On se souvient de l'attentat de Delhi, dans lequel, l'année dernière,
lord Hardinge, le vice-roi des Indes, fut grièvement blessé par
l'explosion d'une bombe, alors qu'il faisait son entrée solennelle dans
la ville rendue à son ancien rang de capitale. L'homme d'État dut son
salut, en bonne partie tout au moins, au sang-froid de l'éléphant,
choisi pour sa haute taille et sa docilité, qui le transportait en tête
du cortège. Loin de s'épouvanter du fracas de l'explosion qui mettait en
fuite plusieurs de ses congénères, le massif pachyderme continua
d'avancer de son pas majestueux, et son attitude calma à ce point la
panique qui s'emparait déjà de la foule qu'on ne remarqua pas dans
l'instant qu'un fonctionnaire installé derrière lord Hardinge et la
vice-reine avait été tué sur le coup et qu'une des parois du _howdah_
(palanquin) était en pièces.
Dès son complet rétablissement, le vice-roi tint à rendre visite à la
bonne bête. Sa reconnaissance vient de prendre une forme plus
substantielle: un décret accorde à l'éléphant le titre et la situation
de _State pensionner_.
En sa qualité de pensionnaire de l'État, _Timouh_ recevra sa vie durant
tous les douze mois une somme équivalant à 2.500 francs, suffisante pour
lui assurer les services de deux _coolies_ (domestiques). Comme il n'a
guère que trente ans, et qu'un éléphant vit normalement plus d'un
siècle, on peut aisément calculer ce que son dévouement coûtera aux
contribuables hindous.