Poëte, prends ton luth; le vin de la jeunesse
Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet, la volupté l'oppresse,
Et les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu.
Ô paresseux enfant, regarde, je suis belle.
Notre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas,
Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras?
Ah! je t'ai consolé d'une amère souffrance!
Hélas! bien jeune encor, tu te mourais d'amour.
Console-moi ce soir, je me meurs d'espérance;
J'ai besoin de prier pour vivre jusqu'au jour.
De tels vers ne se font pas avec une plume et de l'encre, mais avec
la moelle de son coeur et le doigt du dieu de l'inspiration!
Il continue et il s'interroge lui-même en vers ailés sur les
différents sujets de chant qui s'offrent dans ce temps-ci à sa lyre?
Cela rappelle un chant de moi, les _Préludes_, mais cela est mille
fois plus vagabond et plus emporté d'imagination; le disciple
dépassait de bien loin le maître. Gilbert lui-même, dans ses satires,
n'a pas de morsures plus saignantes contre ses ennemis.
Clouerons-nous au poteau d'une satire altière
Le nom sept fois vendu d'un pâle pamphlétaire,
Qui, poussé par la faim, du fond de son oubli,
S'en vient tout grelottant d'envie et d'impuissance,
Sur le front du génie insulter l'espérance,
Et mordre le laurier que son souffle a sali?
Prends ton luth! prends ton luth! Je ne peux plus me taire.
Mon aile me soulève au souffle du printemps.
Le vent va m'emporter; je vais quitter la terre.
Une larme de toi! Dieu m'écoute; il est temps.
Quels vers modernes, même ceux de Byron le premier des modernes,
égalent ceux qui éclatent à la fin de cette nuit de mai?