_Les Enfants de la France_, à peu près de la même date, sont un cri
consolateur de patriotisme qui relève par la main de la poésie la
patrie de sa prostration d'un jour.
Reine du monde, ô France! ô ma patrie!
Soulève enfin ton front cicatrisé;
Sans qu'à tes yeux leur gloire en soit flétrie,
De tes enfants l'étendard s'est brisé....
De tes grandeurs tu sus te faire absoudre,
France, et ton nom triomphe des revers.
Tu peux tomber, mais c'est comme la foudre,
Qui se relève et gronde au haut des airs....
_Le Vieux Drapeau tricolore_ est la complainte héroïque du soldat
désarmé de la République et de l'Empire.
Il est caché sous l'humble paille
Où je dors pauvre et mutilé,
Lui qui, sûr de vaincre, a volé
Vingt ans de bataille en bataille!
Chargé de lauriers et de fleurs,
Il brilla sur l'Europe entière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
Ce drapeau payait à la France
Tout le sang qu'il nous a coûté;
Sur le sein de la Liberté
Nos fils jouaient avec sa lance.
Qu'il prouve encore aux oppresseurs
Combien la gloire est roturière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
Son aigle est resté dans la poudre,
Fatigué de lointains exploits.
Rendons-lui le coq des Gaulois:
Il sut aussi lancer la foudre.
La France, oubliant ses douleurs,
Le rebénira, libre et fière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
Las d'errer avec la Victoire,
Des lois il deviendra l'appui.
Chaque soldat fut, grâce à lui,
Citoyen aux bords de la Loire.
Seul il peut voiler nos malheurs:
Déployons-le sur la frontière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
Mais il est là, près de mes armes:
Un instant osons l'entrevoir.
Viens, mon drapeau! viens, mon espoir!
C'est à toi d'essuyer mes larmes.
D'un guerrier qui verse des pleurs
Le Ciel entendra la prière.
Oui, je secouerai la poussière
Qui ternit tes nobles couleurs!
Ici le refrain n'a rien de banal ou de pastiche, comme dans tant
d'autres de ses meilleures chansons. Il sort du sujet, il en fait
partie; sa répétition même lui donne de la force; c'est le cri de
guerre comprimé dans la poitrine du soldat, c'est le cri du peuple,
c'est la clameur du choeur antique qui semble répondre aux larmes du
vétéran. L'habileté du poëte d'opposition n'y est pas moins sensible
que dans les chansons précédentes; car, en face du drapeau blanc qui
règne par la paix, le cri de la gloire devient un cri séditieux.
Derrière le rideau il y a un tribun dans le soldat, dans le peuple,
dans le poëte.