Les fêtes se succèdent, cette année, avec une telle rapidité, que le
zèle le plus actif parvient à grand'peine à les suivre. Obligés de faire
un choix parmi celles qui ont eu lieu dans les départements au passage
des princes, il en est plusieurs que nous avons dû négliger d'illustrer,
parce qu'elles n'avaient point un caractère d'intérêt ou d'utilité,
assez général. Il était, au contraire, dans notre plan et de notre
devoir de chercher à conserver le souvenir de celles qui ont été des
occasions de cérémonies vraiment nationales, soit qu'elles aient exprimé
un sentiment de piété pour les grands hommes, par exemple les
inaugurations de statues, soit qu'elles aient permis de déployer l'art,
l'industrie, ou de faire ressortir la physionomie particulière de
quelques-unes des principales villes du pays, par exemple les régales,
les camps de manoeuvres, etc.
C'est à ce dernier titre que le carrousel de Saumur devait trouver place
dans nos colonnes, et, l'abondance des matières en a seule retardé
jusqu'ici la publication.
L'itinéraire du duc de Nemours, publié d'avance, avait appris à la ville
de Saumur que le prince arriverait dans ses murs le 8 août, et qu'il y
séjournerait jusqu'au 11.
Le 9, de sept à dix heures du matin, le prince visita les bâtiments de
l'École, quartiers, écuries, manèges, haras, etc. A trois heures, le
carrousel devait avoir lieu; depuis plusieurs heures déjà, les curieux
remplissaient le Champ-de-Mars; les tentes préparées pour les
spectateurs invités, les débouchés des rues qui donnent sur le
Chardonneret, la levée qui borde la Loire, les fenêtres et jusqu'aux
toits des maisons voisines, tout était rempli par la foule.
Les tambours et les trompettes annoncèrent enfin l'arrivée du duc et de
la duchesse de Nemours, qui prirent place dans une loge réservée,
immédiatement après, on fit traverser la carrière par les plus belles
juments du haras, puis par un cheval indompté, _le Caravant_, et par le
bel et docile _Othon_.
Cinquante officiers, montés sur les magnifiques chevaux du manège,
revêtus de riches et élégants uniformes, parurent ensuite. Ils passèrent
d'abord devant la princesse, la saluèrent de leurs armes, et
exécutèrent, aux trois allures, avec, une grâce et une adresse
remarquables, tous les exercices de l'équitation: voiles, courbettes,
ballottades, cabrioles, etc., puis le saut de la barrière. En ce moment,
deux trompettes parurent à chaque extrémité du Champ-de-Mars; à leur
signal apparurent deux escadrons, l'un de lanciers et l'autre de
chasseurs; ils se formèrent en bataille, puis exécutèrent diverses
manoeuvres et plusieurs charges avec une précision qui ne laissa rien à
désirer. Ils se reformèrent aux extrémités du Champ-de-Mars, et les
cinquante officiers, qui avaient fait repos, se mirent en mouvement et
commencèrent le carrousel.
[Illustration: Le Carrousel de l'École de Saumur.--9 août.]
Le carrousel est une sorte de ballet où les chevaux remplacent les
danseurs. Les figures qui le composent sont exécutées au son des
instruments et avec une sorte de cadence. Les cavaliers qui l'exécutent
sont divisés en deux troupes et par quadrilles. On commence par les
exercices de la lance, au pas, au trot et au galop. On fait ensuite le
maniement du dard. En exécutant ces mouvements d'armes, on décrit les
diverses figures du carrousel, qui sont: les doublements dans la
longueur et dans la largeur de la carrière, les changements de main, la
serpentine, la demi-volte, les doublements par quadrille, le cercle et
la spirale; on fait ensuite la course de la bague, celle des têtes et
celle du dard. Tous ces mouvements ont été exécutés par les officiers de
Saumur avec un aplomb et une habileté qui ont dû satisfaire les princes
et les spectateurs. Après le carrousel il y eut une mêlée autour de
l'étendard. C'est une scène qui se représente souvent à la guerre après
les charges de cavalerie.
Après quelques instants de repos, remplis par une distribution de croix
d'honneur, le 63e régiment de ligne, une batterie d'artillerie et la
cavalerie se mirent en mouvement et exécutèrent des manoeuvres de
guerre, des attaques de tirailleurs et des charges de cavalerie sur des
carrés d'infanterie. Le défilé eut lieu enfin, et les troupes rentrèrent
dans leurs quartiers sans avoir aucun accident à déplorer. Après le
dîner, un feu d'artifice eut lieu en face de l'hôtel du Belvédère. Le
bouquet représentait la brèche et l'explosion à l'assaut de Constantine.
La journée du 10 fut consacrée à des travaux plus paisibles, à des
visites d'établissements publics. Le 11 au matin, le duc et la duchesse
de Nemours quittèrent Saumur.
[Illustration.]
De l'autre côté de l'Eau.