Ma chère Lucie,
Je profite de chaque correspondance avec Cayenne pour t’écrire, voulant
te donner le plus souvent possible de mes nouvelles.
Je t’ai écrit une longue lettre dans le courant du mois; je l’ai remise
le 18.
Quoique sans nouvelles depuis mon départ de France,--toutes les lettres
reçues étant antérieures à notre dernière entrevue,--j’espère cependant
qu’au moment où tu recevras cette lettre, le dénouement de notre
tragique histoire sera proche.
Quoiqu’il en soit, je te crie toujours avec toutes les forces de mon
âme: courage et persévérance!
Les nerfs m’ont dominé souvent, mais l’énergie morale est toujours
restée entière; elle est aujourd’hui plus grande que jamais.
Cuirassons donc nos cœurs contre tout sentiment de douleur et de
chagrin, surmontons nos souffrances et nos misères pour ne voir que le
but suprême: notre honneur, l’honneur de nos enfants. Tout doit
s’effacer devant cela.
Courage donc encore, ma chère Lucie; je te soutiendrai de toute mon
énergie, de toute la force que me donne mon innocence, de toute la
volonté que j’ai de voir la lumière se faire entière, complète, absolue,
telle qu’il la faut pour nous, pour nos enfants, pour nos deux familles.
De bons baisers aux chers petits.
Je t’embrasse comme je t’aime,