“Il était évidemment impossible que je puisse ... vérifier sur
place, comme dans le cas de l’enfant, les déclarations que me
firent les indigènes. Dans ce seul cas, la vérité des accusations
fut amplement démontrée.”[36]
C’est aussi à propos de cette affaire que, dans sa lettre du 12
Septembre, 1903, au Gouverneur-Général, il disait:--
“When speaking to M. le Commandant Stevens at Coquilhatville on the
10th instant, _when the mutilated boy Epondo stood before us as
evidence of the deplorable state of affairs_ I reprobated, I said:
‘I do not accuse an individual, I accuse a system.’”
La réflexion s’impose que si les autres informations du Rapport du
Consul ont toutes la même valeur que celles qui lui ont été fournies
dans cette seule espèce, elles ne peuvent, à aucun degré, être
considérées comme probantes. Et il saute aux yeux que dans les autres
cas où le Consul, de sa propre déclaration, ne s’est livré à aucune
vérification des affirmations des indigènes, ces affirmations ont moins
de poids encore, si possible.
Il faut reconnaître, sans doute, que le Consul s’exposait délibérément à
d’inévitables mécomptes, de par sa manière d’interroger les
indigènes,--ce qu’il faisait, en effet, à l’aide de deux interprètes:
“par l’intermédiaire de Vinda, parlant en Bobangi, et de Bateko,
répétant ses paroles dans le dialecte local,”[37] de sorte que le Consul
était à la merci non seulement de la sincérité de l’indigène interrogé,
mais encore de la fidélité de traduction de deux autres indigènes, dont
l’un, d’ailleurs, était un de ses serviteurs, et dont l’autre,
semble-t-il, était l’interprète des missionnaires.[38] Quiconque s’est
trouvé en contact avec l’indigène sait cependant son habitude du
mensonge: le Révérend C. H. Harvey constatait:[39]--
“Les natifs du Congo qui nous entouraient étaient méprisables, perfides,
et cruels, impudemment menteurs, malhonnêtes et vils.”
Et le fait n’est pas non plus sans importance,--si l’on veut exactement
se rendre compte de la valeur des témoignages,--de la présence aux côtés
de Mr. Casement, qui interrogeait les indigènes, de deux missionnaires
Protestants Anglais de la région, présence qui, à elle seule, a dû
nécessairement orienter les dépositions.[40]
Nous dépasserions nous-mêmes la mesure si, de ce qui précède, nous
concluions au rejet en bloc de toutes les informations indigènes
enregistrées par le Consul. Mais il en ressort à l’évidence qu’une telle
documentation est insuffisante pour asseoir un jugement fondé, et que
ces informations obligent à une vérification minutieuse et impartiale.
Que si l’on dégage du volumineux Rapport du Consul, les autres cas qu’il
_a vus_ et qu’il enregistre comme des cas de mutilation, on constate
qu’il en cite deux comme s’étant produits au Lac Matumba[41] “il y a
plusieurs années.”[42] Il en cite quelques autres--sur le nombre
desquels les renseignements du Rapport ne semblent pas être
concordants[43]--qu’il renseigne comme ayant été commis dans les
environs de Bonginda,[44] précisément en cette région où s’est placée
l’enquête Epondo et où, comme on l’a vu, les esprits étaient montés et
influencés. Ce sont ces affaires que, dit-il, il n’a pas eu le temps
d’approfondir,[45] et qui, au dire des indigènes, étaient imputables aux
agents de la Société “La Lulanga.” Étaient-ce là des victimes de la
pratique de coutumes indigènes, que les natifs se seraient bien gardés
d’avouer? Les blessures constatées par le Consul étaient-elles dues à
l’une ou l’autre lutte intestine entre villages ou tribus? Ou bien
était-ce réellement le fait de sous-ordres noirs de la Société? On ne
saurait se prononcer à la lecture du Rapport, les indigènes, ici comme
toujours, étant la seule source d’informations du Consul et celui-ci
s’étant borné à prendre rapidement note de leurs multiples affirmations
en quelques heures de la matinée du 5 Septembre, pressé qu’il était par
le temps “to reach K* (Bossunguma) at a reasonable hour.”[46]
Nonobstant la considération qu’il attache à “l’air de franchise” et “à
l’air de conviction et de sincérité”[47] des indigènes, l’expérience
faite par lui-même commande incontestablement la prudence et rend
téméraire son appréciation: “qu’il était clair que ces hommes
déclaraient soit ce qu’ils avaient réellement vu de leurs yeux, soit ce
qu’ils pensaient fermement dans leurs cœurs.”[48]
Toutefois, il suffit que soient signalés ces quelques faits, actes de
cruauté ou non, auxquels se réduisent en définitive ceux constatés
personnellement par le Consul, sans qu’il puisse à suffisance de preuve
en établir les causes réelles, pour que l’autorité doive y porter son
attention et pour que des enquêtes soient ordonnées à leur sujet. A cet
égard, le regret doit être exprimé de ce que l’exemplaire du Rapport,
communiqué au Gouvernement de l’État Indépendant du Congo, ait
systématiquement omis toute indication de date, de lieu, de noms. Il
n’est pas à méconnaître que ces suppressions rendront excessivement
malaisée la tâche des Magistrats Instructeurs, et, dans l’intérêt de la
manifestation de la vérité, le Gouvernement du Congo formule le vœu
d’être mis en possession du texte complet du Rapport du Consul.
On ne s’étonnera pas si le Gouvernement de l’État du Congo s’élève, en
cette occasion, contre le procédé de ses détracteurs, mettant dans le
domaine public la reproduction de photographies d’indigènes mutilés, et
créant cette odieuse légende de mains coupées à la connaissance ou même
à l’instigation des Belges en Afrique. C’est ainsi que la photographie
d’Epondo, estropié dans les conditions que l’on sait, et qui “a été deux
fois photographié,” est probablement une de celles circulant dans les
pamphlets Anglais comme preuve de l’exécrable administration des Belges
en Afrique. On a vu une revue Anglaise reproduisant la photographie d’un
“cannibale entouré des crânes de ses victimes,” et la légende portait:
“In the original photograph, the cannibal was naked. The artist has made
him decent by ... covering his breast with the star of the Congo State.
It is now a suggestive emblem of the Christian veneered cannibalism on
the Congo.”[49] A ce compte, il suffirait, pour jeter le discrédit sur
l’Administration de l’Uganda, de mettre dans la circulation des clichés
reproduisant les mutilations dont le Dr. Castellani dit, dans une
lettre datée d’Uganda, du 16 Décembre, 1902, avoir constaté l’existence
aux environs mêmes d’Entebbe: “Il n’est pas difficile d’y rencontrer des
indigènes sans nez, sans oreilles, &c.”[50]
C’est dire que dans l’Uganda comme au Congo, les indigènes sacrifient
encore à leurs instincts sauvages. Mr. Casement a prévu l’objection en
affirmant:--
“It was not a native custom prior to the coming of the white man;
it was not the outcome of the primitive instincts of savages in
their fights between village and village; it was the deliberate act
of soldiers of a European Administration, and these men themselves
never made any concealment that in committing these acts they were
but obeying the positive orders of their superiors.”[51]
L’articulation d’une aussi grave accusation, sans qu’elle soit en même
temps étayée sur des preuves irréfragables, semble donner raison à ceux
qui pensent que les emplois antérieurs de Mr. Casement ne l’avaient pas
préparé entièrement aux fonctions Consulaires. Mr. Casement est resté
dix-sept jours au Lac Mantumba, un lac, dit de 25 à 30 milles de long et
de 12 ou 15 milles de large, entouré d’épaisses forêts.[52] Il ne s’est
guère éloigné de la rive. On ne voit pas dès lors quelles investigations
utiles il a pu faire sur les mœurs d’autrefois et les habitudes
anciennes des populations. La constatation que ces tribus sont encore
très sauvages et adonnées au cannibalisme[53] permet de croire, au
contraire, qu’elles n’étaient pas exemptes de la pratique de ces actes
cruels qui, d’une manière générale en Afrique, étaient le cortège
habituel de la barbarie des mœurs et de l’anthropophagie. Dans une
partie des régions que le Consul a visitées, les témoignages des
missionnaires Anglais ne sont à cet égard que trop instructifs. Le
Révérend McKittrick, parlant des luttes meurtrières entre indigènes, dit
ses efforts d’autrefois auprès des Chefs pour pacifier la contrée: “
...Nous leur dîmes qu’à l’avenir nous ne laisserions plus passer par
notre station aucun homme armé de lance ou de couteau. Notre Dieu était
un Dieu de paix, et nous, ses enfants, nous ne pouvions supporter de
voir nos frères noirs se couper et se blesser l’un l’autre (cutting and
stabbing each other).”[54] “Lorsque j’allais çà et là dans la rivière,
dit un autre missionnaire, on me montrait les endroits de la rive d’où
avaient coutume de partir les guerriers pour capturer les canots et les
hommes. Il était affligeant d’entendre décrire les terribles massacres
qui avaient lieu d’habitude à la mort d’un grand Chef. Un trou profond
était creusé en terre, où des vingtaines d’esclaves jetés après que
leurs têtes avaient été coupées (after having their heads cut off), et
sur cette horrible pile, on plaçait le cadavre du Chef couronnant ce
carnage humain indescriptible.”[55] Et les missionnaires constatent
combien encore en ces jours actuels les indigènes reviennent aisément à
leurs anciennes coutumes. Il apparaît aussi que cette autre affirmation
du Rapport[56] qu’à la différence d’aujourd’hui, les indigènes autrefois
ne s’enfuyaient pas à l’approche d’un steamer, n’est pas d’accord avec
les récits des voyageurs et explorateurs.
Il est, en tout cas, à remarquer que le Consul n’a constaté dans le
territoire où s’exerce l’activité de la Société A.B.I.R. aucun de ces
faits de cruauté qui eût pu être représenté comme imputable aux agents
commerciaux. La coïncidence est à relever, puisque la Société A.B.I.R.
est précisément une Compagnie à Concession et qu’on ne cesse d’attribuer
au régime des Concessions les conséquences les plus désastreuses pour
les indigènes.
Ce qui domine les innombrables questions touchées par le Consul et la
multiplicité des menus faits qu’il a recueillis, c’est de savoir si
vraiment cette sorte de tableau d’une existence misérable, qui serait
celle des indigènes, répond à la réalité des choses. Nous prendrons pour
exemple la région de la Lulanga et du Lopori, parce que là se trouvent,
depuis des années, des centres de Missions de la “Congo Balobo Mission.”
Ces missionnaires y sont établis en des endroits les plus distants et
les plus intérieurs: à Lulonga, Bonginda, Ikau, Bougandanga, et Baringa,
tous points situés dans la région où opèrent la Société “La Lulonga” et
la Société A.B.I.R. Ils sont en contact suivi avec les populations
indigènes, et une revue spéciale mensuelle, “Regions Beyond,” publie
régulièrement leurs lettres, notes, et rapports. Que l’on parcoure la
collection de ce recueil; nulle part, à aucun moment avant Avril 1903--à
cette dernière date, la motion de Mr. Herbert Samuel était, il est vrai,
annoncée au Parlement--on ne trouve trace d’une appréciation quelconque
signalant ou révélant que la situation générale des populations
indigènes dût être dénoncée au monde civilisé. Les missionnaires s’y
félicitent de la sympathie active des agents, officiels, et commerciaux
à leur égard,[57] des progrès de leur œuvre d’évangélisation,[58] des
facilités que leur apporte la création de routes,[59] de la pacification
des mœurs, “dû à la fois aux missionnaires et aux commerçants,”[60]
de la disparition de l’esclavage,[61] de la densité de la
population,[62] du nombre grandissant de leurs élèves, “grâce à l’État,
qui a donné des ordres pour que les enfants fussent menés à
l’école,”[63] de la disparition graduelle des pratiques indigènes
primitives,[64] du contraste enfin entre le présent et le passé.[65]
Admettra-t-on que ces missionnaires Chrétiens et Anglais, qui, au cours
de leurs itinéraires, visitaient les postes de factorerie et étaient
témoins des marchés de caoutchouc, se seraient rendus complices par leur
silence d’un régime inhumain ou tortionnaire? Un des Rapports annuels de
la “Congo Bolobo Mission” dit dans ses conclusions: “Dans l’ensemble, le
coup d’œil rétrospectif est encourageant. S’il n’y a pas eu une
avance considérable, il n’y a pas eu de triste déception, et il n’est
aucune opposition définitive à l’œuvre.... Il y a eu de la disette et
des maladies parmi les natifs, notamment à Bonginda.... A part cela, il
n’y a pas eu de sérieux empêchements au progrès....”[66] Et, parlant
incidemment des effets bienfaisants du travail sur l’état social des
indigènes, un missionnaire écrit: “The greatest obstacle to conversion
is polygamy. Many evils have been put down, _e.g._, idleness, thanks to
the State having compelled the men to work; and fighting, through their
not having time enough to fight.”[67] Ces appréciations des
missionnaires nous paraissent plus précises que les données d’un Rapport
à chaque page duquel, pour ainsi dire, on lit: “I was told;” “it was
said;” “I was informed;” “I was assured;” “They said;” “it was alleged;”
“I had no means of verifying;” “It was impossible to me to verify;” “I
have no means of ascertaining,” &c. En dix lignes, par exemple, on
rencontre quatre fois l’expression: “appears;” “would seem;” “would
seem;” “do not seem.”[68]
Le Consul ne semble pas s’être rendu compte que c’est le travail qui
constitue l’impôt indigène au Congo, et que cette forme d’impôt se
justifie autant par son caractère moralisateur que par l’impossibilité
de taxer autrement l’indigène, en raison même du fait, constaté par le
Consul, que l’indigène n’a pas de numéraire. Cette dernière
considération fait, pour en donner un autre exemple, que sur 56,700
huttes imposées dans la North-Eastern Rhodesia, 19,653 payent la taxe
“in labour” et 4,938 la payent “in produce.”[69] Que ce travail soit
fourni directement à l’État ou à telle ou telle entreprise privée, qu’il
soit adapté, selon les possibilités locales, à telles prestations ou à
telles autres, sa justification a toujours l’une de ses bases dans ce
que le Mémorandum du 11 Février dernier reconnaît être la “necessity of
the natives being induced to work.” Le Consul s’inquiète surtout de la
qualification à donner à la fourniture du travail; il s’étonne, si c’est
là un impôt de ce que cet impôt soit payé et recouvrable parfois par des
agents commerciaux. Dans la rigueur des principes, il est à reconnaître,
en effet, que la rémunération d’un impôt heurte les notions fiscales
ordinaires; elle s’explique cependant en fait si l’on songe qu’il s’est
agi de faire contracter l’habitude de travail à des indigènes qui y ont
été réfractaires de tout temps. Et si cette idée du travail peut être
plus aisément inculquée aux natifs sous la forme de transactions
commerciales entre eux et des particuliers, faut-il nécessairement
condamner ce mode d’action, notamment dans des régions dont
l’organisation administrative n’est pas complétée? Mais il s’impose que,
dans leurs rapports de cet ordre avec les indigènes, les agents
commerciaux, comme d’ailleurs les agents de l’État eux-mêmes,
s’inspirent de pratiques bienveillantes et humaines. A cet égard, les
éléments que fournit le Rapport du Consul seront l’objet d’une étude
approfondie, et si le résultat de cet examen révélait des abus réels ou
commandait des réformes, l’Administration supérieure agirait comme
l’exigeraient les circonstances.
Nul n’a jamais pensé, d’ailleurs, que le régime fiscal au Congo eût
atteint d’emblée la perfection, notamment au point de vue de l’assiette
de l’impôt et des moyens de recouvrement. Le système des “chefferies,”
bon en soi en ce qu’il place entre l’autorité et l’indigène
l’intermédiaire de son chef naturel, procédait d’une idée mise en
pratique ailleurs:--
“The more important Chiefs who helped the Administration have been
paid a certain percentage of the taxes collected in their
districts, and I think that if this policy is adhered to each year,
the results will continue to be satisfactory and will encourage the
Chiefs to work in harmony with the Administration.”[70]
Le Décret sur les chefferies[71] établissait le principe de l’impôt, et
sa perception selon “un tableau des prestations annuelles à fournir, par
chaque village, en produits, en corvées, travailleurs ou soldats.”
L’application de ce Décret a été formulée en des actes d’investiture,
des tableaux statistiques et des états de prestation, dont les modèles
sont reproduits à l’Annexe IV. Contrairement à ce que pense le Rapport,
ce Décret a reçu l’exécution compatible avec l’état d’avancement social
des tribus; de nombreux actes d’investiture ont été dressés et des
efforts ont été faits pour établir des états de répartition équitable
des prestations. Le Consul eût pu s’en assurer dans les bureaux des
Commissariats, notamment des districts du Stanley-Pool et de l’Équateur
qu’il a traversés; mais il a généralement négligé les sources
d’informations officielles. Sans doute, l’application fut et devait être
limitée dans les débuts, et il a pu en résulter que les demandes
d’impôts ont atteint, pendant quelque temps, les seuls villages dans un
certain périmètre autour des stations; mais cette situation s’est
améliorée progressivement au fur et à mesure que, les régions plus
distantes se trouvant englobées dans la zone d’influence des postes
gouvernementaux, le nombre des villages astreints à l’impôt s’est accru
successivement et que les taxes ont pu être réparties sur un chiffre
plus grand de contribuables. Le Gouvernement vise à ce que le progrès
soit constant dans cette voie, c’est-à-dire à ce que l’impôt soit le
plus équitablement réparti et soit, autant que possible, personnel; le
Décret du 18 Novembre, 1903, tend à ce but en prescrivant
l’établissement de “rôles des prestations indigènes” de manière que les
obligations de chacun des natifs soient nettement précisées.
“Chaque année, dit l’Article 28 de ce Décret, les Commissaires de
District dresseront dans les limites de l’Article 2 du présent
Règlement (c’est-à-dire dans la limite de quarante heures de
travail par mois par indigène), les rôles des prestations à
fournir, en espèce et en durée de travail par chacun des indigènes
résidant dans les territoires de leur district respectif.” Et
l’Article 55 punit “quiconque, chargé de la perception des
prestations, aura exigé des indigènes, soit comme impôt en nature
soit comme heures de travail, des prestations d’une valeur
supérieure à celles prévues dans les rôles d’impositions.”
Nul n’ignore que le recouvrement de l’impôt se heurte parfois au mauvais
vouloir, et même au refus de payer. La démonstration qu’en fait le
Rapport du Consul pour le Congo est corroborée par l’expérience faite,
par exemple, dans la Rhodésia.
“The Ba-Unga (Awemba district), inhabitants of the swamps in the
Chambezi delta, gave some trouble on being summoned to pay
taxes.”[72]--“Although in many cases whole villages retired into
the swamps on being called upon for the hut tax, the general result
was satisfactory for the first year (Luapula
district).”[73]--“Milala’s people have succeeded in evading
taxes.”[74]--“A few natives bordering on the Portuguese territory,
who, owing to the great distance they reside from the Native
Commissioners’ stations, are not under the direct supervision of
the Native Commissioners, have so far evaded paying hut tax, and
refused to submit themselves to the authority of the Government.
The rebel Chief, Mapondera, has upon three occasions successfully
eluded punitive expeditions sent against him.... Captain Gilson, of
the British South Africa Police, was successful in coming upon him
and a large following of natives, and inflicting heavy losses upon
them.... His kraal and all his crops were destroyed. He is now
reported to be in Portuguese territory.... Siji M’Kota, another
powerful Chief, living in the northern parts of the M’toko
district, bordering on Portuguese territory, has also been
successful in evading the payment of hut tax, and generally
pursuing the adoption of an attitude which is not acceptable to the
Government. I am pleased to report that a patrol is at present on
its way to these parts to deal with this Chief, and to endeavour to
obtain his submission. It will be noted that the above remarks
relate solely to those natives who reside along the borders of our
territories, and whose defiant attitude is materially assisted by
reason of this proximity to the Portuguese border, across which
they are well able to proceed whenever they consider that any
meeting or contact with the Native Commissioner will interfere in
any way with their indolent and lazy life. They possess no movable
property which might be attached with a view to the recovery of hut
tax unpaid for many years, and travel backwards and forwards with
considerable freedom, always placing themselves totally beyond the
reach of the Native Commissioner.”[75]
C’est là un exemple de ces “punitive expeditions” auxquelles l’autorité
se voit obligée de recourir parfois, et aussi de ce procédé des natifs,
non spécial aux indigènes Congolais, de se déplacer en territoire voisin
pour se soustraire à l’exécution de la loi.--Que si, au Congo, dans le
recouvrement des prestations indigènes, des cas, parmi ceux cités par le
Consul, ont réellement dépassé les limites d’une rigueur juste et
pondérée, ce sont là des circonstances de faits que des investigations
sur les lieux pourront seules élucider, et des instructions seront, à
cet effet, données à l’administration de Boma.
Il ne peut être davantage accepté, jusqu’à plus ample informé, les
considérations du Rapport sur l’action des gardes forestiers au service
de la Société A.B.I.R. et de “La Lulonga.” Ces sous-ordres sont
représentés par le Consul comme exclusivement préposés à “obliger par
force la récolte du caoutchouc ou les approvisionnements dont chaque
factorerie a besoin.”[76] Une autre explication a cependant été donnée,
mais elle n’émane pas d’un indigène, à savoir que ces gardes forestiers
ont pour mission de veiller à ce que la récolte du caoutchouc se fasse
rationnellement et d’empêcher notamment que les indigènes ne coupent les
lianes.[77] On sait, en effet, que la loi a prescrit des mesures
rigoureuses pour assurer la conservation des zones caoutchoutières, a
réglementé leur exploitation et a imposé des plantations et
replantations, en vue d’éviter l’épuisement complet du caoutchouc, comme
on l’a vu par exemple dans la “North-Eastern and Western Rhodesia.”[78]
Les Sociétés et particuliers exploitants ont de ce chef une lourde
responsabilité et ont incontestablement une surveillance minutieuse à
exercer sur les modes et procédés de récoltes. La raison d’être de ces
gardes forestiers peut donc, en réalité, être tout autre que celle dite
par le Consul; en tout cas, les plaintes formulées à ce sujet formeront
l’un des points de l’enquête au Congo, de même que cette autre remarque
du Rapport que l’armement de ces gardes forestiers serait excessif et
abusif. Il faut dès à présent remarquer que dans ses évaluations du
nombre des gardes armés, le Consul procède par déductions
hypothétiques[79] et qu’il dit lui-même: “I have no means of
ascertaining the number of this class of armed men employed by the
A.B.I.R. Company.”[80] Il donne le détail que le fusil d’un de ces
hommes était marqué sur la crosse: “Dépôt 2,210.” Or, il est évident
qu’une telle indication ne peut avoir la signification que voudrait lui
donner le Consul que pour autant qu’il soit établi qu’elle se rapporte à
un numérotage des armes utilisées dans la Concession, et tel n’est pas
le cas, car cette marque: Dépôt ... n’est employée ni par les Agents de
l’État ni par la Société, et il est à supposer qu’elle constitue une
ancienne marque, soit de fabrication, soit de magasin. Quant à
l’armement des capitas, le Consul ne doit pas ignorer que ce point--qui
n’est pas sans difficulté, puisqu’il faut à la fois tenir compte de la
nécessité de la défense personnelle du capita et de l’écueil d’un usage
abusif de l’arme qui lui est confiée--n’a cessé d’être l’objet de
l’attention de l’autorité supérieure. Il n’y a pas que la seule
Circulaire du 20 Octobre, 1900, reproduite par le Consul, qui ait traité
la question; il en est tout un ensemble, datant notamment des 12 Mars,
1897, 31 Mai et 28 Novembre, 1900, et 30 Avril, 1901. Nous les
reproduisons en Annexes, comme témoignant de l’absolue volonté du
pouvoir de faire appliquer strictement les dispositions légales en la
matière (Annexe V). Nonobstant les précautions incessantes, le Consul a
constaté que plusieurs capitas n’étaient pas porteurs de permis--ces
permis ne se trouvait-ils pas au siège de la Direction?--et que deux
d’entre eux étaient armés d’armes de précision.[81] Ces quelques
infractions ne suffiraient évidemment pas pour conclure à une sorte de
vaste organisation armée, destinée à terroriser les indigènes. Cette
autre Circulaire du 7 Septembre, 1903, reproduite à l’Annexe VII du
Rapport du Consul, montre, au contraire, le soin que met le Gouvernement
à ce que les soldats noirs réguliers eux-mêmes soient en tout temps sous
le contrôle des officiers Européens.[82]
Telles sont les premières remarques que suggère le Rapport de M.
Casement, et nous nous réservons de le raconter plus en détail, lorsque
seront en possession du Gouvernement les résultats de l’enquête à
laquelle les autorités locales vont procéder. Il sera remarqué que le
Gouvernement, ne voulant pas paraître faire dévier le débat, n’a pas
soulevé la question préjudicielle au sujet des formes, à coup sûr
insolites, en lesquelles le Consul de Sa Majesté Britannique a agi en
territoire étranger. Il n’échappera pas combien le rôle que s’est
attribué le Consul en instituant des sortes d’enquêtes, en faisant
comparaître des indigènes, en les interrogeant comme par voie
d’autorité, en émettant même des espèces de jugements sur la culpabilité
d’accusés, est en dehors des limites des attributions d’un Consul. Les
réserves qu’appelle ce mode de procéder doivent être d’autant plus
formelles que le Consul intervenait de la sorte en des affaires où
n’étaient intéressés que des ressortissants de l’État du Congo et
relevant exclusivement de l’autorité territoriale. M. Casement s’est
chargé de se désavouer lui-même lorsque, le 4 Septembre, 1903, il
écrivait au Gouverneur-Général: “I have no right of representation to
your Excellency save where the persons or interests of British subjects
dwelling in this country are affected.” Il était donc conscient de ce
qu’il outrepassait les devoirs de sa charge, lorsqu’il investiguait sur
des faits d’administration purement intérieure et empiétait ainsi sur
les attributions des autorités territoriales, à l’encontre des règles du
droit Consulaire.
“The grievances of the natives have been made known in this country
by ..., who brought over a Petition addressed to the King, praying
for relief from the excessive taxation and oppressive legislation
of which they complain.”
Ces lignes sont extraites du “Report for 1903 de la British and Foreign
Anti-Slavery Society,” et les natifs dont il est question sont les
indigènes des Iles Fiji. Ce Rapport continue:--
“The case has been brought before the House of Commons. The
grievances include forced labour on the roads, and restrictions
which practically amount to slavery; natives have been flogged
without trial by Magistrate’s orders and are constantly subject to
imprisonment for frivolous causes. Petitions lodged with the local
Colonial Secretary have been disregarded. Mr. Chamberlain, in reply
to the questions asked in Parliament, threw doubt upon the
information received, but stated that the recently appointed
Governor is conducting an inquiry into the whole situation in the
Fiji Islands, in the course of which the matter will be fully
investigated.”
Ces conclusions sont les nôtres au sujet du Rapport de M. Casement.
_Bruxelles, le 12 Mars, 1904._
(Translation.)
During the sitting of the House of Commons of the 11th March, 1903, Lord
Cranborne observed:--
“We have no reason to think that slavery is recognized by the
authorities of the Congo Free State, but reports of acts of cruelty
and oppression have reached us. Such reports have been received
from our Consular Officers.”
The Government of the Congo State addressed a letter on the 14th March,
1903, to Sir C. Phipps, requesting him to be good enough to communicate
the facts which had formed the subject of any reports from British
Consuls.
No reply was received to this application.
Lord Lansdowne’s despatch of the 8th August, 1903, contained the
following passage:--
“Representations to this effect (alleged cases of ill-treatment of
natives and existence of trade monopolies) are to be found ... in
despatches from His Majesty’s Consuls.”
The impression was thus created that at that date His Majesty’s
Government were in possession of conclusive evidence furnished by their
Consuls: but none the less it seemed clearly necessary that Consul
Casement should undertake a journey in the Upper Congo. It would appear,
therefore, as if the conclusions contained in the note of the 8th August
were at least premature; it equally follows that, contrary to what was
said in that note, the British Consul was at liberty to undertake any
journey in the interior that he thought fit. In any case, it is to be
observed that, in spite of the repeated applications of the Congo State,
the White Paper (“Africa No. 1 (1904)”) recently presented to Parliament
does not contain any of these former Consular Reports, which
nevertheless would have been the more interesting as dating from a time
when the present campaign had not yet been initiated.
The present Report draws attention to the fact that in certain places
visited by the Consul the population is decreasing. Mr. Casement does
not give the facts on which he bases his comparative figures for 1887
and 1903. The question arises how, during the course of his rapid and
hasty visits, he was able to get his figures for this latter year. On
what facts, for instance, does he found his assertion that the riverain
population of Lake Mantumba _seems_ to have diminished from 60 to 70 per
cent. in the course of the last ten years. He states that at a certain
place designated as F* the population of all the villages together does
not at present amount to more than 500 souls; a few lines further on
these same villages are spoken of as only containing 240 inhabitants
altogether. These are only details, but they show at once what a lack of
precision there is in certain of the deductions made by the Consul. It
is, no doubt, unfortunately only too true that the population has
diminished; but the diminution is due to other causes than to the
exercise on the native population of a too exacting or oppressive
Administration. It is owing chiefly to the sleeping-sickness, which is
decimating the population throughout Equatorial Africa. The Report
itself observes that “a prominent place must be assigned to this
malady,”[83] and that this malady is “probably one of the principal
factors” in the diminution of the population.[84] It is only necessary
to read the Rev. John Whitehead’s letter, quoted by the Consul (Annex II
to the Report) to obtain an idea of the ravages of the malady, to which
this missionary attributes half of the deaths which take place in the
riverain parts of the district. In a recent interview Mgr. Van Ronslé,
Vicar Apostolic of the Belgian Congo, who speaks with the authority of
one who has had a large experience of African matters, and has resided
for long periods in many different localities in the Congo, explained
the development of this scourge and the inevitable decay of the
populations it attacks, whatever the conditions of their social
existence; mentioning among other cases the terrible loss of life caused
by this disease in Uganda. If to this principal cause of the
depopulation of the Congo are added small-pox epidemics, the inability
of the tribes at the present moment to keep up their numbers by the
purchase of slaves, and the ease with which the natives can migrate, it
can be explained how the Consul and the missionaries may have been
struck with the diminution of the number of inhabitants in certain
centres without that diminution necessarily being the result of a system
of oppression. Annex I contains the declarations on the subject made by
Mgr. Van Ronslé. His remarks as to the effect of the suppression of
slavery on the numbers of the population are printed elsewhere:--
“The people (slave) are for the most part originally prisoners of
war. Since the Decree of emancipation they have simply returned to
their own distant homes, knowing their owners have no power to
recapture them. This is one reason why some think the population is
decreasing, and another reason is the vast exodus up and down
river.”[85]
“So long as the Slave Trade flourished the Bobangi flourished, but
with its abolition they are tending to disappear, for their towns
were replenished by slaves.”[86]
The Consul mentions cases, the causes of which, however, are unknown to
him, of an exodus of natives of the Congo to the French bank. It is not
quite clear on what grounds he attaches blame to the State on their
account, to judge at least from the motives by which some of them have
been determined--for instance, the examples of such emigration which are
given and explained by the Rev. W. H. Bentley, an English missionary.
One relates to the station at Lukolela:--
“The main difficulty has been the shifting of the population. It
appears that the population, when the station was founded in 1886,
was between 5,000 and 6,000 in the riverain Colonies. About two
years later the Chief Mpuki did not agree with his neighbours or
they with him. When the tension became acute, Mpuki crossed over
with his people to the opposite (French) side of the river. This
exodus took away a large number of people. In 1890 or 1891 a Chief
from one of the lower towns was compelled by the majority of his
people to leave the State side, and several went with him. About
1893 the rest of the people at the lower towns either went across
to the same place as the deposed Chief or took up their residence
inland. Towards the end of 1894 a soldier, who had been sent to cut
firewood for the State steamers on an island off the towns, left
his work to make an evil request in one of the towns. He shot the
man who refused him. The rascal of a soldier was properly dealt
with by the State officer in charge; but this outrage combined with
other smaller difficulties to produce a panic, and nearly all the
people left for the French side, or hid away inland. So the fine
township has broken up.”[87]