XV

«Aux États-Unis, les masses règnent partout et toujours, jalouses

des supériorités qui se montrent et promptes à briser celles qui

se sont élevées; car les intelligences moyennes repoussent les

esprits supérieurs, comme les yeux faibles, amis de l'ombre, ont

horreur du grand jour. Aussi n'y cherchez pas des monuments élevés

à la mémoire des hommes illustres. Je sais que ce peuple eut des

héros; mais nulle part je n'ai vu leurs statues. Washington seul a

des bustes, des inscriptions, une colonne; c'est que Washington,

en Amérique, n'est pas un homme, c'est un dieu.

«Le peuple américain semble avoir été condamné, dès sa naissance,

à manquer de poésie... Il y a, dans l'ombre attachée au berceau

des nations, quelque chose de fabuleux qui encourage les

hardiesses de l'imagination. Ces temps d'obscurité sont toujours

les temps héroïques: dans l'antiquité, c'est la guerre de Troie;

au Moyen-Âge, les croisades. Dès que les peuples s'éclairent, il

n'y a plus de demi-dieux... Les Américains des États-Unis sont

peut-être la seule de toutes les nations qui n'a point eu

d'enfance mystérieuse. Environnés, en naissant, des lumières de

l'âge mûr, ils ont écrit eux-mêmes l'histoire de leurs premiers

jours: et l'imprimerie, qui les avait précédés, s'est chargée

d'enregistrer les moindres cris de l'enfant au maillot.

Marie; ou, l'Esclavage aux Etats-Unis: Tableau de moeurs américaines · 第 54 / 102 题