Je vous expédie un courrier général pour vous faire connaître que la
paix est faite entre la France et la Russie, et que cette dernière
puissance va remettre à notre pouvoir Cattaro.
Vous devez en conséquence faire vos dispositions pour prendre possession
de cette place aussitôt que les ordres seront parvenus.
Vous ne devez pas, général, attaquer les Monténégrins, mais au contraire
tâcher d'avoir avec eux des intelligences, et de les ramener à nous
pour les ranger sous la protection de l'empereur; mais vous sentez que
cette démarche doit être faite avec toute la dextérité convenable.
Aussitôt que le mois d'août sera passé, c'est-à-dire les chaleurs, les
ordres sont envoyés pour que les troisièmes bataillons des régimens de
votre armée complètent ceux que vous avez en Dalmatie, de manière à
porter chaque compagnie à cent quarante hommes, et par conséquent chaque
bataillon à douze cent soixante.
Raguse doit définitivement rester uni à la Dalmatie; vous devrez donc
faire continuer les fortifications et les mettre dans le meilleur état.
Occupez-vous essentiellement à obtenir des renseignemens, soit par des
officiers que vous enverrez à cet effet, soit par toute autre manière,
et que vous adresserez directement à l'empereur, pour lui faire
connaître, par des officiers sûrs, géographiquement et
administrativement, 1º ce que vous pourrez obtenir sur la Bosnie, la
Macédoine, la Thrace, l'Albanie, etc.; 2º quelle population turque,
quelle population grecque, quelles ressources ces pays offriraient en
habillemens, vivres, argent, pour une puissance européenne qui
posséderait ce pays; enfin quel revenu on pourrait tirer de suite au
moment de l'occupation, car les améliorations sont sans bases.
Le second Mémoire sera un mémoire militaire.
Si deux armées européennes entraient à la fois, l'une par Cattaro et la
Dalmatie et dans la Bosnie; l'autre par Corfou, quelles devraient être
les forces de toute arme, pour être certain de la réussite, quelle
espèce d'arme serait la plus avantageuse, comment passerait
l'artillerie, comment pourrait-on la remonter, comment se
recruterait-on, quel serait le meilleur temps pour agir? Tout ceci,
général, ne doit être regardé que comme un calcul hypothétique; tous ces
rapports doivent être envoyés par des hommes de confiance qui puissent
arriver à bon port.
Faites connaître aux Russes que la paix est faite avec eux, et
envoyez-leur des ampliations de la notice ci-incluse.
Faites tenir très-stricte la prise de possession des forteresses; faites
seulement dire aux croisières russes que vous leur donnerez tous les
secours qu'elles demanderont. La Russie a accepté la médiation de la
France pour faire sa paix avec la Porte; tenez-vous toujours en bonne
amitié avec le pacha de Bosnie, auquel vous ferez part de ce qui se
passe; mais néanmoins vous resterez dans une situation plus circonspecte
que ci-devant; envoyez des officiers, faites tous ce qui vous sera
possible pour bien connaître le pays.
Tilsitt, 9 juillet 1807.
INSTRUCTIONS POUR M. L'ADJUDANT-COMMANDANT
GUILLEMIMOT.
L'empereur, monsieur l'adjudant-commandant, vous charge d'une mission
importante de confiance. L'intention de Sa Majesté est que vous partiez
de Tilsitt avec un officier russe que vous désignera M. le lieutenant
russe Labanoff de Rostow; vous vous rendrez, le plus promptement
possible, avec cet officier, au camp de M. le général Michelson, auquel
vous porterez une lettre de M. le prince de Bénévent.
Vous serez aussi porteur d'une autre lettre chiffrée de ce ministre pour
le général Sébastiani; votre mission, monsieur l'adjudant-commandant, a
deux objets importans, le premier sur le Danube, le second à
Constantinople.
Sur le Danube vous porterez une lettre du prince de Bénévent au
grand-visir, ou au pacha qui commande l'armée turque; vous aurez outre
cela ouvert l'article du traité qui regarde la poste, signé du prince de
Bénévent; vous demanderez au grand-visir, s'il est encore à l'armée,
s'il adhère aux dispositions de ce traité; dans tout état de cause,
vous exigerez que les hostilités cessent de suite entre les deux
empires de Russie et de Turquie; de là vous expédierez à l'empereur un
des officiers qui vous accompagneront, pour rendre compte de ce qui se
sera passé, et faire connaître la situation des choses. Cet officier
passera par Varsovie, et vous lui remettrez une lettre pour le général
français commandant les troupes, par laquelle vous lui ferez connaître
ce que vous aurez fait, et la situation, et enfin si tout marche selon
les désirs de l'empereur.
Après avoir rempli votre mission près le grand-visir, vous continuerez
votre route pour Constantinople. Arrivé dans cette ville, vous remettrez
les dépêches au général Sébastiani; vous aurez soin d'insister fortement
auprès des ministres de l'empereur et roi pour que la Porte déclare si
elle accorde ou non les conditions du traité de paix qui la concernent;
de là vous retournerez au quartier-général du général Michelson pour
présider à la conclusion de l'armistice et à tous les arrangemens
provisoires qui se feront entre la Porte et la Russie, conformément au
traité de paix; vous ne perdrez pas de vue que l'empereur, en soutenant
la Porte, est dans l'intention d'extrêmement ménager la Russie, tant
dans les choses que dans les formes; vous emmenerez avec vous deux
officiers d'état-major, M. M... et un ingénieur-géographe, M... Vous
expédierez un de vos officiers du Danube, après avoir vu le général
Michelson, et l'autre à votre retour de Constantinople sur le Danube. Un
des buts importans de votre mission est de prendre, soit à
Constantinople, soit dans tous les pays que vous parcourrez, tout ce qui
peut vous mettre à même de rapporter une bonne statistique sur la
population, les richesses, et enfin sur la configuration topographique
des pays que vous parcourrez; c'est à quoi vous emploierez
l'ingénieur-géographe, qui marchera avec vous.
Cette instruction, monsieur l'adjudant-commandant-général, vous fait
assez connaître la confiance que l'empereur a dans vos talens.
Kœnisberg, le 12 juillet 1807.
AU GÉNÉRAL DEJEAN, MINISTRE, etc.
L'empereur me charge de faire connaître à Votre Excellence que son
intention est que tous les prisonniers russes qui sont en France soient
sur-le-champ formés en régimens provisoires, et que le baron de Muller
Lakometsky, général major au service de Russie, auquel l'empereur de
Russie donne le commandement de ces troupes, soit chargé de désigner les
officiers russes qui seront attachés à chaque compagnie des bataillons
provisoires. Sa Majesté me charge de vous faire connaître que sa volonté
est que tous les prisonniers russes qui sont en France soient
sur-le-champ habillés à neuf, suivant l'uniforme de leur nation. Vous
leur ferez fournir la buffleterie, la coiffure, sacs, etc, redingotes,
etc.; vous leur ferez donner des fusils neufs; et enfin ils seront
arrangés de manière à ce que ces prisonniers, formés en bataillons
provisoires, puissent servir et entrer en campagne, si le cas
l'exigeait. Quant aux prisonniers russes qui sont encore à la rive
droite du Rhin, quand mes ordres parviendront, ils doivent rétrograder
pour se rendre en Russie, dans l'état où ils seront. Je pense que vous
n'avez pas plus de dix mille Russes en France.
Prenez, général, les mesures les plus promptes pour l'exécution de ces
ordres, auxquels Sa Majesté attache beaucoup de prix.
Faites parvenir à M. le général Muller, prisonnier de guerre en France,
la lettre ci-jointe de l'empereur Alexandre, et celle que je lui écris.
Berlin, le 25 juillet 1807.