LOPE DE VEGA. _Le Chien du Jardinier._

Benignus Spiagudry se rendait difficilement compte des motifs qui

pouvaient pousser un jeune homme bien constitué et paraissant avoir

encore de longues années de vie devant lui, tel que son compagnon de

voyage, à se porter l’agresseur volontaire du redoutable Han

d’Islande. Bien souvent, depuis qu’ils avaient commencé leur route, il

avait abordé adroitement cette question; mais le jeune aventurier

gardait, sur la cause de son voyage, un silence obstiné. Le pauvre

homme n’avait pas été plus heureux dans toutes les autres curiosités

que son singulier camarade devait naturellement lui inspirer. Une

fois, il avait hasardé une question sur la famille et le nom de son

jeune _maître_.--Appelez-moi Ordener, avait répondu celui-ci; et cette

réponse peu satisfaisante était prononcée d’un ton qui interdisait la

réplique. Il fallait donc se résigner; chacun a ses secrets; et le bon

Spiagudry lui-même ne cachait-il pas soigneusement, dans sa besace et

sous son manteau, certaine cassette mystérieuse sur laquelle toutes

recherches lui eussent semblé fort déplacées et fort désagréables.

Ils avaient quitté Drontheim depuis quatre jours, sans avoir fait

beaucoup de chemin, tant en raison du dégât causé dans les routes par

l’orage, que de la multiplicité des voies de traverse et détours que

le concierge fugitif croyait prudent de prendre pour éviter les lieux

trop habités. Après avoir laissé Skongen à leur droite, vers le soir

du quatrième jour ils atteignirent la rive du lac de Sparbo.

C’était un tableau sombre et magnifique que cette vaste nappe d’eau

réfléchissant les derniers rayons du jour et les premières étoiles de

la nuit dans un cadre de hauts rochers, de sapins noirs et de grands

chênes. L’aspect d’un lac, le soir, produit quelquefois, à une

certaine distance, une singulière illusion d’optique; c’est comme si

un abîme prodigieux, perçant le globe de part en part, laissait voir

le ciel à travers la terre.

Ordener s’arrêta, contemplant ces vieilles forêts druidiques qui

couvrent les rivages montueux du lac comme une chevelure, et les

huttes crayeuses de Sparbo, répandues sur une pente ainsi qu’un

troupeau épars de chèvres blanches. Il écoutait les bruits lointains

des forges [Note: Les Eaux du lac de Sparbo sont renommées pour la

trempe de l’acier.] mêlés au sourd mugissement des grands bois

magiques, aux cris intermittents des oiseaux sauvages et à la grave

harmonie des vagues. Au nord, un immense rocher de granit, encore

éclairé par le soleil, s’élevait majestueusement au-dessus du petit

hameau d’Oëlmoe, puis sa tête se courbait sous un amas de tours

ruinées, comme si le géant eût été fatigué du fardeau.

Quand l'âme est triste, les spectacles mélancoliques lui plaisent;

elle les rembrunit de toute sa tristesse. Qu’un malheureux soit jeté

parmi les sauvages et hautes montagnes, près d’un sombre lac, d’une

noire forêt, au moment où le jour va disparaître, il verra cette scène

grave, cette nature sérieuse, en quelque sorte à travers un voile

funèbre; il ne lui semblera pas que le soleil se couche, mais qu’il

meurt.

Ordener rêvait, silencieux et immobile, quand son compagnon s’écria:

--À merveille, jeune seigneur! Il est beau de méditer ainsi devant le

lac de Norvège qui renferme le plus de pleuronectes.

Cette observation et le geste qui l’accompagnait eussent fait sourire

tout autre qu’un amant séparé de sa maîtresse pour ne la revoir

peut-être plus. Le savant concierge poursuivit:

--Pourtant, souffrez que je vous enlève à votre docte contemplation

pour vous faire remarquer que le jour décline, et qu’il faut nous

hâter si nous voulons arriver au village d’Oëlmoe avant le crépuscule.

La remarque était juste. Ordener se remit en marche, et Spiagudry le

suivit en continuant ses réflexions mal écoutées sur les phénomènes

botaniques et physiologiques que le lac de Sparbo présente aux

naturalistes.

--Seigneur Ordener, disait-il, si vous en croyiez votre dévoué guide,

vous abandonneriez votre funeste entreprise; oui, seigneur, et vous

vous fixeriez ici sur les bords de ce lac si curieux où nous pourrions

nous livrer ensemble à une foule de doctes recherches, par exemple à

celle de la _stella canora palustris_, plante singulière que beaucoup

de savants croient fabuleuse, mais que l’évêque Arngrim affirme avoir

vue et entendue sur les rives du Sparbo. Ajoutez à cela que nous

aurions la satisfaction d’habiter le sol de l’Europe qui renferme le

plus de gypse, et où les sicaires de la Thémis de Drontheim pénètrent

le moins.--Cela ne vous sourit-il pas, mon jeune maître? Allons,

renoncez à votre voyage insensé; car, sans vous offenser, votre

entreprise est périlleuse sans profit, _periculum sine pecunia_,

c’est-à-dire insensée, et conçue dans un moment où vous auriez mieux

fait de penser à autre chose.

Ordener, qui ne prêtait aucune attention aux paroles du pauvre homme,

n’entretenait la conversation que par ces monosyllabes insignifiants

et distraits que les grands parleurs prennent pour des réponses. C’est

ainsi qu’ils arrivèrent au hameau d’Oëlmoe, sur la place duquel un

mouvement inusité se faisait en ce moment remarquer.

Les habitants, chasseurs, pêcheurs, forgerons, sortaient de toutes les

cabanes et accouraient se grouper autour d’un tertre circulaire,

occupé par quelques hommes, dont l’un sonnait du cor en agitant

au-dessus de sa tête une petite bannière blanche et noire.

--C’est sans doute quelque charlatan, dit Spiagudry, _ambubaiarum

collegia, pharmacopolae_, quelque misérable qui convertit l’or en

plomb et les plaies en ulcères. Voyons; quelle invention de l’enfer

va-t-il vendre à ces pauvres campagnards? Encore si ces imposteurs se

bornaient aux rois, s’ils imitaient tous le danois Borch et le

milanais Borri, ces alchimistes qui se jouèrent si complètement de

notre Frédéric III [Note: Frédéric III fut la dupe de Borch ou

Borrichius, chimiste danois, et surtout de Borri, charlatan milanais,

qui se disait le favori de l’archange Michel. Cet imposteur, après

avoir émerveillé de ses prétendus prodiges Strasbourg et Amsterdam,

agrandit la sphère de son ambition et la témérité de ses mensonges;

après avoir trompé le peuple, il osa tromper les rois. Il commença par

la reine Christine à Hambourg, et termina par le roi Frédéric à

Copenhague.]; mais il leur faut le denier du paysan non moins que le

million du prince.

Spiagudry se trompait; en approchant du monticule, ils reconnurent, à

sa robe noire et à son bonnet rond et aigu, un syndic environné de

quelques archers. L’homme qui sonnait du cor était le crieur des

édits.

Le gardien fugitif, troublé, murmura à voix basse:

--En vérité, seigneur Ordener, en entrant dans cette bourgade, je ne

m’attendais guère à tomber sur un syndic. Me protège le grand saint

Hospice! que va-t-il dire?

Son incertitude ne fut pas longue, car la voix glapissante du crieur

des édits s’éleva tout à coup, religieusement écoutée par la petite

foule des habitants d’Oëlmoe.

--«Au nom de sa majesté, et par ordre de son excellence le général

Levin de Knud, gouverneur, le haut-syndic du Drontheimhus fait savoir

à tous les habitants des villes, bourgs et bourgades de la province,

que:--1° la tête de Han, natif de Klipstadur, en Islande, assassin et

incendiaire, est mise au prix de mille écus royaux.»

Un murmure vague éclata dans l’auditoire. Le crieur poursuivit:

--«2° La tête de Benignus Spiagudry, nécroman et sacrilège, ex-gardien

du Spladgest de Drontheim, est mise au prix de quatre écus royaux;

«3° Cet édit sera publié dans toute la province, par les syndics des

villes, bourgs et bourgades, qui en faciliteront l’exécution.»

Le syndic prit l’édit des mains du crieur, et ajouta d’une voix

lugubre et solennelle:

--La vie de ces hommes est offerte à qui voudra la prendre.

Le lecteur se persuadera aisément que cette lecture ne fut pas écoutée

sans quelque émotion par notre pauvre et malencontreux Spiagudry. Nul

doute même que les signes extraordinaires d’effroi qui lui échappèrent

en ce moment n’eussent appelé l’attention du groupe qui l’environnait,

si elle n’eût été entièrement absorbée par la première partie de

l’édit syndical.

--La tête de Han à prix! s’écria un vieux pêcheur qui était venu

traînant ses filets humides. Ils feraient tout aussi bien, par saint

Usulph, de mettre à prix également la tête de Belzébuth.

--Pour garder la proportion entre Han et Belzébuth, il faudrait, dit

un chasseur, reconnaissable à sa veste de peau de chamois, qu’ils

offrissent seulement quinze cents écus du chef cornu du dernier démon.

--Gloire soit à la sainte mère de Dieu! ajouta en roulant son fuseau

une vieille dont le front chauve branlait. Je voudrais voir la tête de

ce Han, afin de m’assurer que ses yeux sont deux charbons ardents,

comme on le dit.

--Oui, sûrement, reprit une autre vieille, c’est seulement en la

regardant qu’il a brûlé la cathédrale de Drontheim. Moi, je voudrais

voir le monstre tout entier avec sa queue de serpent, son pied fourchu

et ses grandes ailes de chauve-souris.

--Qui vous a fait ces contes, bonne mère? interrompit le chasseur d’un

air de fatuité. J’ai vu, moi, ce Han d’Islande dans les gorges de

Medsyhath; c’est un homme fait comme nous, seulement il a la hauteur

d’un peuplier de quarante ans.

--Vraiment? dit avec une expression singulière une voix dans la foule.

Cette voix, qui fit tressaillir Spiagudry, était celle d’un petit

homme dont le visage était caché sous un large feutre de mineur, et le

corps couvert d’une natte de jonc et de poil de veau marin.

--Sur ma foi, reprit, avec un rire épais, un forgeron qui portait son

grand marteau en bandoulière, qu’on offre pour sa tête mille ou dix

mille écus royaux, qu’il ait quatre ou quarante brasses de hauteur, ce

n’est pas moi qui me chargerai d’aller y voir.

--Ni moi, dit le pêcheur.

--Ni moi, ni moi, répétèrent toutes les voix.

--Celui pourtant qui en serait tenté, reprit le petit homme, trouvera

Han d’Islande demain dans la ruine d’Arbar, près le Smiasen;

après-demain dans la grotte de Walderhog.

--Brave homme, en êtes-vous sûr?

Cette question fut faite à la fois par Ordener, qui assistait à cette

scène avec un intérêt facile à comprendre pour tout autre que

Spiagudry, et par un autre petit homme, assez replet, vêtu de noir,

d’un visage gai, et qui était sorti, aux premiers sons de la trompe du

crieur, de la seule auberge que renfermât la bourgade.

Le petit homme au grand chapeau parut les considérer un instant tous

deux, et répondit d’une voix sourde:

--Oui.

--Et comment le savez-vous pour pouvoir l’affirmer? demanda Ordener.

--Je sais où est Han d’Islande, comme je sais où est Benignus

Spiagudry; ni l’un ni l’autre ne sont loin d’ici en ce moment.

Toutes les terreurs se réveillèrent dans le pauvre concierge, osant à

peine regarder le mystérieux petit homme, et se croyant mal caché sous

sa perruque française; il se mit à tirer le manteau d’Ordener en

disant à voix basse:

--Maître, seigneur, au nom du ciel, de grâce, par pitié,

allons-nous-en, sortons de ce maudit faubourg de l’enfer!

Ordener, surpris comme lui, examinait attentivement le petit homme,

qui, tournant le dos au jour, paraissait soigneux de cacher ses

traits.

--Ce Benignus Spiagudry, s’écria le pêcheur, je l’ai vu au Spladgest

de Drontheim. C’est un grand.

--C’est celui dont on offre quatre écus.

Le chasseur éclata de rire.

--Quatre écus! Ce n’est pas moi qui chasserai celui-là. On paie plus

cher la peau d’un renard bleu.

Cette comparaison, qui dans tout autre temps eût fort désobligé le

savant concierge, le rassura cette fois. Il allait néanmoins adresser

une nouvelle prière à Ordener pour le décider à poursuivre leur

chemin, quand celui-ci, sachant ce qu’il lui importait de savoir, le

prévint, en sortant du rassemblement qui commençait à s’éclaircir.

Quoiqu’ils eussent, en arrivant au hameau d’Oëlmoe, l’intention d’y

passer la nuit, ils le quittèrent tous deux, comme par une convention

tacite, sans même s’interroger sur le motif de leur départ précipité.

Celui d’Ordener était l’espérance de rencontrer plus tôt le brigand,

celui de Spiagudry le désir de s’éloigner plus vite des archers.

Ordener avait l’esprit trop grave pour rire des mésaventures de son

compagnon. Ce fut d’une voix affectueuse qu’il rompit le premier le

silence.

--Vieillard, quelle est donc déjà cette ruine où l’on pourra trouver

demain Han d’Islande, à ce qu’affirme ce petit homme qui paraît tout

savoir?

--Je l’ignore.... Je l’ai mal entendu, noble maître, dit Spiagudry,

qui en effet ne mentait pas.

--Il faudra donc, continua le jeune homme, se résigner à ne le

rencontrer qu’après-demain à cette grotte de Walderhog?

--La grotte de Walderhog, seigneur! c’est en effet la demeure favorite

de Han d’Islande.

--Prenons-en le chemin, dit Ordener.

--Tournons à gauche, derrière le rocher d’Oëlmoe; il faut moins de

deux journées pour arriver à la caverne de Walderhog.

--Connaissez-vous, vieillard, reprit Ordener avec ménagement, ce

singulier homme qui semble si bien vous connaître?

Cette question réveilla dans Spiagudry les craintes qui commençaient à

s’affaiblir à mesure qu’ils s’éloignaient de la bourgade d’Oëlmoe.

--Non, vraiment, seigneur, répondit-il d’une voix presque tremblante.

Seulement, il a une voix bien étrange!

Ordener chercha à le rassurer.

--Ne craignez rien, vieillard; servez-moi bien, je vous protégerai de

même. Si je reviens vainqueur de Han, je vous promets non-seulement

votre grâce, mais encore l’abandon des mille écus royaux qui sont

offerts par la justice.

L’honnête Benignus aimait extraordinairement la vie, mais il aimait

l’or prodigieusement. Les promesses d’Ordener furent comme des paroles

magiques; non-seulement elles bannirent toutes ses frayeurs, mais

encore elles réveillèrent en lui cette sorte d’hilarité loquace, qui

s’épanchait en longs discours, en gesticulations bizarres et en

savantes citations.

--Seigneur Ordener, dit-il, quand je devrais subir à ce sujet une

controverse avec Over-Bilseuth, autrement dit le Bavard, non, rien ne

m’empêcherait de soutenir que vous êtes un sage et honorable jeune

homme. Quoi de plus digne et de plus glorieux en effet, _quid cithara,

tuba, vel campana dignius_, que d’exposer noblement sa vie pour

délivrer son pays d’un monstre, d’un brigand, d’un démon, en qui tous

les démons, les brigands et les monstres semblent réunis?--Qu’on ne

m’aille pas dire qu’un sordide intérêt vous guide! le noble seigneur

Ordener abandonne le salaire de son combat au compagnon de son voyage,

au vieillard qui l’aura conduit seulement à un mille de la grotte de

Walderhog; car, n’est-il pas vrai, jeune maître, que vous me

permettrez d’attendre le résultat de votre illustre entreprise au

hameau de Surb, situé à un mille du rivage de Walderhog, dans la

forêt? Et quand votre éclatante victoire sera connue, seigneur, ce

sera dans toute la Norvège une joie pareille à celle de Vermund le

Proscrit, quand, du sommet de ce même rocher d’Oëlmoe que nous

côtoyons maintenant, il aperçut le grand feu que son frère Hafdan

avait allumé, en signe de délivrance, sur le donjon de Munckholm.

À ce nom, Ordener interrompit vivement:

--Quoi! du haut de ce rocher on aperçoit le donjon de Munckholm?

--Oui, seigneur, à douze milles au sud, entre les montagnes que nos

pères nommaient les Escabelles de Frigga. À cette heure on doit voir

parfaitement le phare du donjon.

--Vraiment! s’écria Ordener, qui s’élançait vers l’idée de revoir

encore une fois le lieu où était tout son bonheur. Vieillard, il y a

sans doute un sentier qui conduit au sommet de ce rocher?

--Oui, sans doute; un sentier qui prend naissance dans le bois où nous

allons entrer, et s’élève, par une pente assez douce, jusqu’à la tête

nue du rocher, sur laquelle il se continue en gradins taillés dans le

roc par les compagnons de Vermund le Proscrit, au château duquel il

aboutit. Ce sont ces ruines, que vous pouvez voir au clair de la lune.

--Eh bien, vieillard, vous allez m’indiquer le sentier; c’est dans ces

ruines que nous passerons la nuit, dans ces ruines d’où l’on voit le

donjon de Munckholm.

--Y pensez-vous, seigneur? dit Benignus. La fatigue de cette

journée....

--Vieillard, j’aiderai votre marche; jamais mon pas ne fut plus ferme.

--Seigneur, les ronces qui obstruent ce sentier depuis si longtemps

abandonné, les pierres dégradées, la nuit....

--Je marcherai le premier.

--Peut-être quelque bête malfaisante, quelque animal impur, quelque

monstre hideux....

--Ce n’est pas pour éviter les monstres que j’ai entrepris ce voyage.

L’idée de s’arrêter si près d’Oëlmoe déplaisait fort à Spiagudry;

celle de voir le phare de Munckholm, et peut-être la lumière de la

fenêtre d’Éthel, enchantait et entraînait Ordener.

--Mon jeune maître, dit Spiagudry, abandonnez ce projet, croyez-moi;

j’ai le pressentiment qu’il nous portera malheur.

Cette prière n’était rien, devant ce que désirait Ordener.

--Allons, dit-il avec impatience, songez que vous vous êtes engagé à

me bien servir. Je veux que vous m’indiquiez ce sentier; où est-il?

--Nous allons y arriver tout à l’heure, dit le concierge forcé

d’obéir.

En effet, le sentier s’offrit bientôt à eux; ils y entrèrent, mais

Spiagudry remarqua, avec un étonnement mêlé d’effroi, que les hautes

herbes étaient couchées et brisées, et que le vieux sentier de Vermund

le Proscrit paraissait avoir été foulé récemment.

Han d'Islande · 第 40 / 93 题