LA DU BARRY.--MORT DE LOUIS XV.

1770-1774.

On a vu que la Pompadour, et plus anciennement la De Prie, avaient été

de pures spéculations, arrangées et créées par la Banque, la haute

finance. Il en fut à peu près de même pour celle-ci. Elle fut

inventée, exploitée et soufflée par un escroc gascon, le joueur Du

Barry.

Richelieu, son patron, entra d'autant plus en ceci qu'il sentait deux

dangers. Choiseul pouvait pousser le roi à se remarier, à prendre un

de ces anges blonds (comme en eut tant Marie-Thérèse), qui eût

éternisé Choiseul et l'influence de l'Autriche. Le roi pouvait aussi

mourir. Et il en prenait le chemin. Après la mort de la Dauphine, il

eut comme un accès de peur, crut sentir là la main de Dieu. Mais après

il eut un retour de fureur libertine, qui tournait au Tibère. On parle

de dames forcées, surprises par des drogues érotiques, de quatre

jeunes religieuses, livrées toutes à la fois au caprice impuissant. Si

tout cela est vrai, il courait à la mort. Ce fut en Richelieu un vrai

coup de génie de couper court, vendre le Parc-aux-Cerfs, de deviner

qu'après tant de raffinements, une chose pouvait agir encore, quelle?

la vie naturelle, tout simplement monogamique, une bonne fille, le

rire et la joie.

La fille n'avait pas moins de vingt-cinq ans, avait tout traversé. Il

n'y paraissait pas. Vendue, revendue dès l'enfance, insoucieuse, elle

avait l'air d'avoir ignoré tout cela, ou du moins oublié. Elle n'eut

pas ces hontes, ces retours, ces aigreurs, qui gâtent la fille de

joie, la font triste comme un cimetière. Elle resta sereine,

admirablement gaie et bonne[12], pour faire plaisir à tout le monde,

aimer le genre humain.

[Note 12: Elle était vraiment bonne. Brissot en conte un

trait charmant. En 1778, quand Paris et la France

s'étouffaient à la porte de Voltaire, Brissot, alors

fort inconnu, un pauvre auteur mal mis, n'avait pu

pénétrer, s'en allait tête basse. «À ce moment, dit-il,

une jeune personne éblouissante sort, voit ma triste

mine, s'émeut, me dit: «Monsieur, que

vouliez-vous?--Voir M. de Voltaire.--Eh bien, dit-elle,

je remonte: j'obtiendrai qu'on vous fasse entrer.»]

Mi-Lorraine et mi-Champenoise, mais amenée très-jeune, c'était un

enfant de Paris. Cela se sent du premier coup au fameux buste du

Louvre. Cette petite crânerie à relever ainsi la tête ne se voit guère

qu'ici. Elle est bonne, elle est gaie, jolie (quoique Walpole assure

qu'on ne l'aurait pas remarquée). Pour vingt-cinq ans elle est un peu

mesquine et de formes peu riches. Si elle était plus femme, sa vie eût

laissé trace. C'est un gamin plutôt, un gentil petit polisson, bon

diable, en train de rire.

Sa figure n'est pas libertine, ni menteuse, ni impertinente, mais

joyeuse et espiègle, ayant la malice à coup sûr et tous les menus

vices des enfants des rues de Paris. Elle n'a pas besoin, comme nos

fausses bacchantes, de singer la folie. Elle sera suffisamment folle,

ayant pourtant une petite tête pour être folle à point, délirer à

propos.

Elle naquit bien bas. Le nom carnavalesque de sa mère est dans

Rabelais, petit nom de guerre abrégé, la Bécu[13]. Quel père? le

savait-elle? Tels en font honneur à un moine, tels à un cuisinier. Je

tiens pour celui-ci. Elle n'a rien d'obscène, mais la lèvre friande.

Elle dut naître en quelque cuisine un jour de Mardi gras. Habillée en

garçon, coiffée du blanc bonnet, elle ferait penser à ce charmant

Lulli, le petit pâtissier.

[Note 13: MM. de Goncourt ont retrouvé ce nom. Tout ceci

chez eux est fort curieux, très-neuf, fondé sur des

pièces précieuses, des manuscrits, etc.]

C'était à table qu'il fallait la montrer. Là elle avait tout son

essor. Richelieu et Lebel la firent souper entre eux. Le roi regardait

par un trou. Lui qui ne riait pas, qui voyait si peu rire dans son

palais maussade, il fut surpris et stupéfait... C'était la Joie

vivante, la libre liberté, et des élans et des éclats... Dans son

ravissement, il veut la voir de près. Nul embarras, nulle gêne; rien

ne l'étonne; chez lui elle est chez elle, aussi gaie, aussi folle.

Lebel est effrayé lui-même de voir le roi pris à ce point pour une

fille. Le roi n'en tient compte. Il la fait dame, la titre, la marie.

La grosse affaire, c'étaient Mesdames, si sévères, si collet-monté. Le

roi avait déjà eu des _filles_. Mais celle-ci faisait tant de bruit!

Tout Paris la chantait. Choiseul, avec sa soeur, avait organisé une

batterie terrible de chansons contre elle et le roi (_La belle

Bourbonnaise, la maîtresse de Blaise_, etc.). Honte! scandale!

horreur!... On raisonna Mesdames. On leur cita l'Ancien, le Nouveau

Testament, où l'on voit que le ciel prend bien bas ses élus. C'est

Raab, c'est Jahel (les Du Barry d'alors), qui sauvèrent le peuple de

Dieu. Plus l'instrument est vil, et plus la main d'en haut visiblement

éclate. Une chose de plus dut trancher pour Mesdames: c'est que le roi

vivrait bien plus, se réduisant à celle-ci.

On attendait, on était en prières pour qu'Esther triomphât d'Aman.

Dans un souper de prêtres, l'un dit: «Messieurs, buvons à la

Présentation!--Quelle? C'est demain la Chandeleur, où l'on présente au

Temple Notre-Seigneur... S'agit-il de cela!--Point. Je dis la

présentation de la nouvelle Esther qu'on fait aujourd'hui à

Versailles, et qui va nous sauver l'Église.» (_Mss. Hardi_, _Goncourt_,

II, 129.)

On la trouva non-seulement charmante, mais décente et plus modeste que

bien des femmes de cour. À la messe où elle parut, il y eut nombre

d'évêques. Chose plus forte, elle fut reçue chez Mesdames, à leur

concert spirituel, reçue chez leur élève, leur enfant, le Dauphin, qui

donnait un concert aussi.

Choiseul se rabattait du côté du Dauphin, voulait s'en emparer.

N'ayant pu marier le roi, il imposa, il exigea que le mariage tant

promis eût lieu aussi, que la petite fille élevée tout exprès pour la

France ne restât pas à Vienne. On céda. Elle vint. Le fatal mariage de

Marie-Antoinette se fit dans une fête tragique du plus sinistre

augure. Quel résultat? aucun pour Choiseul. Au contraire. Sa soeur,

qui s'échappait en outrages pour la Du Barry, reçut ordre du roi de ne

plus paraître à la cour.

Elle mit son exil à profit, courut les Parlements, hardie

solliciteuse. Et contre qui? contre le roi, arrangeant un procès où

indirectement il aurait été l'accusé.

Choiseul, contre son maître, avait gardé des armes, pour l'effrayer au

moins. Il avait pris doubles précautions, et défensives et offensives.

_Défensives._ C'était de lui faire signer tout, jusqu'aux mesures

hostiles qu'il prenait contre le roi même (on l'a vu dans l'affaire

d'Éon). «Le roi n'est pas mineur. Lui seul a tout voulu, tout ordonné,

tout fait.» (Choiseul, _Mém._, I, 93-94.)

Autres précautions très-directement _offensives_, Richelieu dit qu'au

moment trouble où le roi perdit le Dauphin, Choiseul en profita pour

tirer de lui contre lui une pièce accablante, où il se diffamait

lui-même. D'Aiguillon et Calonne tenaient La Chalotais; avec de

fausses pièces, ils croyaient l'égorger; le bourreau était prêt.

Choiseul fit dire au roi, au bas d'un mémoire de Calonne «qu'il

l'avouait, que celui-ci n'avait rien fait _que par ses ordres_.»

Le roi, compromis à ce point par ce mot imprudent, ayant l'air de

faire corps avec ces faussaires assassins, resta fort tristement en

cause. Lorsque le Parlement fit le procès à d'Aiguillon, lorsque,

encouragés par Choiseul, de Bretagne à Paris vinrent dix-huit cents

Bretons, pour témoigner et l'accabler, le roi, pour ainsi dire, était

coaccusé, lui qui avait couvert Calonne, agent de d'Aiguillon.

Autre affaire plus cruelle, qu'avait en main Choiseul, vrai poignard

dans les reins du roi.

Les mauvaises récoltes, qui commencèrent en 67, amenant la cherté, le

peuple en accusait l'exportation, l'agiotage sur les blés. Le roi

était associé à une compagnie, qui, d'abord honorable, tourna aux plus

vilains trafics, aux plus coupables monopoles. Le Parlement de Rouen

attaqua les monopoleurs. La cour arrêta les poursuites. Et le

Parlement insistant dit que là on avait encore reconnu le pouvoir.

Soufflet hardi, et encore aggravé par l'ironique explication: «À Dieu

ne plaise, Sire, que nous ayons pensé à vous!»

Arme terrible pour Choiseul. Versailles en dut pâlir, quand la

discussion passa de Rouen à Paris, reprise ici par notre Parlement,

sur ce volcan si inflammable, au terrain brûlant des révoltes.

Choiseul, à ce moment, faisait un coup hardi qui tranchait tout,

lançait la guerre, et pour longtemps, ce semble, le rivait au pouvoir.

Écrivant seul au roi d'Espagne, sans l'intermédiaire des commis, il

lui fit sauter le grand pas, tirer l'épée contre l'Anglais, et dès

lors entraîner la France.

Stupeur profonde ici. Le roi entre deux peurs, peur de la guerre et

peur du Parlement, n'aurait rien fait du tout. On vit là ce que c'est

qu'un enfant de Paris. La folle, la rieuse, exploita sa peur même,

l'augmenta pour le rendre hardi. Elle avait acheté _Charles Ier_ de

Van Dyck. Le montrant, elle dit: «Vois-tu ce roi? _la France!_... Eh

bien! ton Parlement te fera couper la tête aussi.»

Maupeou, Terray, deux têtes fortes, étaient derrière, et la faisaient

parler. Ils savaient au plus juste ce qu'on pouvait oser. Le Roi ayant

imposé le silence sur d'Aiguillon, et le Parlement s'en moquant, le

Roi, le 3 septembre, vint enlever les pièces. Le 24 décembre, il exila

Choiseul. La nuit du 20 janvier il enleva le Parlement.

Heureux Choiseul! Il tombe dans la gloire! Il a l'air d'emporter les

libertés publiques. Il tombe à point, à temps pour esquiver l'horreur

de la ruine publique, la banqueroute qu'il a préparée.

Sa chute est un triomphe. Toute la France va s'inscrire chez lui. Tout

court à Chanteloup. Les habiles envisagent le roi vieux et usé, et la

jeune Dauphine autrichienne dont Choiseul (on n'en doute) sera premier

ministre.

Le Roi, dans son courage de renverser Choiseul, fut très-timide

encore. Il eut peur de la voix publique, peur des révélations qu'il

pouvait faire, et qu'il ne fit que mieux, les livrant à la foule de

ses visiteurs innombrables, leur disant à tous à l'oreille ce qu'il

voulait faire répéter. Non sans raison, d'Aiguillon se demande si le

Roi n'eût pas risqué moins à mettre Choiseul en jugement.

Le Parlement était peu regrettable. Dans ses cruels procès des

derniers temps, il s'était fort souillé. Doux pour Choiseul qui lui

donnait les places, doux pour Terray qui le ménage seul dans

l'universelle ruine, il se soutenait peu dans sa vieille voie

d'austérité. Il n'avait pu rien faire, rien empêcher, ni les guerres

de ce règne, ni la ruineuse banqueroute, ni l'asservissement à

l'Autriche. Il tua les Jésuites, mais tard, et quand ils étaient

morts.

On en peut dire une seule chose, assez grave au fond: _Il parlait._ Il

prêtait une voix officielle à l'opinion. Parlage utile qui l'avança

parfois; mais funeste pourtant, s'il devait à jamais faire qu'on s'en

tînt à des paroles, et que jamais la France ne fît sa vraie

constitution.

La révolution de Maupeou, louée et saluée de Voltaire, fut approuvée

très-haut par un sérieux juge, qui eût voulu la maintenir, par

l'irréprochable Turgot. Elle rend la justice gratuite. Elle supprime

la vénalité des charges, réduit le ressort immense du Parlement de

Paris, qui comprenait Arras et Lyon, imposait des voyages immenses et

ruineux aux plaideurs, et les faisait attendre des années.

À regarder les choses froidement, on peut dire que la révolution avait

été heureuse.

Elle brisait la chaîne qui nous rattachait à l'Autriche. D'Aiguillon,

tant haï et méprisé qu'il fût, eût voulu revenir au système français,

à la tradition de son grand-oncle, le cardinal de Richelieu.

D'Aiguillon dit de la Pologne: «Qu'y pouvais-je? C'était trop tard. Il

eût fallu agir depuis longtemps. Tout était impossible dans l'état où

Choiseul laissa la France, ruinée, épuisée pour l'Autriche.» (V.

_Mémoires d'Aiguillon_.)

Quoi qu'on pût faire alors, tout gouvernement était sûr d'être

d'avance condamné, moqué, maudit, flétri. De Maupeou, d'Aiguillon, de

Terray, on ne voulait rien, on n'acceptait rien. Leur ministère

semblait un moment de passage, un carnaval malpropre où l'on ne

pouvait se mêler. On ne voulait y voir qu'une fille flanquée de trois

fripons.

Maupeou eut beau chercher. Pour sa magistrature, il trouva peu de gens

honnêtes. Ceux qui l'auraient été, ayant endossé cette honte de se

rattacher à Maupeou, se découragèrent, se salirent. Plus on les

méprisa, plus ils furent méprisables. Paris accueillait tout contre

eux.

On lut avidement les amusants mémoires où Beaumarchais soutint avoir

corrompu un des leurs. Ce Figaro, lui-même équivoque intrigant, puis

spéculateur éhonté, justement étrillé plus tard par Mirabeau, Éon,

etc., fut cru comme Évangile, quand il servit la haine, le mépris du

public pour les magistrats de Maupeou.

D'Aiguillon avait eu cependant un succès qui aurait relevé tout autre.

Tirant de la disgrâce un homme très-capable, Vergennes, il l'envoya en

Suède et y fit la révolution. La Russie et la Prusse comptaient sur

l'anarchie qu'entretenait le sénat; déjà sur le papier ils se

partageaient la Suède. (Geffroy d'après les _Archives de Suède_.) Avec

notre Vergennes et un peu d'argent de la France, la royauté y fut

rétablie par Gustave, le partage empêché. Ce fut le salut du pays

(1773).

D'Aiguillon avait fait quelques ouvertures à la Prusse. Cela venait

bien tard. Depuis un quart de siècle, Frédéric, délaissé par nous,

puis si âprement attaqué, avait pris son parti, laissé là le haut rôle

de héros, pactisé avec la barbarie, adoptant sans retour la _via mala_

des voleurs. Son affaire, à cette heure, était d'y enrôler l'Autriche,

de forcer la pudeur de la vieille Marie-Thérèse, dont la dévotion

avait honte de voler sur des catholiques. Malgré ses confesseurs qui

la rassuraient là-dessus, «elle pleurait terriblement, dit Frédéric.

Mais plus elle pleurait, et plus elle prenait de Pologne. Il fallut

qu'on lui fît sa part.»

Tout l'usage que fit Frédéric des ouvertures de d'Aiguillon, ce fut

d'en parler à l'Autriche. Celle-ci trouva là un prétexte pour

s'excuser d'entrer dans le partage, quand, tout étant réglé, elle nous

fit le honteux aveu.

Le Roi n'ayant rien fait, et ne voulant rien faire, n'en fut pas moins

blessé. Il avait toujours cru (comme Louis XIV) mettre là un des

siens. La cour, d'après le Roi, parut fort indignée. Il fallut faire

semblant de vouloir quelque chose. Aiguillon faisait mine de

rassembler des troupes, et menaçait l'Autriche aux Pays-Bas. Il réunit

à Brest, il arma une flotte. Tout cela peu utile, d'un pitoyable

résultat. Les Anglais défendirent à cette flotte de sortir; même

outrageusement, leurs frégates, à Brest, à Toulon, entrèrent, pour

surveiller les nôtres et les faire obéir à l'ordre souverain de

Londres!

C'est le point le plus bas où soit tombée la France. La situation tout

entière est exposée, mieux qu'en aucune histoire, dans les admirables

mémoires que remit Broglie à Louis XV (_Boutaric_, I et II). Mais d'un

si triste état, qu'elle est l'explication, le vrai mot qui dit tout?

_Banqueroute, épuisement_.

On a des billets de Terray à tel banquier; il le prie à genoux de lui

prêter au moins telle petite somme pour les payements du jour. Sans

quoi le misérable ne pourrait plus aller, et mettrait la clef sous la

porte.

Terray, dans sa première années avait été fort dur, l'instrument

odieux, excusable pourtant, de la nécessité. Par les moyens les plus

cruels, il établissait la balance des dépenses et des recettes. Il

voulait l'ordre, et il était capable de le faire, mais demandait

l'économie. Il n'obtint rien, et il fut entraîné. Il augmente l'impôt,

crée des taxes nouvelles. Il double les péages, les droits de greffe

et de contrôle, vend les charges municipales. Et avec tout cela, le

voilà débordé encore. Le déficit reparaît de nouveau.

En plein gâchis et n'espérant plus rien, on va, on court, on lâche

tout. Le parti Du Barry, un monde d'intrigants (cour, tripot,

sacristie), la volée dévorante de ces mouches immondes qui naissent

aux lieux fétides, emplit Versailles. Et chacun pille.--Le Roi, comme

les autres, en son petit commerce. En bon négociant, il note jour par

jour sur son carnet le prix des blés.--Gain rapace et dépense aveugle.

La folle, qui l'est de plus en plus, jette l'argent par les fenêtres.

Elle prend, donne, achète au hasard. Mais dans cette furie de dépense,

elle est (moins que folle) imbécile, elle radote, veut _une toilette

d'or!_... Meuble bête, qui fut commencé, mais la mort du Roi l'arrêta.

Cette mort est une comédie. La petite vérole l'ayant pris (à

soixante-quatre ans, d'autant plus dangereuse), le débat s'engagea de

la façon la plus étrange. Les dévots qui régnaient, craignaient les

sacrements, qui auraient effrayé, tué le Roi. Les non-dévots, par

contre, voulaient les sacrements pour envoyer le Roi au diable.

Richelieu, comme athée, était chef du parti dévot, et ce fut lui qui

se chargea d'arrêter au passage l'archevêque de Paris. Il le retint,

lui dit: «Monseigneur, s'il vous faut un homme à confesser,

prenez-moi, me voici. Et je vous en dirai de belles!» De Beaumont, qui

était un saint, mollit pourtant ici; il eut peur d'effrayer ce bon roi

si utile à la religion, et rengaina ses sacrements. (V. _La

Rochefoucauld_, _Bezenval_, _Richelieu_, _G. d'Heilly_, etc.)

Mais le Roi les voulut. Il se sentait partir. Il éloigna la Du Barry,

communia, mourut fort décemment. Le 10 mai, à deux heures, ce règne de

cinquante-neuf ans finit, et la France eut la joie d'avoir perdu le

Bien-Aimé (1715-1774).

Histoire de France 1758-1789 (Volume 19/19) · 第 33 / 84 题