«Boulogne, le 23 août 1805.
«Je vous préviens, général, que l'escadre de l'Empereur est partie du
Férol le 26 thermidor avec l'escadre espagnole. Si ces escadres
combinées arrivent dans la Manche, l'Empereur fait de suite l'expédition
d'Angleterre; mais, si, par des circonstances de vents contraires, ou
enfin par le peu d'audace de nos amiraux, elles ne peuvent se rendre
dans la Manche, l'Empereur et roi ajournera l'expédition à une autre
année, parce qu'elle n'est plus possible. Mais je dois vous prévenir
que, dans la situation actuelle où s'est placée l'Europe, l'Empereur
sera obligé de dissoudre les rassemblements que l'Autriche fait dans le
Tyrol avant de faire l'expédition en Angleterre. Dans ce cas,
l'intention de Sa Majesté est que, _vingt-quatre heures après que vous
aurez reçu un nouvel ordre de moi_, vous puissiez débarquer, et, sous le
prétexte de vous mettre en marche pour prendre vos cantonnements, vous
gagniez plusieurs jours de marche sans qu'on sache ce que vous voudrez
faire; mais, dans le fait, vous devez gagner Mayence.
«L'intention de l'Empereur est que, par le retour de mon courrier, que
vous retiendrez le moins de temps possible, vous me fassiez connaître
comment sera composé votre corps; Sa Majesté désire qu'il reste fort de
vingt mille hommes; que vous emmeniez avec vous le plus d'attelage qu'il
vous sera possible.
«Envoyez-moi également les dispositions que vous comptez faire pour le
reste de vos troupes. La saison est trop avancée et l'hiver est trop
prochain pour rien craindre des Anglais, et au printemps vous serez de
retour avec votre armée en Hollande. Il suffit que les frontières soient
gardées.
«Je vous recommande sur tout cela le secret le plus impénétrable; car,
si le cas arrive, l'Empereur veut se trouver dans le coeur de
l'Allemagne avec trois cent mille hommes sans qu'on s'en doute.»