À S. A. S. LE PRINCE EUGÈNE, VICE-ROI D'ITALIE.

L'empereur m'ordonne de faire connaître à Votre Altesse qu'il vient de

signer la paix avec la Russie, ainsi qu'elle le verra par la notice

ci-jointe qu'elle peut rendre publique.

L'intention de l'empereur, monseigneur, est de renforcer son armée de

Dalmatie. Sa Majesté désire donc que vous envoyiez à chacun des régimens

qui y sont des renforts provenant des conscriptions, mais en n'y

comprenant aucun des conscrits provenant de la conscription de 1808, ces

hommes étant très-jeunes et devant rester en Italie. L'intention de

l'empereur serait que ces troupes passassent par mer, afin qu'elles ne

se fatiguassent pas trop. Dans le cas cependant où elles seraient

obligées de passer par terre, elles ne devraient se mettre en marche

qu'au mois de septembre; mais, dans tous les cas, il faut les préparer

de suite. Sa Majesté voudrait que vous fissiez passer assez de monde

pour que les sept régimens qui se trouvent en Dalmatie reçoivent les

renforts nécessaires pour que les compagnies de chaque bataillon soient

portées à cent quarante hommes chacune; pour cela l'empereur désire donc

que vous fassiez passer en Dalmatie la division Clozel; par là, des six

cents hommes du 8e léger qui forment les six compagnies, on n'en

formerait que deux; de même du 18e régiment d'infanterie légère et du

5e de ligne on formerait trois compagnies.

Du 25e de ligne, _idem_.

Du 11e -- --

Du 6e -- --

Du 60e -- --

De manière que ces compagnies, formant une force de cinq à six mille

hommes qui arriveraient en Dalmatie, y seraient encadrées dans les

bataillons de guerre.

L'empereur, monseigneur, désire que votre altesse passe elle-même la

revue des troupes dont je viens de parler, de manière à s'assurer que

l'habillement et l'armement sont en bon état, que les hommes ont deux

paires de souliers, leurs bidons et leurs marmites, et qu'ils ne

manquent de rien. Votre altesse rendra compte directement à l'empereur

de la revue qu'elle passera; de cette manière les cadres des troisièmes

bataillons resteront en Italie et recevront les conscrits de 1808 qui

vont y arriver; rien ne presse, monseigneur: il n'y aurait qu'une

circonstance où votre altesse pourrait faire partir ces troupes sans

attendre de nouveaux ordres de l'empereur; ce serait celle où son

altesse jugerait que la paix avec les Russes nous laisserait pour le

moment maîtres de la mer, et qu'elle prévoirait que dans quelque temps

des bâtimens anglais pourraient arriver dans l'Adriatique, et empêcher

ces troupes d'aller en Dalmatie.

Tilsitt, le 8 juillet 1807, quatre heures du soir.

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 347 / 456 题