On ne dira pas de cette histoire ce qu'on a dit de plusieurs autres:
c'est toujours la même viande diversement assaisonnée. Le seul titre
fait voir d'abord que c'est une pièce nouvelle. Le grand Alcandre n'a
point eu jusques ici de maîtresse qui ne se soit rendue, s'il faut ainsi
dire, après la première sommation; au lieu que cette illustre comtesse,
dont on fait ici l'histoire, se défend avec une vertu tout-à-fait
héroïque, se tire adroitement de tous les piéges que l'Amour lui tend,
et, en étouffant une passion criminelle, elle gagne l'estime et
l'admiration de celui qui la vouloit déshonorer. Il est bien juste
qu'après avoir exposé aux yeux du public les fautes de celles qui
ont fait honte à leur sexe, on lui fasse part de la vertu de cette
Héroïne, qui en relève l'honneur, et que nous pouvons mettre au nombre
des femmes fortes, puisqu'elle a triomphé de tout ce que l'Amour a de
plus tendre, de plus fort, et de plus engageant. Tout ce qu'on peut dire
de la vérité de cette histoire, c'est qu'ayant été trouvée parmi les
papiers d'un homme de qualité[1] après sa mort, on la donne telle qu'on
nous l'a envoyée de Paris. Il auroit été à souhaiter que le nom de cette
illustre femme y eût été couché tout du long; mais il n'y avoit que la
lettre L...[2] dans le manuscrit, où l'on n'a voulu rien changer.