Vous avez été prévenu, monsieur le maréchal, que l'ennemi, à la pointe
du jour, dans la journée du 5, avait attaqué la tête du pont de
Spandeim, corps du prince de Ponte-Corvo. Le général de brigade Frère,
avec sa seule brigade, a contenu l'ennemi constamment, et l'a repoussé
quoiqu'il ait chargé cinq fois ses retranchemens avec des troupes
fraîches. Un colonel russe a été fait prisonnier, et les fossés étaient
remplis de morts.
Au même moment, l'ennemi attaquait le pont de Lomilten, corps du
maréchal Soult; le général Ferey, avec sa seule brigade, en a repoussé
l'ennemi, qui a essuyé une grande perte. Ces pertes sont d'autant plus
fortes qu'il a eu l'imprudence de mettre beaucoup d'obstination dans ses
attaques. Le poste d'Allkirck, en avant de Guttstadt, corps du maréchal
Ney, a aussi été attaqué le 5, à quatre heures du matin. L'ennemi a été
constamment repoussé jusqu'à onze heures; mais le maréchal Ney, ayant vu
le déploiement de quarante à cinquante mille hommes, a, conformément à
son instruction générale, fait son mouvement sur Deppen. Ce matin, il
était en position au village de Ankendorff, et l'ennemi était en
position en avant de Queetz. Dans cette situation des choses, S. M. a
ordonné la réunion de son armée, et il est vraisemblable qu'une grande
bataille va avoir lieu. L'empereur a donné des ordres au général
Zayoushek, mais il n'en a point donné à la division Gazan, ni à la
division de dragons du général Becker, ces deux divisions étant sous vos
ordres.
S. M., monsieur le maréchal, ne peut rien vous prescrire; vous devez
prendre conseil des circonstances, _couvrir Varsovie_, maintenir le plus
possible les Cosaques éloignés du centre de la grande armée, et empêcher
le corps qui vous est opposé de se dégarnir pour augmenter l'armée qui
est devant nous.
Si vous n'y voyez pas d'inconvéniens, tenez le général Gazan en espèce
de corps volant, qui pousserait de forts partis sur Ortelsbourg et
Passenheim.
Faites reployer tous les embarras, les malades du général Gazan et les
vôtres derrière la Vistule. Si l'ennemi vous attaquait, et que vous
eussiez besoin du général Gazan pour couvrir Varsovie, nul doute que
vous ne deviez le retirer sur vous. Si, au contraire, l'ennemi reste
tranquille, plus le général Gazan poussera en avant pour observer
l'ennemi, mieux cela vaudra.
Sa Majesté, M. le maréchal, s'en rapporte à votre zèle et au grand
intérêt que vous prenez aux affaires, pour être assurée que vous ferez
pour le mieux, et que vous empêcherez qu'un corps ennemi de peu
d'importance n'agisse sur nos flancs. On doit croire que l'ennemi a trop
à faire pour tenir un corps nombreux vis-à-vis du général Gazan. Il ne
faut pas que ce général s'en laisse imposer par les bruits des paysans.
Il est nécessaire que le duplicata de vos nouvelles soit envoyé au
général Lemarrois, afin qu'elles parviennent par la rive gauche, si
elles étaient interceptées par la rive droite.
Donnez, suivant les circonstances, des ordres relatifs aux convois de
Varsovie sur Osterode, afin qu'ils ne puissent tomber au pouvoir de
l'ennemi.
Envoyez-moi tous les jours de vos nouvelles.
Le maréchal Bernadotte en reconnaissant l'ennemi a été frappé d'une
balle morte au col; mais sa blessure est peu de chose. Je vous en parle,
parce que les malveillans ne manqueront pas de dire qu'il est mort. Le
général Dutaillis a eu le bras emporté d'un boulet.
Finckenstein, le 6 juin 1807, six heures et demie du soir.