Un jour de printemps, les rayons du soleil de mai entraient avec les
senteurs des jardins et des prés par la fenêtre ouverte de sa classe,
au rez-de-chaussée; la séve rajeunie de la saison circulait dans nos
veines comme dans les plantes; ces lueurs, ces odeurs, ces
bourdonnements d'insectes, ces parfums de la campagne apportés par les
bouffées du vent tiède appelaient toutes nos pensées au dehors.
Je ne sais quel vague ennui, phénomène ordinaire du printemps sur les
hommes sédentaires, se trahissait en nous par l'inattention, les
nonchalances d'attitude, les bâillements mal contenus sur les bancs de
bois de la salle. Le père Béquet lui-même, très-indulgent de sa
nature, semblait atteint comme nous de cette sorte de somnolence
générale; il nous lisait et nous commentait, sans goût et sans verve,
je ne sais quels vers ou quelle prose des livres classiques dont les
images et les pensées étaient aussi usées pour lui et pour nous que le
parchemin taché d'encre de nos livres d'étude.
Un autre livre broché en papier de couleur était fermé sous son bras,
entre son habit noir et son coude; on voyait qu'il y pensait malgré
lui; son regard, distrait de ses textes grecs et latins ouverts sur
le pupitre de sa chaire, se détournait involontairement et tombait
obliquement sur le livre pressé contre son coeur.
Nous-mêmes nous regardions avec curiosité ce livre, dont la couverture
inusitée excitait notre étonnement. Nous avions comme le pressentiment
ou comme l'attente de quelque chose d'extraordinaire contenu dans ce
mystérieux volume.