M. FAGON.--Quel est donc le vôtre, Madame, ose-t-on vous le demander?

Mme DE MAINTENON, _poussant de gros soupirs_.--Oui bien, Monsieur,

c'est le Roi qui me le donne.

M. FAGON.--Quoi, Madame, un prince si bénin, si débonnaire pourroit vous

affliger?

Mme DE MAINTENON.--Monsieur, le déplaisir que ce monarque me cause

est qu'il veut s'attacher de nouveau à une petite beauté qui lui donnera

bien à songer. Vous savez que l'exercice amoureux ne lui vaut rien

à l'âge où il est[86].

M. FAGON.--J'en conviens, Madame; l'amour rend l'homme foible et

chancelant quand il ne se conduit pas sagement; mais user un peu de

cette passion sobrement, n'est pas méchant pour la santé. Nous avons

même un de nos savants docteurs qui ordonne de temps en temps de se

servir de femmes et de vin pour se bien porter[87].

Mme DE MAINTENON.--De grâce, Monsieur, n'allez pas dire cela au Roi.

Ce prince, qui est naturellement sensible à l'amour, en profiteroit plus

que vous ne croiriez, et Sa Majesté se perdroit dans les combats de

Vénus.

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome IV · 第 24 / 67 题