Béatrice explique à son amant, à cette occasion, tant bien que mal,
l'équilibre des deux désirs dans le coeur des bienheureux.
Les chants suivants sont une série de définitions de casuistes plus
que de philosophes et de poëtes. Il y a là une charmante comparaison,
à propos des controverses du chrétien discutant sa soumission à
l'Église.
«Ne faites pas comme l'agneau qui abandonne la mamelle et le lait de
sa mère, en s'amusant, simple et folâtre, à jouter lui-même avec
elle!»
Un chant tout entier est consacré à un récit des destinées politiques
de l'Italie et à la gloire de Justinien;
Un autre à expliquer le mystère de Dieu sacrifiant son fils innocent
représentant d'une nature coupable. Le poëte s'y perd dans la
métaphysique la plus subtile et la moins poétique. Cypris et Cupidon
reparaissent dans la planète Vénus, qui inspire le fol amour. Béatrice
y est revêtue par cette influence d'un surcroît de beauté. Des lueurs
s'y meuvent en rond. Ce sont les esprits habitants du troisième ciel;
il faudrait une clef historique à chaque nom pour comprendre ce que
ces esprits disent au Dante. Des soleils y chantent, des roues y
argumentent, les chefs des ordres monastiques y défilent devant le
poëte; le pape et les cardinaux y sont injuriés comme des déserteurs
de cette crèche de Nazareth où l'ange de Dieu replia ses ailes. Saint
Thomas d'Aquin, saint François d'Assise, saint Dominique y sont
exaltés en vers, pleins d'allusions toutes claustrales. On entre
ensuite dans les véritables ténèbres palpables du poëme. On s'y
éblouit de nuit en y regardant. Dante y fait parler tantôt saint
Thomas, tantôt Béatrice. On ne croirait pas à ces fantasmagories du
ciel scolastique si je les traduisais ici.
«Celui-ci,» dit une des lueurs, «est _un_, _deux_ et _trois_, qui
toujours vit et règne en _trois_ et _deux_ et _un_ non circonscrit,
mais tout circonscrivant.
«Bénis sois-tu, _toi trin_ et _un_, qui dans ma semence fus si
généreux!--Tu crois que ta pensée vient à moi de celui qui est le
premier, comme de l'_un_, si on le sait, procède le _cinq_ et le
_six_!»
Voilà sur quoi s'extasient les fanatiques déchiffreurs de ces quinze
chants d'hiéroglyphes!