ALFRED.

* * * * *

Mercredi, 5 heures.

Ma chérie,

Je veux encore t’écrire ces quelques mots pour que tu les trouves demain

matin à ton réveil.

Notre conversation, même à travers les barreaux de la prison, m’a fait

du bien. Je tremblais sur mes jambes en descendant, mais je me suis

raidi pour ne pas tomber par terre d’émotion. A l’heure qu’il est, ma

main n’est pas encore bien assurée: cette entrevue m’a violemment

secoué. Si je n’ai pas insisté pour que tu restes plus longtemps, c’est

que j’étais à bout de forces; j’avais besoin d’aller me cacher pour

pleurer un peu. Ne crois pas pour cela que mon âme soit moins vaillante

ni moins forte, mais le corps est un peu affaibli par trois mois de

prison, sans avoir respiré l’air du dehors. Il a fallu que j’aie une

robuste constitution pour pouvoir résister à toutes ces tortures.

Ce qui m’a fait le plus de bien, c’est de te sentir si courageuse et si

vaillante, si pleine d’affection pour moi. Continue, ma chère femme,

imposons le respect au monde par notre attitude et notre courage. Quant

à moi, tu as dû sentir que j’étais décidé à tout; je veux mon honneur et

je l’aurai; aucun obstacle ne m’arrêtera.

Remercie bien tout le monde, remercie de ma part Mᵉ Demange de tout ce

qu’il a fait pour un innocent. Dis-lui toute la gratitude que j’ai pour

lui, j’ai été incapable de l’exprimer moi-même. Dis-lui que je compte

sur lui dans cette lutte pour mon honneur.

Embrasse les bébés pour moi. Mille baisers,

Lettres d'un innocent · 第 47 / 205 题