Malheur à eux! S'ils ont recours à la violence pour devenir
libres, ils ne le seront jamais; leur révolte amènerait leur
destruction. Il est vrai que le nombre des noirs dans le Sud
surpassera bientôt celui des blancs; mais tous les États du Centre
et du Nord feraient cause commune avec les Américains du Midi,
pour exterminer des esclaves rebelles... Tout appel à la force les
perdrait: qu'ils aient plus de foi dans les progrès de la raison.
Déjà, dans le Nord, l'esclavage est aboli; et les États
méridionaux entendent murmurer des mots de liberté. Naguère, un
prompt supplice eût étouffé la voix assez hardie pour réclamer
dans le Sud, l'indépendance des nègres; aujourd'hui, cette
question s'agite, en Virginie, au sein même de la législature. Il
semble que, chaque année, les idées de liberté universelle
franchissent un degré de latitude; le vent du nord les pousse
impétueusement. En ce moment, elles traversent le Maryland: c'est
la Nouvelle-Angleterre, ma patrie, qui répand dans toute l'Union
ses lumières, ses moeurs et sa civilisation.