VIII.

En m'éveillant, je vis à côté de mon lit l'enfant qui avait apporté la

corde et les grappins dans l'édifice où l'on m'avait fait entrer

d'abord, et qui, comme je l'appris plus tard, était la résidence du

magistrat principal de la tribu. L'enfant, dont le nom était Taë,

prononcez Tar-ee, était le fils aîné du magistrat. Je m'aperçus que

pendant mon dernier sommeil, ou plutôt ma dernière extase, j'avais

fait plus de progrès dans la langue du pays et que je pouvais causer

avec une facilité relative.

Cet enfant était singulièrement beau, même pour la belle race à

laquelle il appartenait; il avait l'air très viril pour son âge, et

l'expression de sa physionomie était plus vive et plus énergique que

celle que j'avais remarquée sur les figures sereines et calmes des

hommes. Il m'apportait les tablettes sur lesquelles j'avais dessiné ma

descente et où j'avais aussi esquissé la tête du monstre qui m'avait

fait quitter le cadavre de mon ami. En me montrant cette portion du

dessin, Taë m'adressa quelques questions sur la taille et la forme du

monstre, et sur la caverne ou gouffre dont il était sorti. L'intérêt

qu'il prenait à mes réponses semblait assez sérieux pour le détourner

quelque temps de toute curiosité sur ma personne et mes antécédents.

Mais à mon grand embarras, car je me souvenais de la parole donnée à

mon hôte, il me demanda d'où je venais. À cet instant même, Zee entra

heureusement et entendit sa question.

--Taë,--lui dit-elle,--donne à notre hôte tous les renseignements

qu'il te demandera, mais ne lui en demande aucun en retour. Lui

demander qui il est, d'où il vient, ou pourquoi il est ici, serait

manquer à la loi que mon père a établie pour cette maison.

--C'est bien,--dit Taë, posant sa main sur son coeur.

À partir de ce moment, cet enfant, avec lequel je me liai très

intimement, ne m'adressa jamais une seule des questions ainsi

interdites.

La race future · 第 23 / 47 题