Voyage en Zigzag.
M. Topffer, l'auteur des _Voyages en Zigzag_, est déjà célèbre comme
écrivain et comme dessinateur. Les _Nouvelles genevoises_ et les _Albums
de MM. Vieux-Bois, Jabot, Crépin et consorts_ lui ont valu une
réputation européenne. Essayer de faire un éloge convenable de son
double talent ce serait s'imposer une tâche inutile. M. Topffer possède
surtout une qualité qui nous semble d'autant plus précieuse qu'elle
devient de plus en plus rare; il est aussi sensible que gai, et quand
cela lui plaît, il nous fait rire et pleurer malgré nous.
Qui n'a senti son coeur se serrer et ses yeux se remplir de larmes en
lisant _le Presbytère_ ou _le Col d'Auterne_? Qui a pu garder son
sérieux à la vue de cet infortuné Vieux-Bois changeant de linge après
son quatrième suicide, ou des enfants de M. Crépin appliquant la méthode
de leur instituteur? Y a-t-il beaucoup d'écrivains et de dessinateurs
qui puissent se vanter d'avoir obtenu de pareils triomphes? qui soient
sûrs d'émouvoir ou de dérider au gré de leur caprice leurs lecteurs les
moins tendres et les plus sérieux?
M. Topffer habite Genève, où il dirige un pensionnat renommé. Chaque
année, depuis longtemps déjà, il part avec vingt ou trente de ses élèves
et madame Topffer, et cette petite caravane emploie trois ou quatre
semaines des vacances à parcourir à pied, le sac sur le dos, les plus
belles contrées de la Suisse, de la Savoie, du Tyrol et de l'Italie
septentrionale. Souvent elle va jusqu'à Milan; une fois même elle s'est
aventurée jusqu'à Venise. Tous les jours, pendant les haltes, les repas,
le matin avant le départ, le soir après le souper, M. Topffer avait pris
l'habitude de rédiger le récit de ces _Voyages en Zigzag_, entremêlé
d'observations fines et piquantes, de pensées profondes de bons mots
malicieux, et orné de ravissants croquis.--Chaque aimée le précieux
album, autographié à un petit nomme d'exemplaires, était distribué à
tous les membres de la caravane. C'est la collection de ces albums,
très-recherchés et très-rares, que MM Dubochet et Comp. publient
aujourd'hui par livraisons hebdomadaires.
Le seul moyen de faire connaître ce livre, c'est d'en citer quelques
fragments pris au hasard; car, si nous étions obligé de choisir, nous
nous trouverions fort embarrassé.
La première heure des vacances a enfin sonné: la caravane se met en
route, et, s'embarquant sur le lac de Genève, abandonne la classe et les
livres aux rats, qui commencent aussitôt leurs voyages en zigzag.
Le bateau a débarqué nos jeunes touristes à l'extrémité du lac. Chacun
met son sac sur son dos, et le voyage à pied commence. Outre leur sac,
tous emportent, selon les sages recommandations du général en chef,
provision d'entrain, de gaieté, de courage et de bonne humeur. «Il est
très-bon, dit M. Topffer au départ, de compter pour l'amusement sur soi
et ses camarades plus que sur les curiosités des villes ou sur les
merveilles des contrées; il n'est pas mal non plus de se fatiguer assez
pour tous les grabats paraissent moelleux, et de s'affamer jusqu'à ce
point où l'appétit est un délicieux assaisonnement aux mets de leur
nature les moins délicats.
Dès la première journée, ce dernier conseil a été si bien suivi par une
partie de la troupe, qu'il faut s'arrêter pour prendre une voiture et y
faire monter les éclopés et les démoralisés.
Cette voiture, c'est le char-à-bancs national, qui tient par quatre
clous, des attelages de ficelle et des bêtes borgnes; mais ne craignez
rien, on est plus en sûreté sur ce misérable chariot que dans nos plus
brillants phaétons.
Nous voudrions pouvoir suivre nos voyageurs dans toutes leurs
excursions, raconter toutes leurs aventures; mais nous avons à peine la
place nécessaire pour resserrer dans trois ou quatre colonnes de ce
journal, divers échantillons des croquis de leur aimable guide.
Voyez ce jeune touristicule lançant des pierres aux nuages où il
aperçoit des oiseaux qui planent, et consumant dans en exercice un
excédant de vigueur dont plusieurs sauraient bien une faire:
Les dents de la chaîne des Fiz qui branlent dans leurs mâchoires et qui,
de temps en temps, s'écroulent avec un horrible fracas.
Un lever dans un chalet où il a fallu passer la nuit sur le foin.
«Ce jour-ci, dit M. Topffer, l'aurore nous trouve tout habillés, un peu
transis et fort disposés à quitter le lit. D'autre part, le jour nous
fait, voir des choses que la nuit ne nous avait pas montrées. Le foin
est humide par places. De ces places on voit surgir des personnages
entièrement herbacés; en particulier le voyageur Aubier assemble à une
prairie; blouse et pantalon, tout est verdâtre; il sera verdâtre jusqu'à
Milan, lieu préfixé pour une lessive générale. Pour les pays où nous
allons entrer, cette couleur a certainement plus d'à-propos que si
c'était le rouge républicain; aussi le voyageur Augier traversera-t-il
deux monarchies absolues sans éprouver le moindre désagrément. Cohendet
est debout, encore un peu nocé de la veille; le plancher ne l'a point
verdi, mais il se plaint des rates qui lui ont rongé les poches ... Les
rates, ce sont les épouses des rats.
Voici maintenant le portrait de ce brave Cohendet, dont il vient d'être
question:
[Illustration.]
«Cohendet passe pour le meilleur guide de Saint-Gervais. C'est, un bon
homme, jeune autrefois, au timbre de stentor et au parler plein et
pâteux: «Le coffre est bon, dit-il, le jarret va bien; mais l'oeil, pas
si net que ci-devant.» Il faut savoir que Cohendet est très-souvent de
noce, et qu'à la noce il ne boit jamais d'eau, bien qu'il mange
trés-salé. Il s'ensuit que Cohendet _festonne_ un peu au retour, et que,
regardant la montagne, il voit double cime, et s'en prend à son âge.»
Quand on voyage dans les montagnes on couche souvent sur le foin, et ou
déjeune en plein air, au bord d'un précipice.
[Illustration.]
Mais quel est ce brave homme qui descend les hauteurs?
[Illustration.]
«Ah! les belles gens! dit-il, et puis propres, et puis riches! Ah çà,
qui êtes-vous bien, vous autres? Des bienheureux du temps. Et que diable
venez-vous donc voir chez ces rues? et tant d'autres qui passent aussi,
mêmement que si chacun me payait vingt francs, je serions enterré sous
mes millions!--
Voilà, lui dit magnifiquement M. Topffer, vingt sous pour vous.--Eh!
braves gens! bien vrai? et puis propres, et puis de quoi boire un
coup!!!» Et il s'en va aussi joyeux que si les millions étaient venus,
sans compter que vingt sous, c'est plus portatif.»
M. Topffer ne se contente pas de croquer les portraits des originaux
qu'il rencontre ni de représenter les principales scènes tragi-comiques
dans lesquelles sa petite caravane joue un rôle intéressant; tous les
beaux paysages qu'il admire sur sa route, tous les monuments curieux
qu'il visite, il les dessine avec un talent remarquable, il nous les
montre tels qu'il les a vus. Contemplez ce joli lac Combal, dont les
lignes douces contrastent avec le déchirement et les dentelures de place
qui de tous côtés frappent la vue.
[Illustration.]
Mais admirez surtout la tour fameuse du _lépreux_ de la vallée d'Aoste.
Pouvez-vous désirer un tableau plus vrai et en même temps plus
artistement composé? Lisez en outre le passage remarquable que M.
Topffer a écrit au pied de cette tour:
«Les gens qui montrent la tour du Lépreux affirment tant qu'on veut, sur
l'autorité de M. de Maislae, que son lépreux a vécu là, et ils citent en
preuve les localités qui sont toujours les mêmes, ainsi qu'on prouverait
que Romulus a tété une louve, parce que Rome est toujours sur le Tibre.
Par un désir bien naturel, chacun voudrait apprendre que l'histoire est
vraie ... Elle l'est suffisamment pour tous ceux qui croient que dans
les oeuvres de génie la vérité peu se rencontrer indépendamment de la
réalité; pour tous ceux qui, lisant l'opuscule, sentent en leur coeur
que tels ont pu être, que tels ont dû être, dans des situations
analogues, la destinée et les sentiments de plusieurs de leurs
semblables. Qui croit à la réalité de Paul et Virginie? et qui ne
croirait pas à leur candeur, à leurs amours, à tout cet ensemble de
joies et de larmes, de douceur et de désespoir, dont se compose
l'histoire de ces deux enfants? L'écrivain et le peintre qui ne savent
que copier la réalité qu'ils voient, sont vrais sans charme et sans
profondeur; celui à qui son coeur et son génie révèlent ce que la
réalité ne montre pas toujours, ou ce qu'elle cache aux regards de la
foule, celui-là est vrai sans être vulgaire, profond sans être
recherché, et il n'y a que les niais qui lui demandent en preuve de la
justesse d'imitation l'extrait mortuaire de ces personnes.
[Illustration.]
«Il y a des livres qui mettent en scène des hommes et des faits réels;
la vérité y frappe si peu qu'on serait disposé à la leur contester. Il y
a des livres qui mettent en scène des hommes et des faits qui
n'existèrent jamais; la vérité y frappe tellement que l'on veut qu'ils
aient existé, que l'on va voir d'âge en âge les lieux auxquels le
peintre a attaché leur souvenir, que ces lieux deviennent célèbres à
cause d'eux, et que des générations entières, non pas sur la foi
d'aucune autorité, mais sur le témoignage de leurs yeux qui ont lu, de
leur esprit qui a saisi, de leur coeur qui a compris, vivent et meurent
convaincus de leur existence.»
Malheureusement la place nous manque et nous sommes forcé de nous
arrêter. Qu'il nous soit permis toutefois de citer encore deux passages
d'un genre différent, qui montreront combien le talent de M. Topffer est
varié:
«Plusieurs vot visiter la cure et son tranquille cimetière; on y monte
par une rampe. Tout est paix, silence, dans ce religieux et mélancolique
asile. N'était l'agrément de vivre, l'on voudrait y laisser ses os et
s'y endormir, dans ces tombes fleuries, au bruit de ces insectes qui
bourdonnent. Auprès est la cure, masquée par des touffes de dahlias,
presque enfouie sous des arbres fruitiers, et d'où le ministre, quand il
fait ses prônes, voit à la fois ses morts, ses vivante, la maison de
Dieu, et tout autour les oeuvres qui racontent sa gloire.»
«... Au delà du roc perché nous commençons à rencontrer des touristes
qui descendent. Le premier est de l'espèce _sous-pieds_. Le touriste à
sous-pieds est gêné pour marcher comme certains aquatiques qui nagent
mieux qu'ils ne se promènent. D'autre part, quand le touriste à
sous-pieds est sur son mulet, ce accoutrement bois de Boulogne jure avec
les sapins. Chose remarquable! on trouve dans tous les règnes de ces
ornithorynques qui ce sont ni rats ni oiseaux, mais un peu tous les
deux.
«Plus loin (cette vallée est très-riche en espèces rares et curieuses),
nous trouvons une autre variété, C'est le touriste _imperméable_, qui
est triste, soigneux, mais jamais mouillé; il voyage pour cela. Ce
touriste-là descend timidement le long des rochers, regardant ce ciel,
désirant la pluie, et, au moindre signe d'humide, il s'impermée
immédiatement. Le voilà alors sous son vrai plumage, celui de maître
corbeau, perché aussi.
«Plus loin le touriste _nono_: haut comme une grue, muet comme un
poisson. Il se salue lui-même et ceux de son espèce; pour tous les
autres touristes, il ne les empêche pas de passer, voilà tout. A table
d'hôte, il ne se doute point qu'on soit à côté de lui, ni en face, ni
ailleurs, et il méprise beaucoup les pays où _tute le monde paarlé à
tute le monde_.
«Plus loin le touriste en _litière_, un infirme ou une dame. Quatre forts
gaillards se relèvent pour le porter. Le touriste en litière s'enveloppe
de châles, s'achemine pâle, arrive éteint et va vite se coucher. On le
refait avec du calme et des boissons chaudes.
«Plus loin le touriste _parleur_: il est accommodant et trouve tout beau
suffisamment, pourvu qu'il parle. Ordinairement il se tient une victime
qui est son épouse ou son ami, quelquefois tous les deux; alors ils se
relèvent. En face d'une chose à voir, le touriste parleur énumère toutes
celles qu'il a vues, sans en omettre aucune, après quoi il dit: Partons.
C'est qu'il veut changer de sujet.
«Plus loin le touriste _furibond_: il est hagard, indigné, fait des pas
de deux mètres, s'offusque si on le regarde, jure si ou ne lui fait
place, brusque si on le retarde. Il ne porte rien, mais un guide chargé
court après lui. Cette espèce est rare; nous l'avons trouvée au-dessus
de la Handeck, après le pont.
«Telles sont les principales variétés que nous avons pu étudier cette
année et ce jour-là. Plus loin, je l'ai déjà dit, nous n'avons plus
rencontré de touristes, si ce n'est à Venise, deux ou trois, de l'espèce
si commune du touriste constatant. Lu touriste _constatant_ est celui
qui hante les galeries, les musées, les monuments publics, où, un
itinéraire à la main, sans presque regarder, il constate. Tant que tout
est conforme, il baille; mais si l'itinéraire l'a trompé, il devient
furieux et ou ne sait plus qu'en faire. La cicérone se cache,
l'aubergiste l'adoucit, sa femme le plaint et les petits chiens
aboient.»
Un pareil ouvrage ne s'analyse pas; pour l'apprécier à sa juste valeur,
il faut le lire tout entier, il faut le suivre pas à pas dans ses
capricieuses fantaisies, dans ses nombreux zigzags, depuis le départ
jusqu'au retour, C'est la représentation la plus fidèle, la plus
complète, la plus ingénieuse, la plus amusante et la plus instructive,
la plus sérieuse et la plus bonhomme qu'on puisse imaginer de la vie du
voyageur à pied dans les Alpes, vie de contrastes et d'aventures, de
bons et de mauvais jours, de vives joies et de petites misères, de
privations et de fatigues de toute espèce; mais vie de liberté, vie de
bonheur, d'un bonheur vrai, sain, pur, dont ceux qui l'ont goûté ne
perdent jamais le souvenir (1).
[Note 1: _Voyages en Zigzag,_ ou Excursions d'un pensionnat en vacances,
dans les cantons suisses et sur le revers italien des Alpes; par R.
TOPFFER; illustrés d'après les dessins de l'auteur, et ornés de 12
grands dessins, par CALANE.--1 beau vol, in-8 jésus de 400 pages. 30
livraisons à 50 cent. (15 francs l'ouvrage complet.) 1843. _Dubochet et
Comp_. (2 livraisons sont en vente.)]
[Illustration.]
Bulletin bibliographique.
_Oeuvres de Spinoza_, traduites par Émile Saisset, professeur de
philosophie au collège royal de Henri IV, avec une introduction du
traducteur. 2 vol. in-18,--Paris, 1843. _Charpentier_. 4 fr. le volume.
M. Émile Saisset vient enfin de donner aux amis de la philosophie une
traduction française depuis longtemps promise des oeuvres de Spinoza.
«Populaire en Allemagne, dit-il, Spinoza est encore en France à peu près
inconnu. Ce n'est pas qu'il ne se fasse beaucoup de bruit autour de son
nom: on le célèbre avec enthousiasme, on le décrie avec emportement, ou
l'atteste, on le cite à tout propos; mais l'admiration effrénée qu'il
inspire aux uns, pas plus que les violentes colères qu'il allume chez
les autres, n'ont réussi à lui procurer des lecteurs. J'ai pensé qu'une
traduction était absolument nécessaire pour donner enfin des amis ou des
adversaires sérieux à Spinoza, et j'ai même osé espérer qu'elle pourrait
mettre un terme à cette aveugle et stérile controverse qui s'agite
depuis quinze ans dans le vide: débats ridicules où aucune des parties
ne connaît les pièces du procès.
«Spinoza est un solitaire; il s'inquiète sérieusement de s'entendre avec
lui-même, mais fort peu d'être entendu. Animé du plus violent mépris
pour le vulgaire, il ne s'adresse qu'aux esprits d'élite, et fait de son
style une algèbre à l'usage des géomètres et des penseurs; souvent même
il invente des mois nouveaux. En France on a beaucoup de curiosité et
peu de patience; l'erreur même fait moins peur que l'obscurité. Aussi
Spinoza intéresse-t-il tout le monde sans se faire lire de personne.»
Une traduction française, c'est-à-dire claire et précise, de ces
ouvrages théologiques ou métaphysiques très-difficiles à comprendre en
latin était déjà une sorte de commentaires. Toutefois M. E. Saisset
avait voulu joindre à ce rude travail, dont il s'est acquitté avec
autant de talent que de zèle, une introduction étendue, où il se
proposait, après avoir éclairci le caraclère et l'enchaînement du
système, de soumettre le système lui-même à une discussion régulière et
approfondie; mais cette introduction a pris peu à peu de si grands
accroissements, qu'elle est devenue un livre. M. Émile Saisset n'en
donne aujourd'hui au public que la première partie, c'est-à-dire une
sorte d'exposition critique de la philosophie de Spinoza. Il se réserve
de publier dans quelques mois la seconde partie, c'est-à-dire l'histoire
et la réfutation de ce grand système.
Outre cette introduction, qui n'a pas moins de 200 pages, le premier
volume contient une _bibliographie générale_ des oeuvres de Spinoza, la
_Vie de Spinoza_ par Colerus, et le fameux _Traité théologico-politique
(Tractatus theologico-politicus)_ le seul ouvrage de Spinoza qu'il se
soit décidé à publier de son vivant et le seul qui ait été traduit en
français jusqu'à ce jour.
Dans le second volume, M. Émile Saisset a réuni _l'Éthique_, le _Traité
de la réforme de l'entendement_ et les _lettres. L'Éthique_ renferme la
doctrine de Spinoza; le _Traité de la réforme de l'entendement_, sa
méthode; les _Lettres_ sont un commentaire toujours animé, souvent
lumineux, de l'une et de l'autre.
M. Émile Saisset ne se dissimule pas que beaucoup de personnes zélées,
qui ne peuvent entendre parler avec calme de Spinoza, et qui, sans
comprendre un mot au fond de sa doctrine, sans avoir lu une ligne de ses
écrits, frémissent d'horreur en entendant prononcer son nom, verront
dans son travail une nouvelle tentative pour le réhabiliter. «Il y a
bientôt deux siècles, dit-il, une de ces personnes (la race en est fort
ancienne) argumentait contre le spinozisme dans un cercle dont Boerhaave
faisait partie. L'illustre médecin souriait en l'écoutant; il
interrompit l'homme zélé par cette simule question: «Avez-vous lu
Spinoza?» L'homme zélé sortit furieux et le bruit se répandit le
lendemain dans Leyde que Boerhaave était spinoziste.»
Singulière existence, en vérité, que celle de Spinoza! Aucun homme n'eut
une vie plus calme, plus simple, plus honnête, plus dévouée; et après sa
mort, aucun homme ne fut plus méconnu, plus défiguré, plus déshonoré par
haine et par l'ignorance. Les prêtres surtout ont pris plaisir à le
représenter comme un type de ce que l'enfer a jamais vomi de plus
détestablement impie sur la terre. Sans doute, Spinoza a professé dans
ses écrits certaines opinions qui ne sont pas admissibles; toutefois,
s'il s'égara quelquefois en cherchant consciencieusement la vérité, il
n'en demeure pas moins un des plus grands philosophes dont l'humanité a
le droit d'être fier, grand, non-seulement par la qualité de son génie,
mais par la candeur de sa vie. Dans son bel article de l'_Encyclopédie
nouvelle_ M. Jean Reynaud le compare à ces navigateurs portugais, qui,
vers le temps où l'Europe voulut changer l'ancienne route qui la faisait
communiquer avec les pays où le soleil se lève, s'avancèrent hardiment
au large, et sans réussir à toucher le terme du voyage, laissèrent à
leurs successeurs l'exemple de leur audace et le bénéfice leurs
premières découvertes. «Il a donné le branle à l'Allemagne, dit-il, et
son initiative y est empreinte dans l'esprit actuel du protestantisme et
de la philosophie.» Non, Spinoza ne mérite pas les ignobles injures
qu'ont prodiguées à sa mémoire l'erreur de la mauvaise foi, et son
traducteur a eu raison de défier quiconque dirait aujourd'hui que ce
pieux et sévère métaphysicien est un athée, un matérialiste, un impie,
de se faire prendre au sérieux par un homme médiocrement instruit.
En consacrant deux années de sa vie à l'oeuvre si difficile d'une
traduction française des oeuvres de Spinoza, M. Émile Saisset a donc
rendu un véritable service aux amis sincères des études philosophique.
Ce travail consciencieux lui fera d'autant plus d'honneur qu'il l'a
enrichi d'une remarquable introduction, dont la seconde partie sera
impatiemment attendue et désirée par tous ceux qui auront lu la
première.
_O Taïti, Histoire et Enquête_, par HENRI LUTTEROTH. 1 vol.
in-8.--Paris, 1843. _Paulin_. 3 fr. 50 c.
M. Henri Lutteroth n'attarde qu'une médiocre importance politique,
maritime et commerciale, à nos nouveaux établissements de l'Océan
Pacifique. Dans son opinion, la France est mal informée. On a fait appel
à ses sentiments généreux au profit d'une honteuse cause: celle de
l'intolérance religieuse Le gouvernement français a, sans s'en douter
peut-être, mis ses vaisseaux et ses soldais au service de la célèbre
compagnie de Jésus, qui devient chaque jour plus nombreuse, plus forte,
plus insolente et plus hardie.
Convaincu de cette nouvelle escobarderie des dignes successeurs de
Loyola, M. Henri Lutteroth a cru devoir la dénoncer à la France entière
dans son nouvel ouvrage intitulé: _O Taïti_ histoire et enquête. Il cite
des faits nombreux à l'appui de ses allégations. Le nom d'enquête que
j'ai donné à mes investigations, dit-il, est bien celui qui leur
convient. Loin de rien préjuger, je ne fais pas un pas sans interroger
les témoins, et les témoins, ce sont presque toujours les hommes mêmes
qui agissent; c'est de leurs récits que se forme le mien. Le principal
résultat de ce travail sera de montrer la propagande jésuitique à
l'oeuvre. «Tout cela, s'écriait Montrosier, en constatant que les
jésuites remplissaient la France, tout cela nous est advenu comme une
fantasmagorie; il a fallu plus de deux ans pour y croire.» On croit plus
vite cette fois; mais, absorbé par les découvertes du dedans, on ne
tourne pas assez les regards vers le dehors.»
M. Henri Lutteroth est le rédacteur en chef du journal protestant qui a
pour titre _le Semeur_ et qui occupe un rang honorable dans la presse
parisienne. Mais il le déclare dès le début, --et nous ajoutons une foi
entière à ses paroles,--autant que personne il est hostile à tout
privilège pour les cultes; il se peut même qu'il diffère de plusieurs en
ceci, qu'il le croit plus pour les cultes privilégiés que pour ceux qui
ne le sont pas. La religion manquerait d'air dans le monopole; il a peur
qu'elle n'y étouffe, et il n'a jamais dévié de ces principes dans
l'appréciation d'aucun fait. Ce qu'il veut, ce qu'il réclame, c'est la
liberté, c'est la tolérance; ce qu'il ne veut pas, c'est qu'une caste
aussi tyrannique que la compagnie de Jésus, trompant une grande nation,
parvienne à usurper, avec les armes de la France, une autorité absolue
dont elle n'a pu s'emparer par la persuasion et par la douceur, et
invoque le bras séculier contre quelques pauvres peuplades assez
civilisées pour préférer les ministres protestants aux missionnaires de
Picpus.
_O Taïti (histoire et enquête)_ se divise en quatre époques. La première
comprend les temps antérieurs au christianisme; la seconde, la
conversion au christianisme,--c'est l'_histoire_ proprement dite;--la
troisième et la quatrième époque renferment au contraire les pièces de
l'_enquête_ car elles sont postérieures à l'introduction du
christianisme et à l'arrivée des Français dans l'Océanie.--M. Henri
Lutteroth a ajouté au récit des derniers événements le projet de loi
concernant nos établissements de l'Océanie, voté récemment par la
Chambre des Députés et l'exposé des motifs qui avait accompagné sa
présentation.
_Les Derniers Jours de l'Empire_, poème en quatre chants, suivi de notes
historiques et de poésies diverses; par CHARLES DE MASSAS. 1 vol. in-8,
orné d'un beau portrait de l'Empereur et de deux «gravures sur
acier.--Paris, 1843. _Furne_.
M. Chartes de Massas est un de ces poètes,--dont l'espèce devient plus
rare de jour en jour,--qui font des vers uniquement pour satisfaire un
besoin impérieux de leur nature. En retirent-ils du profit? Ils ne s'en
inquiètent pas; s'il le fallait même, ils seraient capables de renoncer
à une position acquise, et de se laisser mourir de faim, eux et leur
famille, dans le seul but de se procurer le temps d'asservir à leur joug
une strophe rebelle.--A défaut d'argent, seront-ils au moins récompensés
de leurs travaux par une brillante réputation? Sans doute ils ne
méprisent pas la gloire; ils espèrent obtenir un grand et durable
succès, car ils emploient une partie de leur fortune à éditer eux-mêmes
leurs oeuvres; mais ce qu'ils veulent avant tout, c'est rimer, ou, pour
nous servir de leurs propres expressions, c'est rêver, chanter, tirer
des accords de leur lyre! La plupart de ces infortunés, victimes d'une
erreur fatale, passent leur vie à fondre et refondre, dans un moule usé
et commun, de vieilles idées sans valeur aucune; d'autres au contraire,
ne se trompant pas sur leur vocation, parviennent, comme M. Charles de
Massas, à force de zèle, de persévérance et de sacrifices, à terminer et
à faire imprimer quelque poème qui mérite au moins les respects des
critiques les plus prosaïques.
M. Charles de Massas est un modeste employé de l'administration des
douanes. Épris dés son enfonce d'un vif amour de la poésie, à peine
a-t-il su écrire, il a fait des vers. Il était à Grenoble, sa ville
natale, quand Napoléon revint de l'Ile d'Elbe; au Havre, quand ses
restes mortels furent rapportés de Sainte-Hélène. «A Grenoble, il se
trouvait parmi la foule qui, après l'entrée de l'Empereur, vint déposer
à ses pieds les débris des barrières que l'on avait inutilement fermées
devant lui, et qui lui dit: Nous n'avons pu te donner les clefs, voilà
les portes.» Au Havre, il fut l'un des spectateurs «de l'imposant
tableau que présentèrent la plage, la mer et le ciel, alors que le
navire chargé de la tombe impériale toucha les eaux du fleuve de Paris,
alors que des milliers de regards se voilèrent d'irrésistibles larmes,
et que des deux points opposés d'un horizon devenu subitement limpide,
descendirent à la fois sur cette magique scène les premiers rayons du
jour et les dernières clartés de la nuit.»
Après avoir été témoin de ces deux grands spectacles, un poète français
ne pouvait pas se dispenser de prendre sa lyre et de chanter. C'est ce
qu'a fait M, Charles de Massas, et aujourd'hui il publie un poème en
quatre chants: _l'Ile d'Elbe, le Retour, Waterloo, Sainte-Hélène_
intitulé: _les Derniers Jours de l'Empire_. Cet ouvrage, enrichi de
curieuses notes historiques et orné d'un portrait de l'Empereur et de
deux belles gravures, se recommande par diverses qualités. Non-seulement
M. Charles de Massas fait très-bien les vers, mais il est toujours animé
de sentiments nobles, touchants et élevés, qu'il sait revêtir d'une
forme heureuse. Les strophes suivantes,--et nous choisissons au
hasard,--prouvent mieux que tous nos éloges quel est le véritable mérite
de l'auteur des _Derniers Jours de l'Empire_.
A l'heure où, languissent sur la terre embrasée,
L'arbuste se ranime au souffle de la nuit.
Où la fleur tend sa feuille à la fraîche rosée.
Où l'infortune implore un sommeil qui la fuit,
Napoléon a vu des enfants, une mère,
De leurs tendres baisers couvrir le front d'un père
Et souffrant des plaisirs qui lui furent ravis,
Il a frappé les airs de ses plaintes funèbres,
Et seul, dans les ténèbres,
A longtemps appelé son épouse, son fils!
Ne les verra-t-il plus? Toi que sa voix appelle.
Toi, le seul voyageur qui passe en son séjour,
Dis, rapide aquilon, n'as-tu pas sous ton aile
De ces objets chéris un message d'amour?
Que devient-il, ce fils dont le premier sourire
D'un superbe espoir fit tressaillir l'Empire?
Privé de son appui quels seront ses destins?
Dis-lui si quelquefois, sur la terre étrangère,
Le doux portrait d'un père.
Loin d'hostiles regards, est permis à ses mains ...
M. Charles de Massas n'a réellement qu'un défaut: il manque
d'originalité. Si parfaits qu'ils soient, ses vers ressemblent à
beaucoup d'autres; ses idées et ses sentiments,--irréprochables
d'ailleurs,--n'ont pas le caractère distinctif qui les fasse aisément
reconnaître. Que M. Charles de Massas tâche donc, s'il publie jamais un
second poème de dominer d'une plus grande hauteur cette foule vulgaire
de rimeurs au-dessus de laquelle il commence à s'élever.
Modes.
Les changements continuels de notre température, presque aussi
capricieuse que la mode, font plus que jamais rechercher les cachemires.
L'argent qu'une femme destinait à l'acquisition de mille fantaisies est
employé à l'achat d'un châle de l'Inde. Aussi voyons-nous, avec une
toilette d'une légèreté tout aérienne, des drôles carrés fond blanc ou
orange abriter de leurs tissus fins et moelleux les épaules de nos
élégantes.
[Illustration.]
Pour l'hiver, les cachemires longs à riches dessins sur fond noir seront
le complément indispensable de toute élégance. Nous avons dit que les
robes de soie ouvertes sur un jupon de mousseline étaient fort à la
mode; aujourd'hui nous donnons le dessin d'une toilette de ce genre; la
robe est en soie glacée gris et rose; le jupon de mousseline blanche,
garni d'un haut volant, doit être sans apprêt, de manière à bien draper:
des bouillons d'étoffe pareille sortent des manches; une garniture de
dentelle tombe sur la mains. Le bonnet, fait avec un morceau de dentelle,
élevé des côtés, à l'Italienne, est orné de roses.
La soie est ce qui se porte le plus: on fait de charmantes robes avec
des demi-pèlerines décolletées, qui laissent en haut dépasser la
chemisette de mousseline.
Les jours de chaleur on a, le matin, des peignoirs en mousseline blanche
ou de couleurs entourés de petites garnitures à tuyaux fins et bordés de
valenciennes. C'est un joli négligé.
La lingerie possède de délicieuses coquetteries pour les soirées d'été:
ce sont des robes de tarlatane de deux nuances, par exemple une jupe
rose sur une bleue. Ce mélange vaporeux d'étoffes légères d'un effet
charmant aux lumières.
Chez Alexandrine, c'est le même mélange: les capotes de deux couleurs en
crêpe lisse bouillonné, avec des fleurs cachées dans ces nuages légers,
sont une de ses créations les plus heureuses. Ses chapeaux de paille
ornés de rubans, ses pailles de riz avec plumets russes en marabouts
noués, toutes ces modes ont un cachet qui rend le nom d'Alexandrine
célèbre dans le monde élégant.
Les voilettes de dentelles qui voltigent autour du visage vont très-bien
sur les chapeaux, un peu secs, de crêpe à passes tendues. Ainsi la mode
et la coquetterie sont d'accord. On porte toujours beaucoup de mantelets
la vieille et d'écharpes en barège, puis des par-dessus en soie garnis
de passementerie ou en mousseline, doublés de taffetas rose, paille,
lilas et entourés de dentelle, qui commencent à prendre faveur. Ils se
fixent à la taille par un ruban et ont de larges demi-manches. C'est une
mode élégante et qui n'aura pas, comme telle, le succès populaire des
mantelets.
On a fait, dans ces derniers temps, de grandes provisions de laines à
broder, car maintenant la tapisserie est devenue l'ouvrage
indispensable à la ville comme à la campagne. Les vieux dessins sont
copiés; puis on fait, pour économiser l'ouvrage, un mélange de bandes de
velours et de bandes de tapisseries, qui est fort en vogue; cela fait
surtout de belles portières. Le lambrequin est tout en tapisserie
pareille aux bandes qui entourent le rideau ou qui forment rubans.
Nous devons encore recommander les mouchoirs brodés au plumes points de
chaînettes de couleur; les voilettes imitant l'Angleterre par de légères
applications de mousseline; enfin tous les ouvrages qui aident à passer
les longues heures de la campagne.
Inauguration d'une nouvelle Église Luthérienne à Paris.
La nouvelle église luthérienne, dont l'inauguration a eu lieu dimanche
dernier, est située rue Chauchat, près la rue de Provence. Cette
cérémonie avait attiré un grand concours de personnes qui remplissaient
l'église bien avant l'heure indiquée pour le service.
Peut-être est-il convenable de dire deux mots de la différence entre les
protestants luthériens et les protestants réformés. Les premiers se
rattachent à la confession d'Augsbourg: ce sont, en grande majorité, les
protestants d'Allemagne, ceux de la Suède, de la Norwége, du Danemark,
et ceux qui sont dispersés dans les pays slaves. Les protestants
réformés sont ceux de France, de Suisse, de Hollande, d'Angleterre,
d'Écosse. Les réformés de chaque nation ont une confession de foi
particulière. Entre les luthériens et les réformés, il n'y a de
différence que dans quelques points du dogme, aujourd'hui considérés
connue très-secondaires, et dans les formes du culte, les luthériens
n'excluent pas les images et les autres ornements que l'Église réformée
a sévèrement proscrits.
En France, il y a des luthériens dans cinq départements: dans les deux
départements du Rhin, où ils forment un grand tiers de la population;
dans les départements du Doubs et de la Haute-Saône, qui comprennent
aujourd'hui l'ancienne principauté de Montbéliard toute luthérienne et
enfin à Paris.
Avant la Révolution et jusqu'à l'Empire, les luthériens de Paris
suivaient leur culte dans les chapelles des ambassades de Suède et de
Danemark. Ce fut l'Empereur qui, en 1809, leur fit donner l'église des
Billettes et établit à Paris un Consistoire luthérien. Les luthériens de
Paris étaient alors au nombre d'environ cinq mille.
Ou en compte aujourd'hui plus de douze mille, et depuis longtemps
réalise, des Billettes ne pouvait contenir les fidèles. Sous la
Restauration déjà, des fonds furent volés par le Conseil municipal pour
la fondation d'une nouvelle église, et plusieurs édifices furent
successivement désignés pour cette destination.
[Illustration.]
Enfin, en 1841, la ville offrit au Consistoire de faire disposer pour le
culte luthérien une partie de l'ancienne halle de déchargement, située
rue Chauchat. Cette halle avait été construite il y a peu d'années à
grands frais pour servir d'entrepôt central; mais le commerce de Paris
n'ayant pas trouvé davantage dans cet établissement, et n'en ayant pas
profité, la halle était restée sans usage. La partie de l'édifice qui
n'a pas été consacrée au culte, va être détruite pour prolonger la rue
Grange-Batelière. Les travaux du nouveau temple ont été dirigés par M.
Cau, architecte de la ville, qui a tiré tout le parti possible du
bâtiment qu'il devait modifier. Le temple est d'une simplicité grave et
élégante. Il y a place pour environ douze cents personnes. Le fronton
porte cette inscription: _Église évangélique de la Rédemption._
Par une coïncidence intéressante, le jour de la consécration de la
nouvelle église était aussi l'anniversaire de la présentation de la
confession de foi devant l'empereur Charles-Quint et les princes réunis
à la diète d'Augsbourg.
Amusements des sciences.
SOLUTIONS DES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER
NUMERO.
I. Soit ABC la planche de bois donnée. Le charpentier divisera d'abord
les côtés en deux parties égales, aux points D, E, F. Ces trois points
seront les points de contact de l'ovale géométrique ou ellipse avec les
côtés du triangle. On tirera aussi les trots droites AE, BD, CF, qui se
coupent en G; ce sera le centre de l'ellipse. En prenant alors les
distances GL, GM, GN, respectivement égales à GE, à GD et à GF, on aura
six points E, M, F, L, O, N, qui suffiront pour tracer la courbe
cherchée à vue, avec une approximation suffisante.
[Illustration.]
Ce tracé sera facilité, si l'on a soin de mener par les points L, M, N,
des droites respectivement parallèles aux côtés BC, CA, AB, de manière à
achever complètement le polygone RSTOVX, circonscrit à l'ovale.
II. Il y a deux solutions représentées dans les deux petits tableaux
ci-dessous:
Tonneaux Tonneaux Tonneaux
pleins, vides, demi-pleins
1ere solution:
1ere Personne. 2 2 3
2e Personne. 2 2 3
3e Personne. 3 3 1
2e solution:
1ere Personne. 3 3 1
2e Personne. 3 3 1
3e Personne. 1 1 5
Il est manifeste que dans ces deux combinaisons, chaque personne aura
sept tonneaux, dont trois et demi de vin.