<i>Réglons notre papier et formons bien nos lettres</i>:
Vers filés à la main et d'un pied uniforme,
Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton;
Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme....
Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.
Sur le <i>railway</i> du Pinde est la ligne, la forme;
Aux fils du télégraphe:--on en suit quatre, en long;
A chaque pieu, la rime--exemple: <i>chloroforme</i>,
--Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.
--Télégramme sacré--20 mots.--Vite à mon aide....
(Sonnet--c'est un sonnet--) ô Muse d'Archimède!
--La preuve d'un sonnet est par l'addition:
--Je pose 4 et 4 = 8! Alors je procède,
En posant 3 et 3!--Tenons Pégase raide:
«O lyre! O délire! O....»--Sonnet--Attention!
<i>Pic de la Maladetta.--Août</i>.
<i>SONNET A SIR BOB</i>
<i>Chien de femme légère, braque anglais pur sang</i>.
Beau chien, quand je te vois caresser ta maîtresse,
Je grogne malgré moi--pourquoi?--Tu n'en sais rien.
--Ah! c'est que moi--vois-tu--jamais je ne caresse,
Je n'ai pas de maîtresse, et ... ne suis pas beau chien.
--<i>Bob! Bob!</i>--Oh! le fier nom à hurler d'allégresse!...
Si je m'appelais <i>Bob</i>.... Elle dit Bob si bien!...
Mais moi je ne suis pas <i>pur sang</i>.--Par maladresse,
On m'a fait <i>braque</i> aussi ... mâtiné de chrétien.
--O Bob! nous changerons, à la métempsycose:
Prends mon sonnet, moi ta sonnette à faveur rose;
Toi ma peau, moi ton poil--avec puces ou non....
Et je serai <i>sir Bob</i>--Son seul amour fidèle!
Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle!...
Et j'aurai le collier portant Son petit nom.
<i>Britisch channel.--5 may</i>.
<i>STEAM-BOAT
A une passagère</i>.
En fumée elle est donc chassée
L'éternité, la traversée
Qui fit de Vous ma soeur d'un jour,
Ma soeur d'amour!...
Là-bas: cette mer incolore
Où ce qui fut Toi flotte encore.
Ici: la terre, ton écueil.
Tertre de deuil!
On t'espère là.... Va légère!
Qui te bercera, Passagère....
O passagère mon coeur,
Ton remorqueur!...
Quel ménélas, sur son rivage,
Fait le pied?...--Va, j'ai ton sillage....
J'ai,--quand il est là voir venir,--
Ton souvenir!
Il n'aura pas, lui, ma Peureuse,
Les sauts de ta gorge houleuse!...
Tes sourcils salés de poudrain
Pendant un grain!
Il ne t'aura pas: effrontée!
Par tes cheveux au vent fouettée!...
Ni, durant les longs quarts de nuit,
Ton doux ennui....
Ni ma poésie où:--<i>Posée,
Tu seras la mouette blessée,
Et moi le flot qu'elle rasa</i> ...
Et coetera.
--Le large, bête sans limite,
Me paraîtra bien grand, Petite,
Sans Toi!... Rien n'est plus l'horizon
Qu'une cloison.
Qu'elle va me sembler étroite!
Tout seul, la boîte à deux!... la boîte
Où nous n'avions qu'un oreiller
Pour sommeiller.
Déjà le soleil se fait sombre
Qui ne balance plus ton ombre,
Et la houle a fait un grand pli....
--Comme l'oubli!--
Ainsi déchantait sa fortune,
En vigie, au sec, dans la hune.
Par un soir frais, vers le matin,
Un pilotin.
<i>10' long. O.</i>
<i>40' lat. N.</i>
<i>PUDENTIANE</i>
Attouchez, sans toucher. On est dévotieuse,
<i>Ni ne retient à son escient</i>.
Mais On pâme d'horreur d'être: <i>luxurieuse
De corps et de consentement</i>!...
<i>Et de chair</i> ... de cette oeuvre On est fort curieuse.
<i>Sauf le vendredi--seulement</i>:
Le confesseur est maigre ... et l'extase pieuse
En fait: <i>carême entièrement</i>.
... Une autre se donne.--Ici l'On se damne--
C'est un tabernacle--ouvert--qu'on profane.
Bénitier où le serpent est caché!
Que l'Amour, ailleurs, comme un coq se chante....
CI-GIT! La <i>pudeur-d'-attentat</i> le hante....
C'est la Pomme (cuite) en fleur de pêché.
(<i>Rome.--40 ans.--16 août</i>.)
<i>APRÈS LA PLUIE</i>
J'aime la petite pluie
Qui s'essuie
D'un torchon de bleu troué!
J'aime l'amour et la brise,
Quand ça frise ...
Et pas quand c'est secoué.
--Comme un parapluie en flèches,
Tu te sèches,
O grand soleil! grand ouvert....
A bientôt l'ombrelle verte
Grand' ouverte!
Du printemps--été d'hiver.--
La passion c'est l'averse
Qui traverse!
Mais la femme n'est qu'un grain:
Grain de beauté, de folie
Ou de pluie....
Grain d'orage--ou de serein.--
Dans un clair rayon de boue,
Fait la roue,
La roue à grand appareil,
--Plume et queue--une Cocotte
Qui barbotte;
Vrai déjeuner de soleil!
--«Anne! ou qui que tu sois, chère ...
Ou pas chère,
Dont on fait, à l'oeil, les yeux....
Hum ... Zoé! Nadjejda! Jane!
Vois: je flâne,
Doublé d'or comme les cieux!»
«<i>English spoken</i>?--Espagnole?...
Batignolle?...
Arbore le pavillon
Qui couvre ta marchandise,
O marquise
D'Amaëgur!... Frétillon!...»
«Nom de singe ou nom d'Archange?
Ou mélange?...
Petit nom à huit ressorts?
Nom qui ronfle, ou nom qui chante:
Nom d'amante?...
Ou nom à coucher dehors?...
Veux-tu, d'une amour fidelle,
Éternelle!
Nous adorer pour ce soir?...
Pour tes deux petites bottes
Que tu crottes,
Prends mon coeur et le trottoir!»
«N'es-tu pas doña Sabine?
Carabine?...
Dis: veux-tu le paradis
De l'Odéon?--traversée
Insensée!...
On emporte des radis.»--
C'est alors que se dégaine
La rengaine:
--«Vous vous trompez.... Quel émoi!...
Laissez-moi ... je suis honnête....»
--Pas si bête!
--Pour qui me prends-tu?--Pour moi!...»
«... Prendrais-tu pas quelque chose
Qu'on arrose
Avec n'importe quoi ... du
Jus de perles dans des coupes
D'or?... Tu coupes!...
Mais moi? Mina, me prends-tu?»
--«Pourquoi pas: ça va sans dire!»--
«--O sourire!...
Moi, par dessus le marché!...
Hermosa, tu m'as l'air franche
De la hanche!
Un cuistre en serait fâché!»
--«Mais je me nomme Aloïse....»
«Héloïse!
Veux-tu, pour l'amour de l'art,
--Abeilard avant la lettre--
Me permettre
D'être un peu ton Abeilard?»
* * * * *
Et, comme un grain blanc qui crève,
Le doux rêve
S'est couché là, sans point noir....
Donne à ma lèvre apaisée,
«La rosée
D'un baiser-levant--Bonsoir»--
«C'est le chant de l'alouette,
Juliette!
Et c'est le chant du dindon....
Je te fais, comme l'aurore
Qui te dore,
Un rond d'or sur l'édredon.»
<i>A UNE ROSE</i>
Rose, rose-d'amour vannée,
Jamais fanée.
Le rouge-fin est ta couleur,
O fausse-fleur!
Feuille où pondent les journalistes
Un fait-divers,
Papier-Joseph, croquis d'artistes:
--Chiffres ou vers--
Coeur de parfum, montant arôme
Qui nous embaume ...
Et ferait même avec succès,
Après décès;
Grise l'amour de ton haleine,
Vapeur malsaine,
Vent de pastille-du-sérail,
Hanté par l'ail!
Ton épingle, épine-postiche,
Chaque nuit fiche
Le hanneton-d'or, ton amant ...
Sensitive ouverte, arrosée
De fausses-perles de rosée,
En diamant!
Chaque jour palpite à la colle
De ta corolle
Un papillon-coquelicot,
Pur calicot.
Rose-thé!...--Dans le grog, peut-être!--
Tu dois renaître
Jaune, sous le fard du tampon,
Rose-pompon!
Vénus-Coton, née en pelotte,
Un soir-matin,
Parmi l'écume ... que culotte
Le clan rapin!
Rose-mousseuse, sur toi pousse
Souvent la mousse
De l'Ai..... Du BOCK plus souvent
--A 30 Cent.
--Un coup-de-soleil de la rampe!
Qui te retrempe;
Un coup de pouce à ton grand air
Sur fil-de-fer!...
Va, gommeuse et gommée, ô rose
De couperose,
Fleurir les faux-cols et les coeurs,
Gilets vainqueurs!
<i>A LA MÉMOIRE DE ZULMA