TOUS VONT DÉCAMPER

(Air: _Les Pioupious d'Auvergne_.)

Depuis longtemps la Chambre

Ne fait que dormir,

De janvier à décembre:

Il faut en finir!...

Paris, la province

Demandent promptement

Que l'on vous évince

Tous du Parlement!

(_Au refrain_.)

Les cinq cents rois fainéants de la Chambre

Vont tous décamper,

Grâce à Boulanger!

Mais ce n'est pas le coup du Deux-Décembre,

La dissolution

Fera passer la revision!

On verra la France,

Au premier signal,

Donner sa confiance

Au brav' général.

Tous, comme un seul homme,

Tous iront voter

Et l'on verra comme

On aim' Boulanger!

(_Au refrain_.)

Boulanger, le maître

D'une majorité,

Bientôt fera naître

La prospérité!

Alors notre France,

Vivant dans la paix,

Reprendra confiance,

Heureuse désormais!

(_Au refrain_.)

Il y a aussi la _Marseillaise boulangiste_ qui appelle au vote:

Aux urnes, citoyens!

Échappons au danger!

Votons,

Votons,

Sur un seul nom!

Votons pour Boulanger!

Mais, à côté de ces chansons politiques et électorales, il en est

également qui parlent au sentiment, comme si elles s'adressaient à nous

autres, femmes! Tel: l'_Œillet patriotique_, précédé d'une vignette qui

encadre le portrait du général d'une branche d'œillets rouges:

(Air: _Les Pioupious d'Auvergne_.)

Quand le ciel se dore,

D'avril à juillet,

Aux feux de l'aurore,

Resplendit l'œillet!...

Ô fleur d'espérance,

Chante avec fierté

Le peuple de France

Et la liberté! (_Au refrain._)

Acclamons tous l'œillet patriotique,

L'œillet parfumé

Qui fleurit en mai;

Qu'il soit l'emblème de la République

Et tout palpitants

Chantons cette fleur du printemps.

Aux champs de l'histoire

Pour un front guerrier,

L'emblème de gloire

Sera le laurier!

Laisse-lui son rôle,

Œillet si vanté!

Sois le grand symbole

De fraternité!

Pauvre fleur du printemps! C'est un jour printanier qui t'aura été

fatal, ce premier lundi d'avril...

* * *

160.--_Dimanche 22 septembre_.

Ce matin, quelle surprise! Le facteur m'apporte cette lettre recommandée

de Mme Marguerite:

«Vendredi.

»Ma bonne Meunière, je vous envoie cette lettre recommandée et par

Paris... Elle vous arrivera donc sûrement. Arrivez-nous, venez-nous

faire une petite visite de deux ou trois jours. Vous aurez cette lettre

dimanche matin. Partez lundi soir par le train de 9 heures à Clermont,

pour arriver à Paris à 5 h. 5 du matin, gare de Lyon. Là, vous prenez un

fiacre, c'est-à-dire une voiture, et vous vous faites conduire à la gare

du Nord. Le train pour Londres part à 11 heures du matin (onze heures);

vous aurez donc quelques heures à attendre. Vous en profiterez pour vous

reposer et déjeuner. Vous prendrez un billet pour Londres, aller et

retour, par _Calais_ et _Douvres_. C'est à Calais que vous prenez le

bateau; vous débarquez à Douvres et là vous prenez le train pour

Londres, gare de _Charing-Cross_. Bien entendu, votre billet pris à

Paris, vous n'avez plus rien à renouveler jusqu'à Londres. À la gare de

Londres, où vous arriverez mardi vers 7 heures 1/2 du soir, vous

trouverez un domestique à votre rencontre qui aura à la boutonnière un

œillet rouge. Je vous recommande le plus profond silence; ne dire à

personne où vous allez; ne prononcer jamais ni le nom du général ni le

mien; de tenir le but de votre voyage absolument caché. Au domestique

qui ira vous chercher à la gare, vous direz tout simplement que vous

êtes Mme Quinton, pas un mot de plus, quoi qu'il vous dise et vous

demande. Il vous conduira ici. Votre chambre sera prête. Dès cette

lettre reçue, c'est-à-dire dimanche, écrivez-moi ici directement de

cette manière-là: la première enveloppe à l'adresse de:

_Madame Abadie,_

_51, Portland-Place, Londres, Angleterre._

»Je l'écris de nouveau:

_Madame Abadie, 51, Porland-Place, Londres_.

»Dans une autre enveloppe, vous mettrez:

_Pour Madame de B..._

»Est-ce bien compris?

»Puis, à Paris, en attendant le train de Londres, vous aurez à envoyer,

toujours au nom de Mme Abadie, une dépêche avec ces mots: «_Suis en

route_.» Inutile de la signer... Surtout, ayez bien le soin de cacheter

l'enveloppe qui contiendra votre lettre: il est inutile que la personne

à qui vous l'adressez la lise.

»C'est donc convenu: vous nous arriverez mardi, très bien portante, et,

je n'en doute pas, heureuse de nous revoir. À mardi, donc. Je vous

embrasse.

»Il faut que vous descendiez à Londres, à la gare de Charing-Cross. À

Londres, il y a plusieurs gares: Charing-Cross est la seconde gare où le

train s'arrête dans Londres.»

Rien ne pouvait me surprendre ni me troubler davantage que cet ordre de

départ subit. Aller dès demain à Londres, moi qui ne suis encore sortie

de mon Royat que deux fois en tout, sans voyager plus loin que Paris!

Quitter ainsi à l'improviste ma maison, mes affaires, et tous les miens

que ce départ va plonger dans un véritable désespoir!

N'importe! Y aurait-il obstacle sur obstacle, rien ne m'empêchera

d'accomplir ce qu'ils m'ont demandé, en février, dans leurs dernières

paroles d'adieu: «d'accourir auprès d'eux dès qu'ils auraient besoin de

moi!»

Le Journal de la Belle Meunière Le Général Boulanger et son amie; souvenirs vécus · 第 109 / 146 题