SURINTENDANTS DES FINANCES[54].

Claude LE BOUTHILLIER, d’abord surintendant, conjointement avec Claude

de Bullion, en 1632; seul en 1640. Ce fut lui qui le premier fit

imposer les tailles par les intendants. Retiré en 1643. Mort en 1655.

Nicolas BAILLEUL, marquis de Château-Gontier, président du parlement,

surintendant des finances, en 1643 jusqu’en 1648; mort en 1652: plus

versé dans la connaissance du barreau que dans celle des finances. Il

eut sous lui, pour contrôleur-général, Particelli, dit Émeri, connu par

ses déprédations[55].

Cet Émeri était le fils d’un paysan de Sienne, placé par le cardinal

Mazarin. Il disait que les ministres des finances n’étaient faits que

pour être maudits.

Émeri imagina bien des sortes d’impôts, de nouveaux offices de jurés

mesureurs et porteurs de charbon; de mouleurs, chargeurs et porteurs de

bois; de premiers commis de la taille et des ponts-et-chaussées, du sou

pour livre, d’augmentations de gages; de contrôleurs des amendes et des

épices, etc.

Le même Émeri fut surintendant en 1648; mais, quelques mois après, on

le sacrifia à la haine publique en l’exilant.

Le maréchal duc DE LA MEILLERAYE, surintendant en 1648, pendant

l’exil d’Émeri. On avait déjà vu des guerriers dans cette place. Il

avait la probité du duc de Sulli, mais non pas ses ressources. Il vint

dans le temps le plus difficile, et le duc de Sulli n’avait eu la

surintendance qu’après la guerre civile. Il taxa tous les financiers et

tous les traitants. La plupart firent banqueroute, et on ne trouva plus

d’argent. Il abandonna la surintendance en 1649. Mort en 1664.

ÉMERI reprit la surintendance immédiatement après la démission du

maréchal. Un Italien, nommé Tonti, imagina alors les emprunts en rentes

viagères, rentes distribuées en plusieurs classes, et qui sont payées

au dernier vivant de chaque classe. Elles furent appelées Tontines,

du nom de l’inventeur. Il y en eut pour un million vingt-cinq mille

livres annuelles, ce qui forma un revenu prodigieux pour le dernier

qui survécut; invention qui charge l’état pour un siècle, mais moins

onéreuse que celle des rentes perpétuelles, qui chargent l’état pour

toujours. Mort en 1650.

Claude DE MESME, comte D’AVAUX, d’une ancienne maison en Guienne,

homme de lettres qui unissait l’esprit et les graces à la science;

plénipotentiaire avec Servien; chéri de tous les négociateurs autant

que Servien en était redouté. Surintendant en 1650: mort la même année.

Charles, duc DE LA VIEUVILLE, le même que le cardinal de Richelieu

avait fait chasser du conseil, et enfermer dans le château d’Amboise,

en 1624, qui, échappé de ce château, avait fui en Angleterre, et qui

avait été condamné à mort par contumace. Créé duc et pair en 1651, et

surintendant la même année. Mort en 1653.

René DE LONGUEIL, marquis DE MAISONS, président à mortier, surintendant

en 1651. Il ne le fut qu’un an. On a prétendu qu’il avait bâti pendant

cette année le château de Maisons[56] qui est un des plus beaux de

l’Europe; mais il fut construit un an auparavant. C’est le coup d’essai

et le chef-d’œuvre de François Mansard, qui était alors un jeune homme,

et simple maçon. Il y a sur cela une singulière anecdote, que plusieurs

personnes ont apprise comme moi du petit-fils[57] du surintendant.

Son hôtel, démoli aujourd’hui, formait un impasse dans la rue des

Prouvaires. Un jour, en fesant fouiller dans un ancien petit caveau, il

y trouva quarante mille pièces d’or au coin de Charles IX. C’est avec

cet argent que le château de Maisons fut bâti. Mort en 1677.

On voit que les surintendants se succédaient rapidement dans ces

troubles.

Abel SERVIEN, après avoir négocié la paix de Westphalie avec le duc de

Longueville et le comte d’Avaux, et en ayant eu le principal honneur,

surintendant en 1653, conjointement avec Nicolas Fouquet, administra

jusqu’à sa mort, arrivée en 1659. Mais Fouquet eut toujours la

principale direction.

Nicolas FOUQUET, marquis DE BELLE-ISLE, surintendant en 1653, quoiqu’il

fût procureur-général du parlement de Paris. On a imprimé par erreur,

dans les premières éditions du _Siècle de Louis XIV_, qu’il dépensa

dix-huit cent mille francs à bâtir son palais de Vaux, aujourd’hui

Villars; c’est une erreur de typographie; il y prodigua dix-huit

millions de son temps, qui en feraient près de trente-six du nôtre.

Le cardinal Mazarin, depuis son retour en 1653, se fesait donner,

par le surintendant, vingt-trois millions par an pour les dépenses

secrètes. Il achetait à vil prix de vieux billets décriés, et se

fesait payer la somme entière. Ce fut ce qui perdit Fouquet. Jamais

dissipateur des finances royales ne fut plus noble et plus généreux que

ce surintendant. Jamais homme en place n’eut plus d’amis personnels, et

jamais homme persécuté ne fut mieux servi dans son malheur. Condamné

cependant au bannissement perpétuel[58], par commissaires, en 1664:

mort ignoré en 1680[59].

Après sa disgrace, la place de surintendant fut supprimée.

Sous les surintendants il y avait des contrôleurs-généraux. Le cardinal

Mazarin nomma à cette place un étranger, calviniste d’Augsbourg, nommé

Barthélemi Hervart, qui était son banquier. Cet Hervart avait en effet

rendu les plus grands services à la couronne. Ce fut lui qui, après la

mort du duc Bernard de Saxe-Veimar, donna son armée à la France, en

avançant tout l’argent nécessaire. Ce fut lui qui retint cette même

armée et d’autres régiments dans le service du roi, lorsque le vicomte

de Turenne voulut la faire révolter, en 1648. Il avança deux millions

cinq cent mille livres de la monnaie d’alors pour la retenir dans le

devoir; deux importants services qui prouvent qu’on n’est le maître

qu’avec de l’argent.

Lorsqu’on arrêta le surintendant Fouquet, il prêta encore au roi deux

millions. Il jouait un jeu prodigieux, et perdit souvent cent mille

écus dans une séance. Cette profusion l’empêcha d’avoir la première

place. Le roi eut avec raison plus de confiance en Colbert. Hervart,

mort simple conseiller d’état, en 1676.

Sa famille quitta le royaume après la révocation de l’édit de Nantes,

et porta des biens immenses dans les pays étrangers.

Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.—Tome I · 第 42 / 89 题