V. Hugo.--<i>Oceano nox</i>.

Eh bien, tous ces marins--matelots, capitaines,

Dans leur grand Océan à jamais engloutis....

Partis insoucieux pour leurs courses lointaines

Sont morts--absolument comme ils étaient partis.

Allons! c'est leur métier; ils sont morts dans leurs bottes!

Leur <i>boujaron</i> au coeur, tout vifs dans leurs capotes....

--<i>Morts</i>.... Merci: la <i>Camarde</i> a pas le pied marin;

Qu'elle couche avec vous: c'est votre bonne-femme....

--Eux, allons donc: Entiers! enlevés par la lame!

Ou perdus dans un grain....

Un grain ... est-ce la mort ça? la basse voilure

Battant à travers l'eau!--Ça se dit <i>encombrer</i>....

Un coup de mer plombé, puis la haute mâture

Fouettant les flots ras--et ça se dit <i>sombrer</i>.

--Sombrer--Sondez ce mot. Votre <i>mort</i> est bien pâle

Et pas grand'chose à bord, sous la lourde rafale....

Pas grand'chose devant le grand sourire amer

Du matelot qui lutte.--Allons donc, de la place!--

Vieux fantôme éventé, la Mort change de face:

La Mer!...

Noyés?--Eh allons donc! Les <i>noyés</i> sont d'eau douce.

--Coulés! corps et biens! Et, jusqu'au petit mousse,

Le défi dans les yeux, dans les dents le juron!

A l'écume crachant une chique râlée,

Buvant sans hauts-de-coeur <i>la grand' tasse salée</i>....

--Comme ils ont bu leur boujaron.--

* * * * *

--Pas de fond de six pieds, ni rats de cimetière:

Eux ils vont aux requins! L'âme d'un matelot

Au lieu de suinter dans vos pommes de terre,

Respire à chaque flot.

--Voyez à l'horizon se soulever la houle;

On dirait le ventre amoureux

D'une fille de joie en rut, à moitié soûle....

Ils sont là!--La houle a du creux.--

--Ecoutez, écoutez la tourmente qui beugle!...

C'est leur anniversaire--Il revient bien souvent--

O poète, gardez pour vous vos chants d'aveugle;

--Eux: le <i>De profundis</i> que leur corne le vent.

... Qu'ils roulent infinis dans les espaces vierges!...

Qu'ils roulent verts et nus,

Sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges....

--Laissez-les donc rouler, <i>terriers</i> parvenus!

(<i>A bord</i>.--11 février.)

Note:

<i>Boujaron</i>: ration d'eau-de-vie.

* * * * *

<i>RONDELS POUR APRÈS</i>

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<i>SONNET POSTHUME</i>

<i>Dors: ce lit est le tien.... Tu n'iras plus au nôtre.

--Qui dort dîne.--A tes dents viendra tout seul le foin.

Dors: on t'aimera bien--L'aimé c'est toujours</i> l'Autre....

<i>Rêve: La plus aimée est toujours la plus loin....

Dors: on t'appellera beau décrocheur d'étoiles!

Chevaucheur de rayons!... quand il fera bien noir;

Et l'ange du plafond, maigre araignée, au soir,

--Espoir--sur ton front vide ira filer ses toiles.

Museleur de voilette! un baiser sous le voile

T'attend ... on ne sait où: ferme tes yeux pour voir.

Ris: Les premiers honneurs t'attendent sous le poêle.

On cassera ton nez d'un bon coup d'encensoir,

Doux fumet!... pour la trogne en fleur, pleine de moelle

D'un sacristain très-bien, avec son éteignoir</i>.

<i>RONDEL</i>

<i>Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles!

Il n'est plus de nuits, il n'est plus de jours;

Dors ... en attendant venir toutes celles

Qui disaient: Jamais! Qui disaient: Toujours!

Entends-tu leurs pas?... Ils ne sont pas lourds:

Oh! les pieds légers!--l'Amour a des ailes....

Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles!

Entends-tu leurs voix?... Les caveaux sont sourds.

Dors: Il pèse peu, ton faix d'immortelles:

Ils ne viendront pas, tes amis les ours,

Jeter leur pavé sur tes demoiselles....

Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles!</i>

<i>DO, L'ENFANT, DO.... </i>

<i>Buona Vespre! Dors: Ton bout de cierge....

On l'a posé là, puis on est parti.

Tu n'auras pas peur seul, pauvre petit?...

C'est le chandelier de ton lit d'auberge.

Du fesse-cahier ne crains plus la verge,

Va!... De t'éveiller point n'est si hardi.

Buona sera! Dors: Ton bout de cierge....

Est mort.-Il n'est plus, ici, de concierge:

Seuls, le vent du nord, le vent du midi

Viendront balancer un fil-de-la-Vierge.

Chut! Pour les pieds-plats, ton sol est maudit.

--Buona nocte! Dors: Ton bout de cierge</i>....

<i>MIRLITON</i>

<i>Dors d'amour, méchant ferreur de cigales!

Dans le chiendent qui te couvrira

La cigale aussi pour toi chantera,

Joyeuse, avec ses petites cymbales.

La rosée aura des pleurs matinales;

Et le muguet blanc fait un joli drap....

Dors d'amour, méchant ferreur de cigales

Pleureuses en troupeau passeront les rafales....

La Muse camarde ici posera,

Sur ta bouche noire encore elle aura

Ces rimes qui vont aux moelles des pâles....

Dors d'amour, méchant ferreur de cigales</i>.

<i>PETIT MORT POUR RIRE</i>

<i>Va vite, léger peigneur de comètes!

Les herbes au vent seront tes cheveux;

De ton oeil béant jailliront les feux

Follets, prisonniers dans les pauvres têtes....

Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes

Foisonneront plein ton rire terreux....

Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes....

Ne fais pas le lourd; cercueils de poètes

Pour les croque-morts sont de simples jeux,

Boîtes à violon qui sonnent le creux....

Ils te croiront mort--Les bourgeois sont bêtes--

Va vite, léger peigneur de comètes!</i>

<i>MALE-FLEURETTE</i>

<i> Ici reviendra la fleurette blême

Dont les renouveaux sont toujours passés....

Dans les coeurs ouverts, sur les os tassés,

Une folle brise, un beau jour, la sème....

On crache dessus; on l'imite même,

Pour en effrayer les gens très-sensés....

Ici reviendra la fleurette blême.

--Oh! ne craignez pas son humble anathème

Pour vos ventres mûrs, Cucurbitacés!

Elle connaît bien tous ses trépassés!

Et, quand elle tue, elle sait qu'on l'aime....

--C'est la male-fleur, la fleur de bohème.--

Ici reviendra la fleurette blême</i>.

* * * * *

<i>A MARCELLE</i>

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Les amours jaunes · 第 13 / 16 题