ALFRED.

* * * * *

Vendredi, 4 heures.

On me remet ta lettre d’hier vendredi dans laquelle tu m’annonces avoir

reçu ma première lettre. Tu es priée de t’abstenir de faire aucune

réflexion sur les mesures prises à notre égard. Je n’aurai plus

dorénavant le droit de t’écrire que deux fois par semaine. Tu pourras

m’écrire chaque jour; fais-le, ma chérie, car c’est la seule chose qui

me donne le courage de vivre. Si je ne sentais pas ta chaude affection,

celle de tous les miens, lutter avec moi pour mon honneur, je n’aurais

pas le courage de poursuivre cette tâche presque surhumaine. De même on

ne me donne aucune lettre d’aucun membre de la famille, et je n’ai pas

le droit de leur écrire.

Le ministre seul peut modifier cet état de choses.

Tu ne peux te figurer, ma pauvre enfant, comme je suis malheureux; nuit

et jour je pense à cet horrible mot accolé à mon nom, mon cerveau

parfois se refuse à admettre pareille chose. Je me demande dans mes

nuits agitées si je suis réveillé ou si je dors. Avec cela, aucune

occupation qui me permette de me distraire de mes sombres pensées.

Je t’embrasse mille fois ainsi que tous les nôtres,

Lettres d'un innocent · 第 82 / 205 题