«La Haye, 3 novembre 1804.
«Monsieur le général, j'ai l'honneur de vous prévenir que je reçois
l'ordre de me concerter avec vous pour prendre, relativement aux
communications de ce pays-ci avec l'Angleterre, toutes les mesures que
nous avions déjà jugé convenable d'adopter. Ainsi, non-seulement nous ne
pouvons plus former aucun doute sur l'approbation de Sa Majesté, mais
encore nous aurons la satisfaction de lui annoncer que nous avions
prévenu la totalité de ses ordres.
«Sa Majesté en a tellement senti la nécessité, qu'elle y ajoute ceux de
faire saisir, dans toute l'étendue du territoire batave, les
marchandises anglaises qui peuvent s'y trouver, et de contraindre le
gouvernement batave à prendre des dispositions de tout point analogues
à celles prescrites en France contre les navires neutres qui auraient
touché dans les ports d'Angleterre et seraient chargés de marchandises
anglaises.
«Nous ne pouvons nous flatter de faire exécuter strictement cette
seconde partie des ordres de Sa Majesté; le gouvernement batave paraît
plus que jamais disposé à persister dans son système d'inertie et à
paralyser vos dispositions, par la défense faite à ses agents de
concourir à leur exécution.
«Je viens cependant de lui notifier les volontés de Sa Majesté, en lui
annonçant qu'il sera seul responsable des suites que son fol entêtement
pourra entraîner.
«Quant à l'acte de préhension des marchandises anglaises, les moyens de
le mettre à exécution sont en votre pouvoir, et je ne puis, monsieur le
général, que m'en référer à ce que votre prudence vous suggérera pour
régulariser, par les formes dont vous prescrirez l'emploi, la rigueur
d'une mesure qui ne fût jamais devenue nécessaire si le gouvernement
batave eût moins obstinément fermé l'oreille à nos représentations et à
nos plaintes.
«Son Excellence le ministre des relations extérieures m'adresse la liste
de plusieurs maisons (treize d'Amsterdam et quatre de Rotterdam) qui,
d'après le dépouillement de la correspondance saisie à Helvoët, ont paru
faciliter l'entrée des marchandises anglaises sur le continent.
«Cette liste n'est rien moins que complète; on n'y lit même pas les noms
des maisons les plus connues pour entretenir des relations habituelles
avec nos ennemis.--Le séjour que vous avez fait en Batavie a, au
surplus, dû vous convaincre, monsieur le général, qu'aucune maison de
commerce ne serait, pour ainsi dire, à l'abri de reproches, si toutes ne
pouvaient présenter pour excuse la tolérance coupable de leur
gouvernement.
«Cette tolérance est telle, que les expéditions de beurre et de fromage
sont devenues plus actives depuis la connaissance donnée au commerce du
concours des forces françaises pour empêcher la contrebande. On s'est
empressé de profiter du temps qui devait naturellement s'écouler jusqu'à
l'arrivée des forces distribuées par vos ordres sur les différents
points de la côte, et j'ai la certitude que des crédits sont même encore
donnés par des maisons de Londres sur des négociants d'Amsterdam pour
des achats considérables de beurre dans la province de Frise, où il est
plus facile que sur tout autre point d'échapper à la surveillance des
troupes.
«Dans un tel état de choses, peut-être jugerez-vous, monsieur le
général, devoir charger une personne investie de toute votre confiance
de se rendre à la Haye pour m'y faire connaître vos intentions et
préparer, de concert avec elle, les instructions définitives des agents,
tant civils que militaires, établis sur les côtes.»