou, sa gouvernante, le lui eut défendu.
[66] Voici la liste des personnes qui composaient la suite des deux
empereurs:
_Personnages composant la suite de sa majesté l'empereur des
Français_.
Le grand-maréchal duc de Frioul,
Le prince de Neufchâtel,
Le général Caulaincourt, duc de Vicence, grand-écuyer, ambassadeur
de France à Pétersbourg,
Le prince de Bénévent, grand-chambellan,
Le duc de Bassano,
Le duc de Cadore, ministre des relations extérieures,
Le premier écuyer, général Nansouty,
M. de Rémusat, premier chambellan,
Le général Lauriston, aide-de-camp de l'empereur,
Le général Savary, duc de Rovigo, aide-de-camp de l'empereur,
M. le comte Daru,
M. Cavaletti, écuyer,
M. Eugène de Montesquiou, chambellan,
M. de Canouville, maréchal-des-logis du palais,
M. de Menneval, secrétaire du cabinet de Sa Majesté,
M. Fain, autre secrétaire,
M. de Beausset, préfet du palais,
M. Yvan, chirurgien de Sa Majesté,
Huit pages,
Un menin.
_Personnes composant la suite de sa majesté l'empereur de Russie_.
Le comte de Tolstoï, grand-maréchal du palais,
Le prince de Galitzin, secrétaire de Sa Majesté,
Le comte Romanzoff, ministre des affaires étrangères,
Le général comte Tolstoï, ambassadeur de Russie en France,
_venu de Paris_.
Le comte Speranki, |
Le prince Wolkonski, |
Le comte Oggeroski, |
Le prince Trubetskoï, |----aides-de-camp de Sa Majesté
Le prince Gargarin, |
Le comte Oraklscheff, |
Le comte Schouvaloff, |
Le général Kitroff, aide-de-camp du grand-duc Constantin,
M. Apraxin, aide-du-camp du ministre de la guerre,
M. Balabin, colonel des chevaliers-gardes,
M. Alkoukieff,
Le prince Olgorouki, officier aux gardes,
Le comte Ozanski, chambellan attaché aux relations extérieures,
M. Gervais, |
M. Creidmann,|----Conseillers d'état attachés aux relations extérieures
M. Sculpoff, |
Le comte de Nesselrode,|----secrétaires d'ambassade, _venus de Paris,_
M. Bouhagin, |
M. de Lebanski, consul de Russie en France, _idem_,
Le général Kanikoff, ministre de Russie en Saxe, _venu de
Dresde_,
M. Schoodes, secrétaire de légation, _idem_,
M. Bethmann, consul de Russie à Francfort, _venu de Francfort._
[67] Voici la liste des principaux:
Le roi de Bavière,
Le roi de Wurtemberg,
Le roi de Saxe,
Le roi et la reine de Westphalie,
Le prince primat,
Le grand-duc et la grande-duchesse de Hesse-Darmstadt,
Le grand-duc et la grande-duchesse de Bade,
Le duc et la duchesse de Weimar,
Le prince héréditaire de Weimar,
Le prince Léopold de Saxe-Cobourg,
Le duc de Saxe-Gotha,
Le duc d'Oldembourg,
Le prince Guillaume de Prusse,
Le prince de Mecklembourg-Schwerin,
Le prince de Mecklembourg-Strelitz,
Le prince d'Anhalt-Dessau,
Le prince de Waldeck,
Le prince de Laleyen,
Le prince de Reuss,
Le prince d'Eberdsdorff,
Le prince de Gera,
Le prince de Schleitz,
La princesse de la Tour et Taxis,
Le prince de Salm-Dick, aide-de-camp du roi de Wurtemberg,
Le prince de Hohenlohe-Kirhberg, _idem_,
Le prince de Salm-Salm,
Le prince de Schaumbourg,
Le prince de Bernbourg,
Le prince d'Isembourg,
Le prince de Rudolstadt,
Le prince de Hohenzollern-Sigmaringen,
Le duc Guillaume de Bavière,
La duchesse d'Hilburghausen,
La comtesse de Truxès,
Le comte et la comtesse de Bochols,
Le comte de Mongellaz,
Le comte de Wurtemberg,
Le comte de Reuss,
Le baron de Vincent,
Le duc de Mondragone,
Le duc de Birkenfeld,
Le comte de Gœrliz, grand-écuyer du roi de Wurtemberg,
Le comte de Taube, premier ministre, _idem_,
Le comte de Dille, aide-de-camp, _idem_, etc., etc.
[68] M. de Fermon, conseiller d'état, directeur de la liquidation
générale: on l'appelait communément _Fermons-la-Caisse_.
[69] Voir le récit de la disgrâce de madame de La Rochefoucault.
[70] C'était l'épée de Charles XII, que Gustave avait tirée de l'arsenal
de Stockholm, et qu'il avait fait raccourcir et alléger pour l'ajuster à
sa taille. Gustave s'était proposé Charles XII pour modèle, et portait,
comme lui, un costume très-simple et les cheveux courts et relevés.
[71] Dans la réponse de l'empereur au conseil-d'état, on remarquait le
passage suivant qu'il n'est peut-être pas hors de propos de rappeler
comme une chose fort curieuse aujourd'hui.
«C'est à l'idéologie, à cette ténébreuse métaphysique, qui, en cherchant
avec subtilité les causes premières, veut sur ses bases fonder la
législation des peuples, au lieu d'approprier les lois à la connaissance
du cœur humain et aux leçons de l'histoire, qu'il faut attribuer tous
les malheurs qu'a éprouvés notre belle France. Ces erreurs devaient et
ont effectivement amené le régime des hommes de sang. En effet, qui a
proclamé le principe d'insurrection comme un devoir? Qui a adulé le
peuple en le proclamant à une souveraineté qu'il était incapable
d'exercer? Qui a détruit la sainteté et le respect des lois, en les
faisant dépendre non des principes sacrés de la justice, de la nature
des choses et de la justice civile, mais seulement de la volonté d'une
assemblée d'hommes étrangers à la connaissance des lois civiles,
criminelles, administratives, politiques et militaires? Lorsqu'on est
appelé à régénérer un état, ce sont des principes constamment opposés
qu'il faut suivre.»
(_Note de l'Éditeur._)
[72] Roustan obtint la même faveur le même jour.
[73] Cette allocution remarquable de Sa Majesté au maréchal Kellermann a
déjà été rapportée dans un autre ouvrage, mais j'ai cru pouvoir me
permettre de la reproduire ici, parce qu'elle vient tout-à-fait à
l'appui des renseignemens que j'ai pu recueillir particulièrement sur
l'entrevue du pape à Fontainebleau et que l'on vient de lire.
[74] La maison de l'empereur, refaite en partie pour cette campagne de
1813, se composait ainsi qu'il suit:
_Grand-maréchal du palais_, M. le duc de Frioul.
_Grand-écuyer_, M. le duc de Vicence.
_Aides-de-camp_, MM. les généraux Mouton, comte de Lobau; Lebrun, duc de
Plaisance; MM. les généraux Drouot, Flahaut, Dejean, Corbineau, Bernard,
Durosnel et Hogendorg.
_Premier officier d'ordonnance_, M. le colonel Gourgaud.
_Officiers d'ordonnance_, M. le baron de Mortemart, M. le baron Athalin,
M. Béranger, M. de Lauriston, MM. les barons Desaix, Laplace et de
Caraman, MM. de Saint-Marsan, de Lamezan, Pretet et Pailhou; il y avait
aussi M. d'Aremberg, mais à cette époque il était renfermé dans la ville
de Dantzig.
_Premier chambellan, maître de la garde-robe_, M. le comte de Turenne.
_Préfet du palais_, M. le baron de Beausset.
_Maréchal-des-logis du palais_, M. le baron de Canouville.
_Écuyers_, MM. les barons Van Lenneps, Montaran et de Mesgrigny.
_Secrétaires du cabinet_, M. le baron Mounier, M. le baron Fain.
_Commis du cabinet_, MM. Jouanne et Prévost.
_Secrétaires interprètes_, MM. Lelorgne, Dideville et Vonzowitch.
_Directeur du bureau topographique_, M. le baron Bacler d'Albe.
_Ingénieurs géographes_, MM. Lameau et Duvivier.
_Pages_, MM. Montarieu, Devienne, Saint-Perne et Ferreri.
[75] Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr était alors le plus jeune en date des
maréchaux de l'empire, ayant reçu le bâton de maréchal sur le champ de
bataille pendant la campagne de Moscou, après le combat du 18 août.
[76] C'était le comte de Mier, chargé de garantir à Murat la possession
de ses états s'il abandonnait la cause de l'empereur. Il l'abandonna;
que conserva-t-il?
(_Note de l'éditeur._)
[77] Le Danemarck, comme je l'ai dit, avait déjà conclu son armistice
avec la Russie, mais la nouvelle n'en arriva à Paris que quelques jours
après.
[78] M. Robert de Sainte-Croix, dont le père, ancien ambassadeur de
France à Constantinople, était alors préfet de Valence, avait eu deux
frères tués tous deux, l'un capitaine de vaisseau et l'autre, le général
Charles de Sainte-Croix, frappé à mort en Espagne. Leur mère,
mademoiselle Talon, par conséquent tante de madame du Cayla, ancienne
dame d'honneur de la femme de Louis XVIII, présenta son fils à ce
monarque en 1814. Le roi lui ayant demandé des nouvelles de sa famille,
«Sire, répondit M. Robert de Sainte-Croix, de trois frères que nous
étions, voilà la seule jambe qui reste.»
(_Note de l'Éditeur._)
[79] On sait que l'empereur ne prodiguait pas la croix-d'honneur. En
voici une nouvelle preuve: il était très-content de services de M.
Veyrat, inspecteur général de la police, et celui-ci désirait la croix.
Je présentai quelques pétitions pour lui à Sa Majesté, qui me dit un
jour: _Je suis content de Veyrat; il me sert bien; je lui donnerai de
l'argent tant qu'il en voudra_: MAIS LA CROIX, JAMAIS!
[80] C'est une chose assez singulière que l'opéra de _l'Oriflamme_ ait
fourni à Geoffroy le sujet de son dernier feuilleton. Ce célèbre
critique mourut peu de jours après, sinon pour le repos de son âme, au
moins pour celui des acteurs. (_Note de l'éditeur._)
[81] J'ai su depuis que la comtesse de W... était allée avec son fils
voir l'empereur à l'île d'Elbe. Cet enfant ressemblait beaucoup à Sa
Majesté; aussi ce voyage fit-il alors répandre le bruit que le roi de
Rome avait été amené à son père. Madame W... resta peu de temps à l'île
d'Elbe.
[82] M. Filangieri avait effectivement eu précédemment à Paris un duel
avec M. de Saint-Simon, que l'on avait d'abord cru tué, mais qui finit
par revenir de la blessure très-dangereuse qu'il avait reçue.
[83] Gardanne était un autre de nos camarades, fils du général Gardanne
qui fut ambassadeur en Perse.
[84] L'ancien hôtel de _Choiseul Charost_, aujourd'hui l'hôtel de
l'ambassadeur d'Angleterre, que le gouvernement britannique acheta du
prince un million après la première restauration, et qui en vaut plus de
deux aujourd'hui.
[85] Clarke n'était que général de division, et les maréchaux seuls,
sous l'empire, avaient le droit, après l'empereur et les princes,
d'avoir des aides-de-camp colonels.
[86] C'était le chef d'orchestre.
[87] On appelle _gressini_, à Turin, des pains de pâte sèche, gros comme
le double d'un tuyau de macaroni et longs d'un ou deux pieds. On en
faisait fréquemment des envois à l'empereur.