ALFRED.

* * * * *

Lundi 2 janvier 1895, 11 heures du soir.

Ma chérie,

Une nouvelle année va bientôt commencer! Que nous réserve-t-elle?

Espérons qu’elle sera meilleure que celle qui vient de finir, autrement

la mort serait préférable. Dans cette nuit calme et profonde qui

m’entoure, je pense à vous tous, à toi, à nos chers enfants. Quel coup

épouvantable du sort, immérité et cruel!

Laisse-moi m’épancher un peu, pleurer à mon aise dans tes bras. Ne crois

pas pour cela que mon courage faiblisse; je t’ai promis de vivre, je

tiendrai ma parole. Mais il faut que je sente constamment ton âme vibrer

près de la mienne, il faut que je me sente soutenu par ton amour.

Il nous faut du courage, il nous faut une énergie presque surhumaine.

Quant à moi, je ne puis que rassembler mes forces pour supporter encore

toutes les tortures qui m’attendent.

Bonsoir et baisers,

Lettres d'un innocent · 第 41 / 205 题