Voltaire ne s’est même pas posé la question de décentralisation
politique. Pour lui, monarchiste fervent, le roi doit avoir tous les
pouvoirs, et, particulièrement en France, un des vices de la
constitution est qu’il n’en a pas assez, comme nous verrons qu’il
l’affirme quand nous nous occuperons du pouvoir judiciaire et des
Églises.--Pour ce qui est de la centralisation législative, un des
honneurs de Voltaire est de l’avoir réclamée avec insistance pendant
trente ans, ne pouvant souffrir que la France fût gouvernée et surtout
jugée selon trente coutumes différentes, ce qui était la cause
d’inextricables difficultés et une des causes de la misère publique.
Pour ce qui est de l’administration, ce n’est pas précisément une
centralisation que demande Voltaire, c’est une simplification. Il
voudrait, et avec raison, que les provinces ne fussent gouvernées que
par les intendants et non partie par les intendants, partie par les
gouverneurs, sans compter le reste.
Quant à la participation des populations à l’administration de leurs
provinces, États provinciaux, conseils généraux, conseils municipaux,
Voltaire ne s’est jamais occupé de cette question. Il est à croire que
ces «corps intermédiaires» ne lui auraient pas plu le moins du monde,
comme limitant l’autorité royale, qu’il ne trouve jamais assez étendue;
mais enfin il n’a jamais eu l’occasion, n’ayant jamais habité un «pays
d’États», de s’expliquer là-dessus[8]. En résumé, il est énergiquement
centralisateur, et--étant donnés les objets auxquels il applique ses
idées centralisatrices, unification de la loi, administration
judiciaire, administration financière,--il se trouve qu’il a raison.
[8] Il a pourtant dit une fois en passant: «Le gouvernement municipal,
qui est le meilleur parce qu’il est le plus naturel.» (_Histoire du
Parlement de Paris_; avant-propos.)