PROTESTATION CONTRE LE PROJET DE PRÉCIPITER LA DISCUSSION.

(_Presented early in May._)

Permettez, Monseigneur, que je proteste ici contre un tel projet, s’il

existe, et que je consigne entre vos mains ma protestation. Saisir ainsi,

irrégulièrement et violemment, le Concile de cette question, c’est

absolument impossible.

Cette discussion immédiate de l’Infaillibilité Pontificale, avant toutes

les autres questions qui la doivent nécessairement précéder, ce

renversement de l’ordre et de la marche régulière du Concile, cette

précipitation passionnée dans l’affaire la plus délicate, et qui par sa

nature et ses difficultés, exige le plus de maturité et de calme, tout

cela serait non seulement illogique et absurde, inconcevable, mais encore

trahirait trop ouvertement aux yeux du monde entier, chez ceux qui

imaginent de tels procédés, le dessein de peser sur le Concile, et pour

dire le vrai mot, serait absolument contraire à la liberté des évêques.

Comment une telle question, sous-introduite tout à coup dans un chapitre

annexé à un grand _Schema_, le dessein de ceux qui nous ont été soumis,

passerait avant tous les schemata déjà étudiés, avant toutes les autres

questions déjà discutées, et non encore résolues par le Concile.

Des questions fondamentales, essentiellement préliminaires à toutes les

autres; Dieu, sa personnalité, sa providence, Jésus-Christ, sa divinité,

sa redemption, sa grâce, l’Église, on laisserait tout celà de coté pour se

précipiter sur cette question, dont nous n’avions entendu parler avant le

Concile presque qu’à des Journalistes, dont la bulle de convocation ne

parlait pas, dont le _Schema_ sur l’Église lui-même ne disait pas un seul

mot.

Et l’examen de cette nouvelle question, si compliquée, cette discussion,

si nécessaire, cette définition si grave, tout cela se ferait à la hâte,

violemment, au pied levé. On ne nous laisserait ni le temps ni la liberté

d’étudier un point si important de doctrine avec gravité et à fond, comme

il doit l’être. Car aucun évêque ne peut, sans blesser gravement sa

conscience, déclarer de foi, sous peine de damnation éternelle, un point

de doctrine de la révélation duquel il n’est pas absolument certain. Ce

serait, Monseigneur, dans le monde entier, une stupeur et un scandale. Ce

serait de plus autoriser trop manifestement les calomnies de ceux qui

disent que dans la convocation du Concile, il y a eu une arrière pensée,

et que cette question qui n’était pas l’objet du Concile, au fond devait

être tout le Concile. Ceux qui poussent à de tels excès oublient

clairement toute prudence: il y a un bon sens et une bonne foi publique

qu’on ne blesse pas impunément.

Sans doute on peut passer par dessus toutes les recriminations des ennemis

de l’Église; mais il y a des difficultés avec lesquelles il faut

nécessairement compter. Eh bien! Éminence, si les choses venaient à se

passer de la sorte, je le dis avec toute la conviction de mon âme, il y

aurait lieu de craindre que des doutes graves ne s’élèvent touchant la

vérité même et la liberté de ce Concile du Vatican.

Que les choses se passent ainsi, on le peut, si on le veut: on peut tout,

contre la raison et le droit, avec la force du nombre.

Mais c’est lendemain, Éminence, que commenceraient pour vous et pour

l’Église les difficultés.

Par un procédé aussi contraire à l’ordre régulier des choses, à la marche

essentielle des assemblées d’évêques qui ont été de vrais Conciles, vous

susciteriez incontestablement une lutte dans l’Église et les consciences

sur la question de l’issue œcuménique de notre assemblée: c’est à dire,

tout ce qu’on peut imaginer aujourd’hui de plus désastreux.

Ceux qui essayent d’engager le Pape dans cette voie, en l’abusant et le

trompant, sont bien coupables. Mais je ne doute pas que la sagesse du

Saint-Père ne déjoue toutes ces menées.

Letters From Rome on the Council · 第 94 / 145 题