XIX

Un jour de printemps, les rayons du soleil de mai entraient avec les

senteurs des jardins et des prés par la fenêtre ouverte de sa classe,

au rez-de-chaussée; la séve rajeunie de la saison circulait dans nos

veines comme dans les plantes; ces lueurs, ces odeurs, ces

bourdonnements d'insectes, ces parfums de la campagne apportés par les

bouffées du vent tiède appelaient toutes nos pensées au dehors.

Je ne sais quel vague ennui, phénomène ordinaire du printemps sur les

hommes sédentaires, se trahissait en nous par l'inattention, les

nonchalances d'attitude, les bâillements mal contenus sur les bancs de

bois de la salle. Le père Béquet lui-même, très-indulgent de sa

nature, semblait atteint comme nous de cette sorte de somnolence

générale; il nous lisait et nous commentait, sans goût et sans verve,

je ne sais quels vers ou quelle prose des livres classiques dont les

images et les pensées étaient aussi usées pour lui et pour nous que le

parchemin taché d'encre de nos livres d'étude.

Un autre livre broché en papier de couleur était fermé sous son bras,

entre son habit noir et son coude; on voyait qu'il y pensait malgré

lui; son regard, distrait de ses textes grecs et latins ouverts sur

le pupitre de sa chaire, se détournait involontairement et tombait

obliquement sur le livre pressé contre son coeur.

Nous-mêmes nous regardions avec curiosité ce livre, dont la couverture

inusitée excitait notre étonnement. Nous avions comme le pressentiment

ou comme l'attente de quelque chose d'extraordinaire contenu dans ce

mystérieux volume.

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 192 / 237 题