I
Montesquieu ne s’est jamais occupé de questions d’éducation dans un
grand détail, non plus, du reste, que Voltaire. Il se contente de dire
que dans les monarchies toute l’éducation tend à développer le sentiment
de l’honneur et y doit tendre et que cette culture amène «à mettre dans
les vertus une certaine noblesse, dans les mœurs une certaine franchise,
dans les manières une certaine politesse»;--que dans les États
despotiques l’éducation tend à entretenir une profonde ignorance; car
«l’extrême obéissance suppose de l’ignorance chez celui qui obéit et
aussi chez celui qui commande: il n’a pas à délibérer, à douter, à
raisonner; il n’a qu’à vouloir» et par conséquent dans ces sortes d’État
«l’éducation est nulle»;--enfin que dans le gouvernement républicain on
a besoin de toute la puissance de l’éducation, puisque ce gouvernement
est fondé sur la «vertu politique», puisque cette vertu est «l’amour des
lois et de la patrie», puisque cette vertu est un «renoncement à
soi-même» et puisque cette vertu ne peut naître que d’une éducation
attentive à l’inspirer sans cesse; et il va sans dire qu’elle sera
inspirée beaucoup plus par l’exemple des pères que par n’importe quel
enseignement; car «on est maître de donner à ses enfants ses
connaissances; mais on l’est encore plus de leur donner ses passions».