On sait à Rome que vous aviez l’intention de rédiger une note ou un
memorandum qui devrait être appuyé par les puissances.
Si vous agissez, vous serez appuyés. Ici les diplomates se plaignent de
votre inaction.
Mais il faut agir immédiatement, on veut introduire l’infaillibilité après
Pâques.
Vous ne pouvez rien faire par le M. de Banneville. Ses collègues ne le
comptent pour rien, sinon pour un obstacle.
Il ne faut pas vous mettre exclusivement sur le terrain des canons des
Ecclesia. On vous répondrait, soit en supprimant les Canons auxquels vous
vous opposez; soit en disant que cela ne vous touche pas, à cause du
concordat; soit, enfin, en les expliquant dans un sens qui vous paraîtra
satisfaisant, quitte à décréter après tous les Canons, tous les Syllabus
qu’ils voudront, et les plus formidables. Mais il y a un terrain où vous
êtes invincibles, et sur lequel les puissances vous suivent. C’est celui
de la liberté du Concile et du droit publique de l’Église, sous la
protection duquel vos évêques sont venus à Rome.
Cette liberté n’existe plus. Ce droit est violé sur un point que plus de
100 évêques ont déclaré de la dernière importance.
Leur protestation vous donne un point de départ et des arguments
invincibles.
Ces évêques déclarent que le Règlement est contraire à la loi de l’Église
sur le point décisif de la Majorité. Car ce droit, depuis Nicée jusqu’à
Trente, déclare que la règle indisputable et certaine pour les définitions
dogmatiques c’est l’unanimité morale, et non la majorité.
Un nombre immense de faits confirme leur protestation:
Les scènes de violence faites à Haynald et à Strossmayer.—Les Présidents
n’ont pas cherché à protéger leur droit et liberté de parole, tout au
contraire.
La précipitation de la discussion par les Présidents.
Le Schema de Fide, 4 chapitres, 20 pages, canons avec anathèmes, a été
distribué 24 heures seulement avant l’ouverture de la discussion, on a
voté sur 47 amendements en 5 quarts d’heure.
Le lendemain de là scène avec Strossmayer, on a lu un _Monitum_, non pas
pour admonéter les interrupteurs, mais pour recommander aux orateurs de se
presser, de peur qu’ils n’ennuyent l’assemblée, et n’en provoquent des
manifestations.
Ce _Monitum_ est une provocation aux interruptions. Quelquefois un évêque
est reçu avec des murmures avant de commencer.
Les demandes de la Minorité:
D’une salle où on puisse les entendre.
De bureaux, pour les discussions préliminaires, qui enverraient des
Commissaires à la Députation.
De la liberté d’imprimer leurs discours et mémoires pour les distribuer
parmi les pères.
Que les auteurs d’amendements puissent les expliquer et les défendre dans
la Commission, et puissent avoir le droit de répondre dans les
discussions.
D’un procès-verbal des séances.
Sur la majorité et l’unanimité.
Toutes ces demandes sont restées sans réponse et sans effet.
La pression exercée sur les Orientaux.
La scène faite au Patriarche Chaldéen.
L’emprisonnement intimé à l’Archévêque d’Antioche et au chef de sa
communauté.
L’arrestation et les coups donnés au prêtre, secrétaire de l’Arch. de
Diarbelair.
Les menaces aux Melchites, Maronites, et Chaldéens.
Le langage tenu par le pape lui même. Les cas de Montalembert et de
Falloux.
Les lettres du pape à Guéranger, Cabrières, etc., traitant les Évêques de
l’Opposition en ennemis.
Les allocutions publiques roulant presque toutes sur l’Infaillibilité.
Les cadeaux faits aux Vicaires Apostoliques en les priant de ne pas
l’abandonner.
Attitude de la presse approuvée par le Vatican, exploitant ces lettres, et
appelant les évêques à se retracter, en les dénonçant à leur clergé.
Même le journal officiel de Rome traitant la minorité d’alliés des
Franc-maçons. Après tout cela, il n’y a pas de liberté au Concile.
L’ambassadeur que vous enverrez en recevra des preuves péremptoires. Les
autres puissances sont déjà plus avancées que la France: la Prusse, la
Hongrie, même la Turquie.
A nom de l’ordre publique menacé par l’inévitable refus de reconnaître ce
Concile. Au nom de votre droit, ayant rendu possible la réunion du
Concile, de protéger la liberté de vos évêques.