Je vous envoie, général, une copie de l'armistice conclu entre le roi de
Prusse et l'empire, que vous devez déjà avoir reçu. Vous êtes aux ordres
du maréchal Brune, et vous devez exécuter ceux qu'il donnera aux troupes
que vous commandez.
Tilsitt, le 4 juillet 1807.
À M. LE MARÉCHAL BRUNE, PORTÉE PAR M. LOUIS DE
PÉRIGORD.
Je vous ai expédié hier, par un de mes aides-de-camp, monsieur le
maréchal, les ordres de l'empereur. Sa Majesté n'a reçu aucune nouvelle
de vous sur l'expédition anglaise; ce qui la porte à penser que
peut-être elle n'a pas mis en mer, et que la nouvelle donnée avait été
prématurée. Dans tout état de cause, monsieur le maréchal, l'intention
de l'empereur est que ses troupes occupent la Poméranie suédoise et
assiégent Stralsund, afin d'avoir par là une province qui servira de
compensation, quand on sera dans le cas de faire la paix avec
l'Angleterre. Vous aurez huit régimens d'infanterie française en
comprenant le 5e d'infanterie légère, que vous placerez dans la
division Boudet. Vous avez quatre régimens italiens que vous retirerez
de Colberg. Le 19e de ligne et les 19e et 25e régimens de
chasseurs sont partis de Dantzig pour se rendre devant Colberg, d'où
vous les ferez aller sur le point qui vous paraîtra le plus convenable,
lorsque vous recevrez cette lettre. Le 14e régiment de chasseurs et
un régiment de dragons italiens doivent être arrivés. Vous devez
également avoir dans l'arrondissement de votre armée une brigade
bavaroise et une brigade de Bade; ainsi, toutes ces troupes réunies vous
formeront plus de trente-deux mille hommes, ce qui, joint à cinq ou six
mille hommes, portera vos forces à quarante mille hommes, sans dégarnir
Hambourg de la division hollandaise du centre, ni de la division
espagnole en Poméranie; ce qui fera un accroissement considérable à vos
forces. Vous avez donc de quoi occuper la Poméranie et faire le siége de
Stralsund, occuper les îles et l'embouchure de l'Oder.
Ne perdez pas un moment pour faire les dispositions nécessaires à
l'exécution des ordres de l'empereur.
Vous n'écrirez plus au roi quand bien même il serait à son armée, mais
au général commandant l'armée suédoise. Désormais vous n'aurez aucune
communication avec ce prince comme roi, mais ayez-en avec la nation et
avec les officiers. Si le roi demandait à vous voir et à vous parler,
vous vous y refuserez, et vous n'aurez d'entrevue qu'avec le général
Essen, ou avec quelque Suédois raisonnable, s'il demandait à vous voir.
Vous renverrez en France les prisonniers suédois qui ne sont pas encore
échangés, et vous déclarerez qu'il ne peut y avoir de cartel tant que
les révoltés et le soi-disant duc de Pienne resteront dans le pays.
Quant au pays de Mekclembourg, la ville de Rostock sera occupée par vos
troupes; mais le souverain doit rentrer dans tous ses droits; et vous le
considérerez à l'avenir comme un prince ami de l'empereur, et auquel il
porte un intérêt particulier. Vous aurez le soin de prévenir M. le
général de Buckler de l'armistice conclu entre l'empereur et le roi de
Prusse, et que ce dernier a dû lui envoyer. Si ce général vous demandait
à passer de votre côté avec les troupes prussiennes pour se soustraire
aux extravagances du roi de Suède, vous l'y autoriserez; vous aurez soin
de faire comprendre que c'est le roi de Suède qui a rompu l'armistice,
soit en insultant la nation dans la personne d'un de ses maréchaux en
osant l'engager à la trahir, soit en formant un régiment de rebelles,
soit en cherchant tous les moyens d'insulter la France.
_Note de la main de l'empereur_.
Dans vos propos, M. le maréchal, et dans ceux que tiendront vos
officiers, mais non par écrit, vous direz que nous ne reconnaissons plus
le roi de Suède, que nous ne le reconnaîtrons que quand il aura aboli la
constitution qui ôte les priviléges à la nation suédoise. Vous parlerez
de ce souverain comme d'un fou plutôt digne de régner aux
Petites-Maisons que sur la brave nation suédoise.
Tilsitt, le 3 juillet 1807.