En m'éveillant, je vis à côté de mon lit l'enfant qui avait apporté la
corde et les grappins dans l'édifice où l'on m'avait fait entrer
d'abord, et qui, comme je l'appris plus tard, était la résidence du
magistrat principal de la tribu. L'enfant, dont le nom était Taë,
prononcez Tar-ee, était le fils aîné du magistrat. Je m'aperçus que
pendant mon dernier sommeil, ou plutôt ma dernière extase, j'avais
fait plus de progrès dans la langue du pays et que je pouvais causer
avec une facilité relative.
Cet enfant était singulièrement beau, même pour la belle race à
laquelle il appartenait; il avait l'air très viril pour son âge, et
l'expression de sa physionomie était plus vive et plus énergique que
celle que j'avais remarquée sur les figures sereines et calmes des
hommes. Il m'apportait les tablettes sur lesquelles j'avais dessiné ma
descente et où j'avais aussi esquissé la tête du monstre qui m'avait
fait quitter le cadavre de mon ami. En me montrant cette portion du
dessin, Taë m'adressa quelques questions sur la taille et la forme du
monstre, et sur la caverne ou gouffre dont il était sorti. L'intérêt
qu'il prenait à mes réponses semblait assez sérieux pour le détourner
quelque temps de toute curiosité sur ma personne et mes antécédents.
Mais à mon grand embarras, car je me souvenais de la parole donnée à
mon hôte, il me demanda d'où je venais. À cet instant même, Zee entra
heureusement et entendit sa question.
--Taë,--lui dit-elle,--donne à notre hôte tous les renseignements
qu'il te demandera, mais ne lui en demande aucun en retour. Lui
demander qui il est, d'où il vient, ou pourquoi il est ici, serait
manquer à la loi que mon père a établie pour cette maison.
--C'est bien,--dit Taë, posant sa main sur son coeur.
À partir de ce moment, cet enfant, avec lequel je me liai très
intimement, ne m'adressa jamais une seule des questions ainsi
interdites.