La ville, éclairée aux rayons du soleil couchant et noyée dans les
légères brumes d'or qui s'élevaient du sol jusqu'aux verts panaches des
palmiers, ne m'avait jamais paru plus radieuse et plus belle. Combien
Babylone devait être majestueuse quand ses monuments gigantesques, ses
jardins suspendus, ses palais merveilleux, ses murs et ses portes
d'airain se présentaient aux yeux surpris des voyageurs!
La ville de Nabuchodonosor est redevenue poussière; quel sort l'avenir
réserve-t-il à la cité des califes? Elle est bien déchue depuis les
jours où ses premiers souverains s'élançaient à la conquête du monde et
portaient leur étendard triomphant jusqu'à Grenade et à Cordoue!
Sa destruction et sa ruine définitives sont-elles prochaines? Je ne le
souhaiterai pas, mais je m'arrêterai à un moyen terme: qu'Allah balaye
les valys, les magistrats, les douaniers et toute la vermine
administrative accumulée derrière ses murs, qu'il protège ses gracieux
édifices et qu'il ne les confonde pas dans le néant avec tant d'autres
merveilles que leur grandeur et leur solidité semblaient devoir
préserver des atteintes du temps, le plus terrible et le plus inexorable
des dieux!
[Illustration: VUE PRISE A BAGDAD AU BORD DU TIGRE.]
[Illustration: LE TIGRE A AMARA. (Voyez p. 634.)]