Lundi

--Écoute un peu, dit Ole Ferme-l'oeil le soir lorsqu'il eut mis Hjalmar

au lit, maintenant je vais décorer ta chambre. Et voilà que toutes les

fleurs en pots devinrent de grands arbres étendant leurs branches

jusqu'au plafond et le long des murs, de sorte que la pièce avait l'air

d'une jolie tonnelle. Toutes les branches étaient couvertes de fleurs

chacune plus belle qu'une rose embaumant délicieusement, et s'il vous

prenait envie de la manger, elle était plus sucrée que de la confiture.

Les fruits brillaient comme de l'or et il y avait aussi des petits pains

mollets, bourrés de raisins, c'était merveilleux. Mais tout à coup, des

gémissements lamentables se firent entendre dans le tiroir de la table

où Hjalmar rangeait ses livres de classe.

--Qu'est-ce que c'est? dit Ole.

Il alla vers la table, ouvrit le tiroir. C'était l'ardoise qui se

trouvait mal parce qu'un chiffre faux s'était introduit dans le calcul,

le crayon d'ardoise sautait et s'agitait au bout de sa ficelle comme

s'il était un petit chien, il aurait voulu corriger le calcul mais il

n'y arrivait pas. Et puis il y avait le cahier d'écriture de Hjalmar, il

se lamentait en dedans que ça faisait mal de l'entendre! Sur chaque

page il y avait des lettres majuscules modèles, chacune avec une petite

lettre à côté d'elle formant une rangée modèle du haut en bas, et à côté

de celles-là, il y en avait qui croyaient être semblables aux modèles,

c'étaient celles que Hjalmar avait écrites, celles-là allaient tout de

travers comme si elles avaient trébuché sur le trait de crayon où elles

auraient dû se poser.

--Regardez! Voilà comment il faut vous tenir, disait le modèle, comme

ça, à côté de moi, d'un seul trait.

--Oh! nous voudrions bien, disaient les lettres de Hjalmar, mais nous

n'y arrivons pas, nous sommes très malades.

--Alors, il faut vous purger, disait Ole Ferme-l'oeil.

--Oh! non, non, criaient-elles.

Et les voilà debout toutes droites que c'en était un plaisir de les

voir.

--Mais maintenant nous n'allons pas raconter d'histoire, dit Ole

Ferme-l'oeil. Il faut que je leur fasse faire l'exercice!

Un deux, un deux! il fit faire l'exercice aux lettres. Elles se

tenaient aussi droites, étaient aussi bien constituées que n'importe

quel modèle, mais une fois Ole Ferme-l'oeil parti, quand Hjalmar alla

les voir, elles étaient aussi lamentables qu'auparavant.

Contes merveilleux, Tome I · 第 38 / 45 题