«Monza, le 12 juillet 1806.
«Je m'empresse de vous adresser, monsieur le général Marmont, avec une
lettre de Sa Majesté, la copie d'un décret qui vous nomme général en
chef de l'armée de Dalmatie. L'intention de Sa Majesté est que vous
partiez vingt-quatre heures après la réception de sa lettre. Votre
premier soin sera de dégager le général Lauriston. Vous vous ferez
suivre par deux bons bataillons de guerre du 18e régiment d'infanterie
légère, et, si vous le jugez convenable, par deux bataillons d'un autre
régiment. Je dis _si vous le jugez convenable_, car vous allez avoir à
Zara le 60e régiment, qui est porté à trois bataillons, mais qui,
d'après les ordres de Sa Majesté, doit être réduit à deux bataillons de
guerre, et les troisième et quatrième bataillons doivent être renvoyés
en Istrie. Le troisième bataillon de dépôt du 18e régiment d'infanterie
légère reviendra dans le Frioul. Vous emmènerez avec vous votre chef
d'état-major, votre général d'artillerie, votre commissaire ordonnateur
en chef. Il y a en Dalmatie un général du génie, mais vous ferez bien
d'emmener le colonel qui commande en ce moment le génie du deuxième
corps sous vos ordres, et deux officiers du génie. Vous pourrez emmener,
si vous le jugez nécessaire, deux officiers supérieurs d'artillerie et
quatre capitaines en second; vous pouvez emmener une compagnie de
canonniers au grand complet et six ou huit pièces de campagne. Je vous
engage à les prendre des calibres de six, et obus de cinq pouces six
lignes. Ce sont les calibres que vous trouverez en Dalmatie. Vous
emmènerez vos différents chefs de service, et surtout ce qui concerne
les hôpitaux et beaucoup d'infirmiers. Il faut que les troupes que vous
emmènerez aient, s'il est possible, trois paires de souliers par homme;
le cuir et la toile manquent en Dalmatie. Sa Majesté désire que vous
pressiez le plus possible ce mouvement. Vous allez donc avoir, en sus
de ce que le général Molitor avait en Dalmatie, deux bons bataillons de
guerre du 60e régiment, deux bataillons de guerre du 18e léger, un des
chasseurs brescians, deux bataillons de la garde italienne, qui sont en
marche, et enfin, si vous le jugez convenable, deux autres bataillons.
Cependant l'intention bien formelle de Sa Majesté est que, lors de votre
arrivée à Zara, si vous apprenez que Raguse a été dégagé par le général
Molitor, alors vous devez renvoyer ces deux derniers bataillons. Vous
verrez, d'après la copie des instructions que vous enverra l'état-major
général, et que j'avais donnée par ordre de l'Empereur, que les deux
bataillons de la garde et les chasseurs brescians sont destinés pour le
corps d'armée du général Lauriston. Sa Majesté ne me dit pas que vous
devez emmener des généraux, parce qu'elle sait qu'il y en a beaucoup en
Dalmatie; cependant vous pouvez emmener avec vous un général de division
ou un général de brigade, suivant que vous le jugerez convenable.
«Sa Majesté ayant nommé le général Lauriston gouverneur de l'Albanie et
de Raguse, et ne m'en parlant pas dans sa dernière lettre, il continue
à ne pas faire partie de l'armée de Dalmatie. Cependant, pour le bien du
service, il est indispensable que vous correspondiez ensemble.
«Vous voudrez bien me faire envoyer, avant votre départ, par votre chef
d'état-major, l'état de situation bien détaillé du corps d'armée que
vous laissez dans le Frioul.
«Le chef d'état-major général vous adressera la situation des troupes en
Dalmatie.»