INTRODUCTION DU TROISIÈME VOLUME.

Le public a bien voulu accueillir les _Mémoires de Constant_ avec tout

l'intérêt que l'éditeur les avait jugés capables d'exciter. Parmi les

plus curieux passages de la première livraison, le spirituel journal du

_Voyage à Mayence_ a été traité avec une faveur particulière. L'auteur

de ce journal, depuis la publication des deux premiers tomes des

Mémoires de Constant, a fait à l'éditeur l'honneur de lui adresser une

lettre; et comme cette lettre renferme une juste réclamation, l'éditeur

a pensé ne pouvoir mieux y faire droit qu'en la mettant sous les yeux du

public.

* * *

«Paris, 10 mai 1830.

»MONSIEUR,

»Je viens de trouver avec étonnement dans les Mémoires de Constant le

journal d'un voyage que j'ai fait avec Joséphine.

»Les feuilles que j'écrivais rapidement chaque soir étaient mises en

ordre et copiées, dans les villes où nous séjournions, par ma femme de

chambre, qui écrivait fort bien; il est probable qu'elle en aura gardé

une copie.

»Depuis, j'avais réuni les souvenirs de ce voyage à ceux d'une partie de

ma vie; mais je n'étais nullement décidée à les publier.

»Je crois qu'une femme peut amuser son imagination avec sa plume, comme

elle exerce ses doigts avec un crayon ou un pinceau; mais je pense

qu'elle ne doit jamais mettre le public dans la confidence de ses

pensées et de ses sentimens qui ne peuvent intéresser que ses amis et sa

famille.

»La publication que vous venez de faire, et surtout le désir de rétablir

dans toute sa vérité un fait énoncé par M. Constant en parlant du motif

qui m'a fait quitter la cour, me déterminent, Monsieur, à vous envoyer

la totalité de ces souvenirs.

»Je vous autorise à les publier, si vous pensez que des faits si peu

intéressans, écrits avec si peu de soin, puissent trouver place dans la

seconde partie des Mémoires que vous venez de faire paraître.

»Lorsque je voulus donner ma démission, j'écrivis à Joséphine, qui en

fut aussi étonnée qu'affligée (si je dois croire ce qu'elle eut la bonté

de me dire). Aussitôt ma lettre reçue, elle m'envoya chercher par le

général Fouller pour m'assurer qu'elle ne voulait pas l'accepter. Plus

de quinze jours s'écoulèrent entre celui où ma démission fut donnée et

le moment où elle fut acceptée par l'empereur.

»J'ignore si c'est dans l'instant qu'il l'accepta qu'il eut connaissance

de ce journal; mais l'expression de congé, employée par l'auteur des

Mémoires qui viennent de paraître chez vous, n'en est pas moins

inexacte.

»Au reste, j'y attache bien peu d'importance, et je ne rectifie ce fait

qu'à cause de cette inexactitude.»

»Recevez, Monsieur, l'assurance de

ma parfaite considération,

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 236 / 456 题