MONSIEUR,

Vous me permettrez de croire que vous ne m’avez jamais plus connu, que

je n’ai l’honneur de vous connoitre: & si dans votre lettre du 12 Aout

vous n’aviez pas abuse de mon nom, je ne me verrois pas force d’entrer en

correspondence avec vous.

Vous pretendez que “dans l’ete de 1764, on fit des ouvertures en mon nom

a differens membres du parlement, portantes que j’etois pret a accuser

trois personnes, donc deux etoient pairs, et membres au conseil prive,

d’avoir vendu la paix a la France;” & vous paroissez fonder la dessus

l’evidence de l’accusation, que vous dites en avoir porte vous memes a

Milord Halifax.

Je vous declare en consequence ici Monsieur, que je n’ai jamais ni fait

faire aucune ouverture pareille, ni dans l’hiver, ni dans l’ete de 1764,

ni dans aucun tems. Je suis d’une part trop fidele au ministere que j’ai

rempli, et de l’autre trop zelateur de la verite.

J’avoue que vous ne dites pas que ce soit moi qui aie fait ces

propositions: Mais seulement qu’elles ont ete fait en mon nom,

specialement a M. le Chevalier George Yonge & a M. Fitzherbert.

Je vous assure ne connoitre aucun de ces Messieurs & n’avoir jamais

authorise qui que ce soit a faire, en mon nom, de pareilles ouvertures,

que mon horreur seule pour la calomnie me feroit detester.

Je vous interpelle donc, M. le Docteur, de declarer au public le nom du

temeraire qui s’est servi du mien pour faire ces ouvertures odieuses.

Ces Messieurs que vous avez denonce comme vos temoins, ne peuvent vous

refuser de venger leur veracite & la votre.

Quoique je ne puisse m’empecher de louer votre droiture qui cite ses

auteurs, cependant il me paroit de la derniere imprudence, dans une

affaire d’une pareille gravite, de vous fonder sur un raport pour

nommer publiquement un homme de mon caractere, sans l’avoir auparavant

consulte. Si vous vous etiez souvenu du dementi que j’ai donne dans le

S. James’s Chronicle du 25 Octobre 1766, No. 881, a un avertissement du

meme papier, No. 875, qui portoit en substance ce que vous alleguez dans

votre derniere lettre, vous m’auriez epargne la peine de vous repondre

aujourdhui. Qu’en va-t-il arriver? Le public aura lu avidement votre

lettre, aura ajoute foi a son contenu parceque vous en appellez a mon

evidence: Mais qu’en pensera t-il maintenant? quand votre interet, mon

honneur & la verite m’obligent a nier ce que vous y avancez a mon sujet.

Il en est de meme de ce que vous pretendez que “vers le 17 Mai 1765, M.

Fitzherbert vous auroit dit savoir qu’on m’avoit fait des propositions de

vendre pour une somme d’argent les papiers qui etoient entre mes mains.”

Je me suis toujours flatte de l’estime & de l’amitie des Anglois avec

lesquels j’ai vecu. Qui d’eux dans ces sentimens auroit ose me temoigner

assez de mepris pour me faire une pareille proposition? L’injure m’en

auroit ete d’autant plus sensible que le caractere de la personne auroit

ete plus respectable.

Je ne vous suivrai, Monsieur, ni dans les demarches que vous avez cru

devoir faire, ni dans les raisonnemens dont vous vous servez pour les

appuier: Ceux-ci montrent l’orateur & celles-la, si elles sont fondees,

preuvent le patriote. Mais je vous atteste ici, sur ma parole d’honneur &

a la face du public, que je ne puis vous etre d’aucune utilite, que je ne

suis jamais entre en marche pour la vente de mes papiers, & que je n’ai

jamais, ni par moi-meme ni par aucun agent autorise de ma part, propose

de fait voir que la paix avoit ete vendue a la France.

Si Milord Halifax, ou l’orateur, auxquels vous dites vous etre addresse

pour m’appeller en temoignage sur la validite de votre accusation,

m’avoient fait citer; ils auroient connu par mes reponses que je pense

que l’Angleterre a plutot donne de l’argent a la France, que la France de

l’or a l’Angleterre pour conclure la derniere paix et que le bonheur que

j’ai eu de concourir au salutaire ouvrage de cette paix m’a inspire les

sentimens de la plus juste veneration pour les commissaires Anglois qui

y ont ete emploies, & ceux de la plus vive estime & de la plus sincere

admiration pour feu M. le Comte de Viry qui, par son attachement pour le

bien des deux nations belligerantes & graces a son zele infatiguable, eut

la gloire d’amener cette paix necessaire aux deux nations a une heureuse

conclusion. Jugez maintenant, Monsieur, avec quelle solidite vous pouvois

vous fonder sur moi pour rendre votre accusation evidente!

Je suis trop connu en Angleterre pour avoir eu besoin de cette reponse,

si la franchise de votre lettre me n’avoit paru meriter que je vous

empechasse de faire des demarches ulterieures qui ne pouroient tourner

qu’a votre prejudice, puis qu’elles ne seroient fondees que sur de faux

raports de mes actions. Pour vous mettre a meme d’etre aussi prudent que

patriote, je signe cette lettre & vous y donne mon addresse, afin que,

pour soutenir votre veracite, vous me donniez les moiens de convaincre

publiquement les calomniateurs, qui ont ose se servir de mon nom, d’une

maniere plus contraire encore a la verite des faits, qu’a la dignite

avec lequelle, J’ai toujours soutenu mon caractere au millieu meme de la

persecution de mes enemis.

J’ai l’honneur d’etre votre tres humble serviteur,

The Musgrave controversy · 第 4 / 23 题