XVII

Après plusieurs autres chants où le poëte, de plus en plus

inintelligible, fatigue le lecteur de ses innombrables rencontres avec

des personnages plus ou moins inconnus de la Bible, de la fable ou de

l'histoire florentine, il se ressouvient enfin de _Béatrice_, qui

semble représenter pour lui l'amour et la foi.

«Mon fils,» lui dit Virgile, «entre ta Béatrice et toi il n'y a plus

de mur.»

«De même qu'au nom de sa chère Thisbé Pyrame prêt à mourir rouvrit sa

paupière et la regarda à l'heure où le mûrier devint vermeil, ainsi,

ma sécheresse s'amollissant tout à coup, je me tournai vers le sage

guide en entendant le nom qui me reverdit éternellement dans la

mémoire!»

Une scène, d'autant plus ravissante qu'elle est plus rare dans ce

poëme, est décrite ici par le Dante en vers empruntés aux églogues de

son maître.

«Les trois sages s'étendent pour dormir au coucher du soleil sur les

gradins de la montagne.

«Telles que les chèvres, indociles et vagabondes avant d'avoir brouté

sur les cimes, deviennent apprivoisées et paisibles en ruminant leur

nourriture,--et se rangent silencieuses à l'ombre pendant que le

soleil darde ses rayons, sous la garde du berger debout, qui s'accoude

sur sa houlette, et qui veille à leur sûreté, et tel que le pasteur,

qui couche en plein air, immobile, passe la nuit auprès de son

troupeau, attentif à ce que la bête féroce ne vienne pas le

disperser;--tels nous étions tous les trois en ce moment, moi comme la

chèvre, eux comme les bergers rangés de ci et de là sous la

caverne.--On voyait de là peu de chose du dehors; mais par ce peu

d'espace je voyais les étoiles plus scintillantes et plus grandes qu'à

l'ordinaire. Ainsi rêvant et regardant, le sommeil me prit, le sommeil

qui souvent, avant que les choses soient, sait les choses qui vont

être!»

Il s'endort, un songe le visite.

«Il me sembla, dit-il, voir en songe une femme jeune et belle aller et

venir dans une lande en cueillant des fleurs et en chantant. Elle

disait:

«Que ceux qui me demanderont mon nom sachent que je suis _Lia_, et

j'égare çà et là mes belles mains dans l'herbe pour me faire une

guirlande;--pour que mon miroir me présente une image qui me charme

ici, je me pare.--Mais ma soeur Rachel, elle, ne s'éloigne jamais du

miroir, et tout le jour elle y reste assise;--elle se complaît

délicieusement à contempler ses beaux yeux, comme moi à m'embellir

avec mes mains. Voir est son bonheur, agir est le mien.»

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 50 / 237 题