Fig. 16. — Le coffre renfermant les restes de Laing.]

=DÉCLARATION=

Déclaration de Mohammed Ould Mocktar, notable bérabich, âgé de 82 ans,

neveu de Sheikh Ahmadou Labeida, au sujet de la mort du major Laing,

recueillie à Araouan le 13 novembre 1910 en présence de Arouata, chef

des Kel Araouan, Sheikh Arouata son fils, et de Boubakar Diallo,

habitant de Tombouctou.

« J’ai été élevé par Ahmadou Labeida qui était dans mon enfance le plus

grand des chefs des Bérabich ; plusieurs fois je lui ai entendu raconter

ce qui suit : « En l’année 1241, l’Anglais (Laing), étant à Tombouctou

et désirant aller à Araouan, demanda au chef des Peuhl et des Songhai

l’autorisation de s’y rendre. On n’y mit pas d’obstacle, car sa présence

mécontentait la population. Il se mit donc en rapport avec les Bérabich

pour lui servir de guides. Ahmadou Labeida accepta, et Laing se mit en

route pour Araouan. Il s’arrêta au bout de la première étape à un

endroit désigné sous le nom de Sahab et sous un grand arbre nommé

athilé. Il y fut rejoint le lendemain de son départ de Tombouctou, vers

onze heures du matin, au moment de la sieste, par Ahmadou Labeida,

Mohammed Feradji Ould Eli Ould Abdallah et deux autres Bérabich. Ceux-ci

étaient à cheval comme c’était l’habitude alors. L’Anglais, croyant que

c’étaient des guides qui venaient le retrouver, les laissa approcher ;

alors Feradji et les deux autres Bérabich se précipitèrent sur lui et

Ahmadou Labeida le frappa de sa lance. On laissa le cadavre sur place.

On ramassa les affaires de l’Anglais, et, comme on l’accusait de venir

dans ce pays pour l’empoisonner et qu’on se méfiait de tout ce qu’il

avait, on fit un trou, on y fit du feu et on y jeta tout ce qu’il

possédait en se bouchant le nez. On ne prit que l’or et les bijoux et

parmi ceux-ci une petite poule en or les ailes ouvertes, qui devint plus

tard la propriété de Ould Mehemet, petit-fils de Ahmadou Labeida. Quand

tout fut brûlé on combla le trou.

« Peu de temps après, un Bérabich, Brahim Ould Omar Ould Salah, des

Ouled Sliman, passant par là, vit auprès de l’arbre athilé des membres

humains, que des oiseaux becquetaient. Il les enterra. Un jour, bien

long-temps après, cet homme entendit raconter l’histoire de l’Anglais ;

il se souvint d’avoir enterré des ossements et dit alors : « C’est moi

qui les ait enterrés, pensant que c’étaient les restes d’un Musulman ;

si j’avais su, je les aurais bien laissés là ». Ces souvenirs étaient

toujours restés dans ma mémoire, et il y a quelques années, en revenant

de Tombouctou en compagnie de Feradji et d’Himmid, fils de Labeida, je

demandai à Feradji de passer par l’arbre athilé. Nous étions à ce moment

dans une vallée entre Tombouctou et Laouessi. C’est ici-même, me dit

Feradji, que l’Anglais a été tué, et il me montra un arbre assez voisin.

Himmid demanda à voir l’endroit même, et on s’y rendit. Je demandai

alors à Feradji : « Avait-il beaucoup de caisses ? Deux ou trois, me

fut-il répondu, et environ dix à quinze pièces d’or ; mais nous avons

mis les caisses dans un trou avec du feu, car il venait pour empoisonner

le pays et nous nous sommes bouché le nez en les brûlant ».

Araouan, le 13 novembre 1910.

Signature de MOHAMMED OULD MOCKTAR,

Signature de SHEIKH AROUATA.

Le major A. Gordon Laing (Tombouctou 1826) · 第 29 / 46 题