Dans Rousseau, il y a une théorie assez complète de «l’armée nationale».
Tout citoyen soldat et tout soldat citoyen, comme dans les cantons
suisses. «Ce n’est qu’avec des troupes réglées (armées permanentes où le
militarisme est un métier) que la puissance exécutrice peut asservir
l’État.»--«Les troupes réglées, peste et dépopulation de l’Europe, ne
sont bonnes qu’à deux fins: ou pour attaquer et conquérir les voisins ou
pour enchaîner et asservir les citoyens.» Ce qu’il faut donc, c’est la
nation armée et exercée. «Tout citoyen doit l’être par devoir, nul ne
doit l’être par métier.» C’était le système militaire des Romains; c’est
celui des Suisses; il doit être celui de tout peuple libre et qui veut
rester tel. Une armée-milice où tous les citoyens serviraient et chacun
«un an seulement» et où, dans le choix des officiers, «on aurait égard
non au rang, au crédit et à la fortune, mais uniquement à l’expérience
et aux talents», serait une armée excellente, sinon pour l’offensive, du
moins pour la défensive.
Les détails où entre ensuite Rousseau sont particuliers à la Pologne, à
qui il parle, et n’ont pas d’intérêt général.