_Boma, le 7 Septembre, 1903._
La lecture de rapports sur des opérations et reconnaissances militaires
démontre que les prescriptions formelles--et si souvent répétées--du
Gouvernement concernant l’instruction d’envoyer des soldats armés sous
la conduite de gradés noirs ne sont pas observées rigoureusement.
Je constate même avec regret de la part de certains fonctionnaires et
agents cette mauvaise volonté à se conformer à ces instructions, qui
sont pourtant dictées par le souci des intérêts supérieurs de l’État.
Les opérations militaires doivent être conduites d’après les règlements
sur le service en campagne que nos officiers et sous-officiers doivent
appliquer fréquemment au cours des exercices journaliers et d’après les
nombreuses prescriptions sur la matière. Et à cet effet le personnel
supérieur, avant de se prononcer sur les opérations à conduire aura, au
préalable, à examiner si les moyens dont disposent leurs sous-ordres
sont suffisants.
J’ai l’honneur d’inviter les Chefs territoriaux à rappeler à leur
personnel les instructions qui précèdent et à l’informer de ce que toute
contravention à la défense d’envoyer des soldats armés sous la conduite
de gradés noirs sera sévèrement réprimée et de nature même à provoquer
la révocation de l’agent en faute.
Les soldats doivent être l’objet d’une surveillance constante afin qu’il
leur soit impossible de se livrer à des cruautés auxquelles pourraient
les pousser leurs instincts primitifs.
Les instructions défendent aussi d’employer les soldats au service des
courriers et des transports.
Malgré cela on continue en maints endroits à pratiquer ce déplorable
usage.
Il importe que les soldats ne soient plus constamment distraits de leur
garnison et de leur métier militaire et qu’ils restent, en tout temps,
sous le contrôle de leurs chefs; l’instruction et l’éducation militaires
des hommes de la force publique ne peuvent qu’y gagner.
Je prie, en conséquence, le personnel intéressé de faire cesser
immédiatement l’état de choses signalé ci-dessus: le service des
courriers doit être assuré par des travailleurs ou des hommes
spécialement désignés à cet effet.
Si l’autorité juge nécessaire, dans certains cas, de faire escorter soit
un courrier soit un convoi de marchandises, il faut que la patrouille
soit organisée réglementairement et commandée par un Européen.
Ce n’est qu’à titre tout à fait exceptionnel et si c’est absolument
nécessaire que cette patrouille pourra être commandée à défaut
d’Européen par un gradé de choix et de confiance.
Mais dans ce cas, que l’autorité aura à justifier, les hommes commandés
par un gradé noir devront être munis du fusil à piston d’armement qui
constitue une bonne arme défensive.
Le Vice-Gouverneur-Général,
(Signé) F. FUCHS.
(Translation.)