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Ainsi se passait toute sa matinée jusqu'à l'heure où ce courtier des

misères prenait sa canne et son chapeau pour sortir.

Il s'en allait à pied, dans la poussière ou dans la boue, d'une

extrémité de Paris à l'autre: il présentait ses requêtes à toutes les

administrations, il quêtait pour le pauvre chez tous les riches, il

visitait dans tous les hôpitaux les malades pour lesquels il avait

obtenu un lit; puis, quand il lui restait un peu de marge de sa

journée, après ces sacrés devoirs accomplis, il venait s'asseoir et

causer au coin de mon foyer ou au chevet de mon lit avec la quiétude

d'une conscience qui a la satisfaction de sa journée sur le coeur.

Et cette vie il ne la dévouait plus à aucune vaine et secrète

popularité; il la dévouait véritablement et uniquement à Dieu et aux

hommes: on le voyait au recueillement respectueux de sa physionomie et

au timbre ému de sa voix quand la conversation déviait vers les choses

éternelles. Sa piété philosophique croissait en lui avec les années

sérieuses de la vie. Ses oeuvres n'étaient pas seulement des instincts

satisfaits, ses oeuvres étaient ses prières. Une des femmes qui le

servaient dans ses derniers mois raconte qu'elle le surprit

quelquefois agenouillé dans sa chambre, les mains jointes sur le bord

du lit, comme l'enfant qui se souvient des attitudes de sa mère. Il

avait trop de goût pour être impie; il avait trop d'âme pour être

sans conversation dans la langue des soupirs avec le pays des âmes.

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 158 / 237 题