«Schoenbrunn, le 16 décembre 1805.
«L'Empereur, général, me charge de vous demander où est le dépôt des
deux cents caissons que vous lui avez écrit avoir dans votre
commandement.
«Sa Majesté désire que vous rédigiez un mémoire sur la citadelle de
Grätz. Combien de canons faudrait-il pour l'armer? Y a-t-il de l'eau,
des bâtiments? Combien d'hommes peut-elle contenir? Pourrait-on y loger
les dépôts, y établir des fours, des magasins de vivres, un arsenal pour
les munitions, enfin des emplacements pour y déposer les bagages d'un
corps d'armée de trente à quarante mille hommes? Combien il faudrait
d'hommes pour la défendre?
«Si la citadelle de Grätz peut remplir l'objet dont je viens de vous
parler, vous devez la faire armer et approvisionner de suite, et même y
mettre un hôpital. L'opinion de l'Empereur est que, dans le genre de
guerre que nous faisons, les hôpitaux de maladies graves ne peuvent sans
inconvénient être placés de manière à les laisser prendre à l'ennemi.
«Vous vous êtes déjà trouvé dans le cas, général, où cette citadelle
pouvait être utile, comme sagement vous l'avez fait en vous portant sur
Vienne en manoeuvrant de manière à ce que le prince Charles ne pût s'y
porter avant vous.
«Faites connaître si la citadelle de Grätz, sous les rapports dont il
est question ci-dessus, peut, dans douze ou quinze jours de travail,
servir à garder les magasins et les bagages d'un corps d'armée de trente
à quarante mille hommes pendant huit à dix jours, étant défendue par
trois ou quatre cents hommes, temps nécessaire pour que l'armée qui
agirait pût venir prendre sa position.
«L'Empereur désire encore que vous fassiez reconnaître et prendre tous
les renseignements pour avoir l'itinéraire bien exact de la route que
devrait suivre une armée de trente à quarante mille hommes pour se
rendre de Grätz à Pesth. Vous devez faire connaître l'étendue, la nature
de la route, les défilés, les ravins, enfin la position que pourrait
prendre l'armée. Vous m'enverrez le plus promptement possible ce
travail, afin que je le mette sous les yeux de l'Empereur.»