Dizfoul.--Prospérité commerciale et agricole de la ville.--Visite aux
trois andérouns du _naïeb loukoumet_ (sous-gouverneur).--Heureuse
prédiction.
13 janvier.--Nous sommes à Dizfoul depuis deux jours. Malgré tout notre
désir, nous n'avons point encore visité l'emplacement de Suse, à peine
distante de six à sept farsakh. S'il eût fait seulement une éclaircie,
j'aurais trompé mon impatience en montant sur la terrasse, d'où l'on
peut, m'assure-t-on, apercevoir le _tell_ quand l'atmosphère est pure:
mais depuis notre arrivée il n'a pas cessé un seul instant de pleuvoir.
Les heures, toujours trop longues lorsqu'elles ne reçoivent pas un
emploi utile, se sont passées à échanger des politesses avec nos hôtes.
L'Arabistan, l'une des plus importantes provinces du sud-ouest de la
Perse, est gouverné actuellement par un oncle du roi, Hechtamet Saltanè.
Ce prince varie ses plaisirs et change de résidence à chaque saison; il
habite le plus souvent Chouster, toutefois il vient passer le printemps
à Dizfoul, où la température est plus fraîche que dans sa capitale
d'hiver. En son absence l'administration de la ville est confiée à un
lieutenant ou _naïeb loukoumet_. Le sous-gouverneur, escorté de ses
mirzas, est venu nous rendre ses devoirs et nous a fortement engagés à
attendre à Dizfoul la fin de la saison des pluies. Entre-temps il nous a
mis au courant des affaires de la province. A l'entendre, la ville, en
pleine voie d'agrandissement et de prospérité, mériterait mieux que
Chouster, aujourd'hui bien déchue, le titre de capitale de l'Arabistan.
La population s'est doublée depuis quelques années, et le commerce a
pris une extension et un développement auxquels ne pourra jamais
prétendre sa rivale. Dans les plaines fertiles des environs on recueille
sans travail de superbes récoltes de blé, les troupeaux donnent des
laines renommées par leur finesse; la culture très fructueuse de
l'indigo alimente de nombreuses teintureries. Toutes primitives qu'elles
sont, ces officines préparent aux tisserands les fils colorés que
nécessite la fabrication des tchaders bleus et blancs portés par les
femmes pauvres ou de condition moyenne. Les mirzas m'ont aussi vanté
l'eau _chirin_ (sucrée, douce) de l'Ab-Dizfoul, la fraîcheur des
_zirzamins_ (caves) creusés dans le poudingue sur lequel la cité est
assise, et, avant tout, l'incomparable voirie de la ville. «En vérité,
leur répond Marcel, il y a bien un peu d'eau dans les rues, mais, en
relevant vos pantalons jusqu'aux oreilles, vous pouvez encore faire
quelques pas.»
[Illustration: LES MIRZAS DU GOUVERNEUR DE L'ARABISTAN. (Voyez p. 651.)]
«De l'eau dans les rues! Mais voilà la merveille; pendant l'hiver la
chaussée se transforme en torrent, et les pluies nous débarrassent ainsi
de toutes les immondices accumulées l'été.» La rue-égout mérite d'être
propagée. «Voir Dizfoul et puis mourir», chantent nos Persans.--«Voir
Suse et puis partir», ai-je pensé. En réalité Dizfoul deviendra une cité
florissante le jour où on la mettra en communication soit avec le golfe
Persique par la Perse, soit avec le Tigre par la Turquie. Amara ne
doit-elle pas déjà la vie et l'aisance aux caravanes assez audacieuses
pour braver les Beni Laam, les déserts, l'eau amère et le _hor_?
Le naïeb, en se retirant, m'a demandé s'il me serait agréable d'aller
visiter ses andérouns, et, sur ma réponse affirmative, il a prié son
fils de m'accompagner. Jamais je n'eus plus gentil introducteur: c'était
merveille de voir ce petit maître des cérémonies me guider avec mille
précautions sur les terrasses plus ou moins insolides qui mettent en
communication toutes les maisons de la ville et, après m'avoir
introduite, n'oublier aucun des détails si compliqués de l'étiquette:
imposant silence aux femmes si leur conversation devenait trop animée ou
trop bruyante, les écartant d'un geste autoritaire quand elles me
serraient de trop près.
La première visite a été pour la doyenne des femmes de mon hôte. A mon
arrivée, Bibi Cham Sedjou s'est levée, m'a tendu la main et l'a portée à
son front en signe de respect, tout en me souhaitant le _khoch amadid_
(la bienvenue). Puis elle m'a désigné du geste un grand fauteuil de bois
placé au milieu de la pièce. Ce meuble est historique. Il fut
confectionné en l'honneur de sir Kennett Loftus, quand il vint, il y a
une trentaine d'années, présider à la délimitation des frontières
turco-perses. Depuis le départ de ce diplomate, le _takht_ (trône),
comme le désignent les Dizfouliennes, a été oublié sous une épaisse
couche de poussière jusqu'au jour où l'arrivée de l'un de ces animaux à
deux pattes qui perchent sur les sièges comme des perroquets est venue
le rendre un instant à sa destination première.
Je me suis assise gravement. Cham Sedjou et ses nombreuses amies,
assemblées en cette circonstance, se sont accroupies tout autour de moi,
et par trois fois nous nous sommes mutuellement informées de l'état de
nos précieuses santés. Bibi a déclaré qu'elle s'était réveillée le matin
avec un violent mal de tête, mais que la joie de recevoir ma visite et
enfin ma présence bénie avaient achevé de dissiper ses douleurs. Les
approbations enthousiastes de l'assistance me prouvent combien la phrase
est dans le goût persan; je me contente de m'incliner, faute de savoir
surenchérir sur pareilles amabilités.
Bibi Cham Sedjou est une Persane: les narines vierges de perforation
témoignent de sa race. En femme intelligente, elle supplée aux charmes
envolés par une conversation agréable et moins banale que celle dont
sont régalés habituellement les murs des andérouns. Son instruction
n'est pas à la hauteur de sa bonne volonté; les notions les plus
élémentaires de la géographie lui font défaut. Elle a bien entendu
parler d'une terre connue sous le nom de Faranguistan, terre misérable
dévolue aux Anglais et aux Russes infidèles, grands mangeurs de porc et
grands buveurs d'eau-de-vie, mais elle ignore le nom même de la France.
Elle croit aussi, à en juger à ma tête tondue, qu'aux Persanes seules
Allah a octroyé des tresses longues et souples, pour la plus grande
jouissance de ses fidèles serviteurs sur la terre et de ses élus au
ciel, et que la couleur blonde de mes cheveux, n'ayant rien de naturel,
doit être due à une sorcellerie particulière. J'ai essayé, sans la
convaincre, d'expliquer à mon interlocutrice combien des nattes seraient
gênantes pendant la durée d'un très long voyage, mais j'ai négligé de
l'entretenir d'autres inconvénients graves dont il eût été aussi
malséant de lui parler que de corde devant un pendu.
«Pourquoi se peigner tous les jours? m'a-t-elle répondu avec surprise,
il est bien suffisant de procéder à cette opération une fois par
semaine, en allant au bain.»
Les servantes apportent le thé. La première tasse m'est présentée, on
offre la seconde à mon guide. Il la prend en sa qualité de mâle, et ne
manifeste même pas l'intention de la passer à la femme de son père ou
aux khanoums ses voisines. Puis, toutes les amies de Bibi Cham Sedjou
ayant essayé mon casque blanc, non sans rire à se tordre, et s'étant à
tour de rôle mirées dans un fragment de glace entouré d'une superbe
bordure en mosaïque de cèdre et d'ivoire, je reprends possession de ma
coiffure et me retire afin de terminer en un seul jour, s'il est
possible, la revue des andérouns où je suis attendue.
«Allons voir maman», a dit joyeusement mon jeune guide après avoir fait
charger sur la tête d'un serviteur le fauteuil qui doit me précéder.
Matab khanoum est une fille de tribu. Il n'est pas besoin de la voir
pour s'en convaincre. En véritable Arabe, elle a installé ses juments de
pur sang dans la cour de la maison, afin de ne jamais les perdre de vue;
l'escalier s'ouvre justement derrière les sabots d'une belle poulinière.
Le logis, semblable à celui de Bibi Cham Sedjou, est orné avec un luxe
relatif. Des porcelaines de vieux chine contemporaines de chah Abbas
encombrent les takhtchés et provoquent mon admiration, tandis qu'une
horrible soupière de faïence anglaise fait vis-à-vis à une superbe coupe
émaillée. On pose le fauteuil sur un tapis kurde fin et ras comme du
velours et je m'assieds auprès d'un métier à tisser. Matab khanoum
emploie ses loisirs à confectionner ces grands filets de soie rose ou
jaune à pasquilles d'or qui couvrent sans les voiler la tête et la
poitrine de toutes les femmes de la Susiane.
La maîtresse de la maison est petite, maigre, brune de peau, peu
séduisante, mais, en sa qualité de mère de l'unique héritier de la
maison, elle jouit d'une supériorité incontestée sur les autres femmes
de son époux. Son humeur est d'autant plus difficile qu'elle est jalouse
en ce moment d'une rivale fort belle et pour laquelle elle craint d'être
délaissée. Les regards de Matab khanoum s'adoucissent pourtant quand ils
se dirigent vers son fils, «la fraîcheur de ses yeux». L'amabilité et la
bonne éducation de mon petit ami lui ont valu mes félicitations; alors,
souriante, en vraie maman elle m'a appris que les mollahs étaient
surpris de l'intelligence de Messaoud. «Cet enfant est appelé aux plus
hautes destinées: il deviendra l'une des lumières de l'État. Agé de dix
ans à peine, il sait déjà par cœur plusieurs chapitres du Koran et les
plus beaux morceaux de nos poètes classiques.»
«Veux-tu, Messaoud, nous dire un de ces contes que tu apprenais hier à
ta petite sœur?
--Brisez-moi la tête, coupez-moi les oreilles, arrachez-moi les yeux: je
serai toujours prêt à vous obéir», a répondu l'enfant. Puis, sans
témoigner ni timidité ni embarras, il a pris la parole.
«Un pauvre homme vivait du produit de sa pêche et de sa chasse, et,
comme il était habile à lancer l'épervier et à appeler les oiseaux
auprès de ses lacets, l'une et l'autre étaient souvent abondantes. Un
jour, après avoir disposé ses pièges, il s'était caché dans les roseaux
et guettait trois perdrix, quand il entendit à ses côtés de bruyants
éclats de voix. C'étaient deux écoliers qui discutaient avec chaleur une
question de jurisprudence.
«Le chasseur s'avança, les supplia de ne point faire de bruit et de ne
point effaroucher le gibier. «Nous le voulons bien, répondirent les
étudiants, mais à condition que tu donneras un oiseau à chacun de nous.
«--O mes maîtres, ma famille vit du produit de ma chasse; que
deviendrai-je lorsque je rentrerai au logis avec une perdrix à partager
entre dix personnes?»
«Le pauvre homme eut beau gémir et représenter aux étudiants que le
filet n'était pas plus à eux que la graine semée comme appât, ils ne
voulurent rien entendre. Alors le chasseur tira la corde, prit les trois
bêtes et les partagea avec ses tyrans.
«Quand il les eut satisfaits, il leur dit: «Si vous me dédommagiez au
moins du tort que vous me causez, en m'apprenant le motif de votre
discussion?
«--Volontiers: nous disputions sur l'héritage de l'hermaphrodite.
«--Que signifie le mot «hermaphrodite»?
«--L'hermaphrodite est mâle et femelle», répliquèrent les jeunes gens en
s'en allant.
«Sur ce, le chasseur, attristé, rentra chez lui, et sa famille, qui
l'attendait, dut se contenter ce soir-là de l'unique perdreau qu'il
avait apporté.
«Peu de jours après, lorsque les étoiles se furent cachées et qu'un beau
soleil aux ailes d'or eut apparu à l'horizon, le pêcheur prit ses filets
et se dirigea vers la rivière. Il jeta son épervier et ramena un poisson
si beau, si grand et de couleur si éclatante que de sa vie il n'avait vu
pareil animal.
«Plein de joie, il le prend et, sans plus tarder, le porte à son
souverain.
«Le sultan était couché sur un lit de repos, auprès d'un bassin
d'albâtre où voguaient des embarcations d'aloès semblables au croissant
de la lune. Des carpes aux vives couleurs dont les seins étaient
d'argent et les oreilles chargées d'anneaux d'or s'ébattaient dans les
eaux cristallines. Tremblant et anxieux, notre homme s'approcha, étala
le poisson qu'il avait pêché et pria le monarque de l'accepter.
«Je suis ravi de ton cadeau et vais donner l'ordre au grand vizir de te
compter mille dinars.» Mais le ministre, mécontent, souffla à voix
basse: «Désormais il vaudrait mieux proportionner la faveur au mérite.
Si l'on paye un poisson mille dinars, tout l'or du trésor passera en
ruineuses folies.»
«--Tu as raison, reprit le sultan; mais comment me dédire?
«--Demandez à cet homme: «Ce poisson est-il mâle ou femelle?» S'il
répond: «C'est un mâle», vous lui direz: «Je te donnerai les mille
dinars quand tu m'apporteras la femelle.» S'il réplique: «C'est une
femelle», vous répondrez: «Apporte-moi le mâle et tu auras ton
bakchich.» Enchanté de la sagesse de son vizir, le souverain se tourne
vers le pêcheur: «Ton poisson est-il mâle ou femelle?»
«Le brave homme comprit le sens caché de cette demande et, après avoir
prudemment fouillé dans son esprit la perle d'une réponse à présenter
sur le plat de l'explication, il dit: «O roi, sagesse de lumière du
monde, ce poisson est mâle et femelle: il est hermaphrodite».
«La sagesse et la sagacité du pêcheur surprirent si agréablement le
sultan, qu'il lui fit donner les mille dinars et le mit au nombre de ses
conseillers.»
Je ne puis transcrire les changements de voix et la mimique intelligente
du jeune conteur; je le regrette, car le petit homme a joué son charmant
récit en acteur consommé.
Courons vers un autre andéroun. Avant de me laisser franchir le seuil de
la porte, Matab khanoum m'a arrêtée un instant: «Pourquoi avez-vous la
tête nue? Vous devez avoir bien froid? et en outre... c'est très
inconvenant!
--Vous moquez-vous de moi?
--Non certes: notre Prophète a défendu aux femmes de montrer leurs
cheveux, et par conséquent d'avoir la tête découverte.
--Je tiendrai compte de sa recommandation quand je me ferai musulmane.
En attendant cet heureux jour, venez dans le Faranguistan et vous verrez
ce que l'on pensera de vos seins, de votre ventre et de vos jambes nus,
toujours prêts à se montrer au moindre mouvement.»
Pour me rendre chez Bibi Dordoun, la favorite de mon hôte et la rivale
de Matab khanoum, j'ai dû abandonner le chemin des terrasses et changer
de quartier. Un mari, quand il se pique d'être bon musulman, doit
joindre à mille autres vertus d'une essence rare l'astuce du renard et
la prudence du serpent et ne pas exposer ses nombreuses épouses à laver
leur linge sale devant toutes les terrasses du voisinage. En suivant des
rues en partie barrées par les maisons qui se sont fondues sous
l'influence des pluies de l'hiver, j'atteins enfin le troisième
andéroun. Je n'ai point perdu ma peine. Depuis mon arrivée à Dizfoul je
n'ai vu femme pareille à Bibi Dordoun. Bien que de race arabe, elle est
blanche de peau; ses yeux et ses cheveux d'un noir d'ébène se détachent
sur une chair mate et font ressortir les tons de grenade d'une bouche
trop épaisse, mais derrière laquelle se présentent des dents admirables.
La toilette est d'une élégance raffinée: jupe de brocart à fond rose,
calotte de cachemire de l'Inde retenant un filet semé de perles fines,
foulard de soie de Bombay, anneau de narine couvert de pierres
précieuses, talisman de nacre incrusté d'or, bracelets formés de grosses
boules d'ambre et de corail rose; aux deux chevilles, de véritables
chaussettes de perles de couleurs montant jusqu'au mollet et laissant
tomber sur le pied nu une frange de rubis.
Bibi Dordoun m'attendait au rez-de-chaussée de sa maison; dès mon
arrivée elle m'a guidée vers le premier étage et a soigneusement fermé
la porte derrière moi. Puis elle s'est mise à éplucher des limons doux
avec l'air d'une personne convaincue de la gravité de cette occupation.
Ce n'était pas le moyen de satisfaire la curiosité d'une vingtaine de
voisines accourues à la nouvelle de mon arrivée.
[Illustration: BIBI DORDOUN.]
Les filles d'Ève se sont d'abord annoncées en jetant leur nom à travers
la porte, puis, ne recevant pas de réponse, elles ont gratté au battant:
manière polie de demander à entrer,... et Bibi Dordoun épluchait
toujours ses limons doux. Tout à coup, nerveuse et rouge de colère, elle
se lève, court vers l'entrée de la chambre, met en fuite les visiteuses
importunes en leur jetant ses deux babouches à la tête, et vient tout
essoufflée se rasseoir à mes côtés. Dans quel but me ménager ce
silencieux tête-à-tête? Je veux me lever, elle me retient et m'ouvre
enfin les plus profonds replis de son cœur:
«Je possède toute la confiance et toute l'affection de l'aga, mais je
suis par cela même en butte à la jalousie de Matab khanoum. En
définitive, je récolte plus d'épines que de roses. Cinq fois le ciel m'a
rendue mère: des filles! toujours des filles! Allah a béni mon union, et
d'ici à peu de jours j'attends ma sixième délivrance. Vous, une femme
instruite comme un _mollah_, vous, une Faranguie, ne pourrez-vous rien
pour moi, ne me direz-vous pas si mon espoir doit toujours être déçu, ou
si l'enfant qui va naître sera enfin ce fils tant désiré dont la venue
me fera bénéficier de la haute situation réservée jusqu'ici à Matab
khanoum et augmentera, s'il est possible, l'affection de mon époux?»
Cette femme est pâle d'émotion. Je n'hésite pas et lui promets gravement
un garçon. A ces mots elle me saute au cou et m'embrasse à me
débarbouiller, si besoin était.
En définitive, je suis sortie de chez Bibi Dordoun sacrée sorcière; si
elle a un fils, elle demeurera toute sa vie persuadée que les Faranguis
ont le don de double vue. Mais si elle a une fille! Bah! je lui aurai
toujours donné quinze jours de bonheur.
Mon ami Messaoud aurait bien voulu s'acquitter jusqu'au bout de ses
devoirs d'introducteur et me mener au quatrième andéroun paternel.
Pendant mes diverses visites j'avais absorbé sans sourciller huit ou dix
tasses de thé et de café, des confitures au miel, des bonbons en plâtre,
des citrons doux; j'avais prêté mon casque, ma veste, mes souliers
eux-mêmes, prédit à mon hôtesse la naissance d'un héritier: je méritais
bien quelque repos. D'ailleurs les nuages s'étaient dissipés, un coin de
ciel bleu m'était apparu, et je voulais avertir Marcel de cette bonne
nouvelle. Je suis arrivée trop tard: les ordres sont donnés, et nous
partons pour Suse dès le lever de l'aurore.
[Illustration: MATAB KHANOUM.]
[Illustration: GABRE DANIAL (TOMBEAU DE DANIEL). (Voyez p. 660.)]