CONQUÊTE DE LA SICILE PAR LES NORMANDS.

Le goût des pèlerinages et aventures régnait alors. Quelques Normands

ayant été en Palestine vers l'an 983, passèrent à leur retour sur la Mer

de Naples dans la Principauté de Salerne. Les Seigneurs de ce petit État

l'avaient usurpé sur les Empereurs de Constantinople. Gaimar, Prince

de Salerne, était assiégé dans sa Capitale par les Mahométans. Les

Aventuriers Normands lui offrirent leurs services, et l'aidèrent à faire

lever le siège. De retour chez eux, comblés des présents du Prince, ils

engagèrent d'autres Aventuriers à chercher leur fortune à son service. Peu

à peu les Normands reprirent l'habitude de leurs pères de passer les mers.

Un d'eux, nommé Raoul, alla l'an 1016 avec une troupe choisie offrir au

Pape Benoît VIII ses services contre les Mahométans. Le Pape le pria de

le secourir plutôt contre l'Empereur d'Orient, qui dépouillé de tout en

Occident soutenait encore quelques droits contre l'Église dans la Calabre

et dans la Pouille. Les Normands auxquels il était très-indifférent de se

battre contre des Musulmans, ou contre des Chrétiens, servirent très-bien

le Pape contre leur ancien Souverain. Bientôt après Tancréde de Hauteville,

du territoire de Coutance en Normandie, alla dans la Pouille avec

plusieurs de ses enfants, vendant toujours leurs services à qui les payait

le mieux. Ils passèrent des petites armées du Duc de Capoue à celles du

Duc de Salerne; ils servirent contre les Sarrasins, s'armèrent ensuite

contre les Grecs, et enfin contre les Papes, ayant pour ennemi tous ceux

qu'ils pouvaient dépouiller.

Le Pape Léon IX se servit contre eux d'excommunications. Guillaume

Fierabra fils de Tancréde, et ses frères Humfroy, Robert et Richard, Chefs

de ces Normands, après avoir vaincu la petite armée du Pape, l'assiégèrent

dans un Château près de Bénévent, le prirent prisonnier, le gardèrent plus

d'une année, et ne le relâchèrent que quand il fut attaqué d'une maladie,

dont il alla mourir à Rome.

Il fallut bientôt que la Cour de Rome pliât sous ces nouveaux usurpateurs.

Elle leur céda une partie des patrimoines que les Empereurs d'Occident lui

avaient donné sans en être les maîtres.

Le Pape Nicolas II alla lui-même dans la Pouille trouver ces Normands,

toujours excommuniés et toujours donnant la loi. Il céda à Richard la

Principauté de Capoue, à Robert Guichard la Pouille, la Calabre et la

Sicile entière, que Robert Guichard commençait à conquérir sur les

Sarrasins. Robert se soumit de son côté envers le Pape à la redevance

perpétuelle de douze deniers monnaie de Pavie pour chaque paire de boeufs

dans tous les Pays qu'on lui cédait, et lui fit hommage de ce que ses

frères et lui avaient conquis sur les Chrétiens et sur les Mahométans.

Enfin en 1101 Roger, petit-fils de Tancréde et frère de ce Boemond si

célèbre dans les Croisades, acheva de conquérir sur les Mahométans toute

la Sicile, dont les Papes sont demeurés toujours Seigneurs Suzerains.

Abrégé de l'Histoire universelle depuis Charlemagne jusques à Charlequint (Tome 1) · 第 25 / 28 题