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Mercredi, 5 heures.
Ma chérie,
Je veux encore t’écrire ces quelques mots pour que tu les trouves demain
matin à ton réveil.
Notre conversation, même à travers les barreaux de la prison, m’a fait
du bien. Je tremblais sur mes jambes en descendant, mais je me suis
raidi pour ne pas tomber par terre d’émotion. A l’heure qu’il est, ma
main n’est pas encore bien assurée: cette entrevue m’a violemment
secoué. Si je n’ai pas insisté pour que tu restes plus longtemps, c’est
que j’étais à bout de forces; j’avais besoin d’aller me cacher pour
pleurer un peu. Ne crois pas pour cela que mon âme soit moins vaillante
ni moins forte, mais le corps est un peu affaibli par trois mois de
prison, sans avoir respiré l’air du dehors. Il a fallu que j’aie une
robuste constitution pour pouvoir résister à toutes ces tortures.
Ce qui m’a fait le plus de bien, c’est de te sentir si courageuse et si
vaillante, si pleine d’affection pour moi. Continue, ma chère femme,
imposons le respect au monde par notre attitude et notre courage. Quant
à moi, tu as dû sentir que j’étais décidé à tout; je veux mon honneur et
je l’aurai; aucun obstacle ne m’arrêtera.
Remercie bien tout le monde, remercie de ma part Mᵉ Demange de tout ce
qu’il a fait pour un innocent. Dis-lui toute la gratitude que j’ai pour
lui, j’ai été incapable de l’exprimer moi-même. Dis-lui que je compte
sur lui dans cette lutte pour mon honneur.
Embrasse les bébés pour moi. Mille baisers,