Ici l'allégorie toujours froide et confuse de la foi représentée par
une femme et de la vertu représentée par l'amour recommence. Béatrice
passe son bras d'amante autour du cou de son amant; elle lui plonge la
tête dans les eaux purifiantes du ruisseau. Le ruisseau représente
sans doute la _grâce_. Puis elle l'introduit dans la société de quatre
belles femmes qui chantent: «_Ici nous sommes nymphes, et dans le ciel
nous sommes étoiles. Avant que Béatrice fût descendue du ciel, nous
lui fûmes données pour suivantes._
«Tourne, ô Béatrice, tourne les yeux vers ton fidèle, qui, pour te
revoir, a fait tant de pas! Accorde-nous, par grâce, de dévoiler
devant ses yeux ta bouche, afin qu'il contemple la seconde beauté que
tu lui dérobes encore!»
Un griffon, un char où montent avec le griffon ces nymphes, un arbre
qui mue ses feuilles, un aigle qui sème ses plumes sur le char, un
dragon qui en sort et qui y replonge sa queue, sept têtes qui sortent
ensuite du timon et des quatre coins du char, un géant qui embrasse
une courtisane impudique dont je n'ose traduire ici le nom obscène, un
vaisseau brisé par un serpent, des naïades qui trouvent le mot des
énigmes, les _sept nymphes à l'extrémité d'une ombre pâle_, des
dialogues prophétiques et inintelligibles entre Béatrice et son amant,
une eau salutaire bue à grands flots par le Dante et par Virgile et
Stace, ces guides, sont les dernières visions du poëme.
«Mais parce que mon papier est plein,» dit le poëte, «que j'avais
destiné à ce second cantique, le frein de l'art m'interdit de le
continuer plus longtemps. Je me sens pur et disposé à monter
jusqu'aux étoiles.»
Voilà le poëme du _Purgatoire_, plein d'allégories glaciales,
d'allusions obscures, d'inventions étranges, de rencontres touchantes,
de vers surhumains.
Montons avec le Dante au Paradis, où les fortes ailes de son génie
étaient faites pour le porter sur des imaginations plus sensées.