Je voudrais étudier les différentes questions politiques qui nous
préoccupent, qui nous divisent et qui nous ruinent depuis cent vingt
ans, ou du moins les plus importantes, dans les trois hommes les plus
considérables du XVIIIe siècle. Que leur influence ait été grande sur la
Révolution, c’est ce qui a été incontestable, c’est ce qui a été très
contesté et c’est ce qu’en définitive je ne crois pas. Mais elle l’a été
sur tout le XIXe siècle d’une manière éclatante, et c’est comme à la
lumière de leurs écrits qu’on a interprété de différentes façons la
Révolution française et qu’on a décidé, en différents sens, de la
manière dont on devait la continuer. Une étude diligente de leurs idées,
continuellement comparées entre elles, a donc peut-être quelque intérêt.
Je dis continuellement comparées entre elles. Ce qui suit n’est pas une
étude sur Montesquieu, suivie d’une étude sur Rousseau à laquelle
s’ajoute une étude sur Voltaire. C’est une manière de cours de
politique, incomplet à la vérité, dans lequel, sur chaque question, je
demande son avis successivement à Montesquieu, à Rousseau et à Voltaire.
Je suis cet ordre, parce que Montesquieu est le premier en date, et
parce que Voltaire s’est occupé de politique quand depuis longtemps
Rousseau ne s’en occupait plus.
Comme il est naturel d’après ce qui précède, il y aura sans doute plus
de Voltaire, de Montesquieu et de Rousseau que de moi dans ce qui suit.
Je ne saurais que m’en féliciter. Il y a quelque chance pour que le
meilleur de mes ouvrages soit celui où il y aura le moins de mon cru.